West Side Story – En avant la musique ! (ft. Ben)

Rien de tel qu’un petit séjour à New York pour les fêtes de fin d’année.

Salut Billy ! Après avoir découvert les origines de la danse au cinéma avec la Danse Serpentine des frères Lumière, faisons un grand bond en avant pour arriver à l’ère des comédies musicales, et l’une des plus connues d’entre elles : West Side Story. Sauf que pour une fois, ce n’est pas moi qui raconte ! En effet, comme je l’avais fait avec l’infâme Strawinsky, je laisse aujourd’hui la parole à un de mes amis, Ben. Ça fait des mois qu’il a écrit une première version de sa critique du film et que je lui promet qu’elle passera sur le blog une fois que j’aurais vu le film et que je l’aurais corrigée et remaniée, et comme aujourd’hui c’est son anniversaire, voilà qui est chose faite ! Allez, moi je retourne écrire l’article de Noël, bisou Billy, et soyeux anniverjaire Ben 😀 !

— Arthur


 

Adapter une comédie musicale à succès à l’écran n’est pas une mince affaire. Cependant, le pari est relevé est gagné pour Robert Wise et Jerome Robbins, qui signent un film oscarisé qui va entrer dans l’histoire du cinéma américain…

Dans le quartier Upper West Side de Manhattan, au milieu des années 50, une bataille fait rage entre deux bandes des jeunes pour le monopole du territoire : les Jets et les Sharks. Les premiers, commandés par Riff (Russ Tamblyn), sont des jeunes issus de la classe ouvrière blanche qui s’auto-considèrent comme des vrais Américains, car nés en Amérique (même si entre nous, leurs ancêtres viennent d’Europe, donc…). Les seconds, dirigés par Bernardo (George Chakiris), des jeunes immigrés de Porto Rico. Eux se battent pour leur intégration dans la société, difficile dans ce contexte. Une situation inattendue arrive alors : Tony (Richard Beymer), ami de Riff, rencontre Maria (Natalie Wood), soeur de Bernardo. Tombant amoureux l’un de l’autre au premier regard lors d’une soirée dansante, ils vont bien malgré eux déclarer la guerre entre les deux camps…

Voici l’histoire du quartier Ouest, West Side Story !

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Je crois que Richard fait un AVC.

WEST SIDE STORY

Réalisateurs : Robert Wise, Jerome Robbins

Acteurs principaux : Natalie Wood, Richard Beymer, George Chakiris, Russ Tamblyn

Date de sortie : 2 mars 1962 (France)

Pays : États-Unis

Budget : 6 millions $

Box-office : 44,1 millions $

Durée : 2h32

Ne courez pas si vite, la suite arrive tout de suite !

UNE INTRIGUE CONTEMPORAINE

Les règles de la scène et du cinéma ne sont pas les mêmes, donc lorsque le projet d’adapter le triomphe West Side Story sur grand écran est né, quelques modifications s’imposaient. Pour commencer, le choix des acteurs. Il est à l’époque très rare que des têtes d’affiche de Broadway reprennent leur rôle au cinéma ; la Mirisch Company recherche avant tout des stars et Natalie Wood a le profil parfait pour devenir l’interprète de Maria : âgée de 22 ans, elle a déjà tourné dans plus de 30 films. Cette enfant star n’a en effet même pas 10 ans quand elle obtient son premier rôle important en 1947 dans Le Miracle de la 34e rue de George Seaton ! Warren Beatty avait quant à lui auditionné pour incarner le personnage de Tony, mais c’est finalement Richard Beymer, ressortant du succès du Journal d’Anne Frank de 1959, qui donnera la réplique à Natalie Wood.

Si les acteurs des comédies musicales doivent savoir à la fois danser, chanter et jouer, il n’en va pas de même pour les stars hollywoodiennes, dont on peut exiger moins grâce à la magie des trucages cinématographiques. Ainsi, certaines interventions musicales sont entièrement doublées ; la voix chantée de Riff n’est par exemple pas celle de Russ Tamblyn, mais celle de Tucker Smith, qui joue Ice dans le film. De même, Beymer est doublé par Jimmy Bryant ; et si Natalie Wood enregistre d’abord entièrement les chansons de Maria, certains aigus sont un peu faibles, alors c’est finalement la voix de Marni Nixon qui sortira de ses lèvres à l’écran.

La musique sophistiquée, l’importance des scènes de danse, mais surtout la noirceur inhabituelle des thématiques et l’accent mis sur les problèmes sociaux ont fait de ce Roméo et Juliette new-yorkais un tournant dans le théâtre musical américain. En effet, la comédie musicale en premier lieu, puis le film, ont été une révolution à cette époque, c’était du « never seen before », du jamais vu. S’inspirant en effet de la situation actuelle dans le quartier de Manhattan (où certaines scènes, dont la scène d’introduction des deux gangs, ont été tournées), West Side Story est une véritable critique de la société américaine. Racisme, violence urbaine, précarité… Tous ces sujets sont traités de façon brillante, on entre directement dans la réalité sociale du New York des années 50 : le policier raciste proposant aux Jets de les couvrir, la tentative de viol sur Anita, les scènes de bataille entre les deux clans, couteaux dans les mains ou entre les dents…

Aujourd’hui encore, le réalisme des décors et des personnages mis en scène par Wise et Robbins est frappant. Les immeubles abritant des familles misérables ou des ateliers sordides, les rues et cours remplies de détritus, les façades couvertes de graffitis – qui font souvent référence aux personnages du film, d’ailleurs. Même la mort, quand elle s’immisce, n’est pas romancée : les ongles sont noirs, les mains sales, les blessures rouges de sang. De même, l’accent exagéré des Portoricains s’inscrit dans la logique de classe et de race conduisant à la restriction des communautés à leur territoire géographique et symbolique. Bernardo le dit lui-même : un Portoricain souhaitant louer un appartement à New York doit perdre son accent (Remarque, c’est toujours d’actualité).

La rue n’est donc plus uniquement un décor, c’est aussi une actrice principale de la comédie musicale. Espace public, elle est menacée par la violence inter-ethnique montante et par les gangs agissant pour son appropriation. Omniprésente, elle est la seule constante dans un monde qui se délite lentement.

Riff, ange gardien ?

UNE PARTITION SIGNÉE BERNSTEIN

West Side Story est aussi connu pour ses célèbres mélodies écrites par Leonard Bernstein. La partition, composée d’airs devenus des références en la matière (« Something’s coming », « Maria », « America », « Somewhere », « Tonight » [Note d’Arthur : ma préférée, avec sa reprise en quintet plus tard dans le film], « Jet Song », « I Feel Pretty », « One Hand, One Heart », « Gee, Officer Krupke », « Cool »et « A Boy Like That/I Have a Love »), est un formidable outil de storytelling et permet de vraiment entrer dans l’histoire racontée.

Au delà même des chansons, les morceaux instrumentaux sont aussi d’une grande qualité. L’ouverture sur la représentation abstraite de New York qui change de couleur au rythme de la musique, et la séquence musicale quasiment muette, entrecoupée seulement de quelques interjections, qui présente tous les personnages et l’intrigue du film à travers une chorégraphie millimétrée, sont des moments tout à fait mémorables.

Du côté des chansons, « America », qui est peut-être la plus connue de toutes les chansons de West Side Story, est un parfait exemple des messages portés par le film. En une chanson, la perception du modèle américain selon les immigrants qui peuplent les États-Unis au cours des années 50 est imagée de manière fidèle et pertinente.

Les garçons et les filles issues de l’immigration portoricaine ne voient pas le fameux « American Dream » de la même manière : si pour ces dames tout semble rose, l’abondance, le confort, la confiance en l’avenir marque le quotidien ; pour ces messieurs, le rêve américain n’est qu’un leurre dans une société marquée par le racisme et les inégalités. Pour eux, les États-Unis étaient une terre promise, où chacun pourrait vivre heureux et réussir, attirant de nombreux immigrants. Mais leurs espoirs sont déçus, la réalité est souvent bien plus dure que la fiction, et le rêve américain s’en retrouve condamné à n’être rien de plus que sa désignation : un rêve.

« FILLES – Life can be bright in America
GARÇONS – If you can fight in America
FILLES – Life is all right in America
GARÇONS – If you’re a white in America »

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I like to be in America !

LA RÉCOMPENSE ULTIME

Si cette histoire, cette comédie musicale à Broadway et ce film sont ainsi ancrés dans la culture américaine, c’est aussi grâce aux 10 Oscars remportés par le film sur 11 nominations en 1962. Meilleur Réalisateur pour Wise et Robbins, première fois que l’Oscar est partagé par deux personnes, Meilleur Acteur dans un Second Rôle pour George Chakiris, Meilleure Actrice dans un Second Rôle pour Rita Moreno, Meilleurs Costumes, Meilleure Cinématographie, Meilleure Direction Artistique, Meilleur Son, Meilleur Montage, Meilleure Bande Originale et surtout Meilleur Film ! Sans oublier la nomination au Meilleur Scénario Adapté, et l’Oscar d’Honneur remis à Jerome Robbins pour sa contribution à l’art de la chorégraphie au cinéma. Bref, c’est une véritable razzia.

À l’époque, tout cela fait de West Side Story le deuxième film le plus oscarisé de l’Histoire, juste derrière Ben-Hur et ses 11 Oscars – un record toujours en place aujourd’hui mais qui a depuis été égalisé par Titanic et Le Seigneur des Anneaux : Le Retour du Roi. C’est le fruit d’un incontestable travail de l’équipe du film pour produire quelque chose d’extraordinaire jamais vu auparavant.

De plus, West Side Story fait revenir dans les salles obscures un genre perdu depuis un petit moment : la comédie musicale. À la fin des années 50, ce genre dont Gene Kelly est le représentant le plus connu s’est essoufflé et descend dans l’opinion publique. Jusqu’ici, la majeure partie des films musicaux sont des comédies romantiques, des histoires rose bonbon où tout va toujours pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Le public, lassé des films donnant une vision onirique, plébiscite donc West Side Story, ce film musical qui donne un coup de pied dans la fourmilière en modernisant le mythe de Roméo et Juliette tout en en conservant l’intensité dramatique. Une tragédie musicale, en quelques sortes.

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Avé Maria.

LE MOT DE LA FIN

Ayant renouvelé le genre perdu du film musical, traitant d’actualités encore valables aujourd’hui – plus de soixante ans après la sortie en salles du film ! – et mêlant musiques et cinématographie juste parfaites, je recommande à tout le monde de voir West Side Story.

Enfin, une nouvelle adaptation de cette histoire est en projet ! La sortie de ce remake est prévue pour décembre 2020, avec à la réalisation l’inénarrable Steven Spielberg, et à l’affiche Ansel Elgort et Rachel Zegler.

Note : 9 / 10

« TONY – Tonight, tonight, won’t be just any night! »

Eh bien merci Billy, c’est que j’ai bien fait mon boulot !

— Ben

Tous les gifs et images utilisés dans cet article appartiennent à leurs ayants-droits respectifs, et c’est très bien comme ça.

2 commentaires sur “West Side Story – En avant la musique ! (ft. Ben)

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  1. Magnifique article qui ravive la flamme de cette tragédie musicale si élégamment portée à l’écran et récompensée à juste titre (dans mon article je rappelai que c’est nul autre que Fred Astaire qui remit l’Oscar du meilleur film à Wise). Ce Romeo et Juliette des temps modernes n’a en effet rien perdu de son énergie, et résonne avec les problématiques actuelles.
    Je suis curieux de voir de quelle manière Spielberg a pu s’en emparer.

    Aimé par 2 personnes

    1. Je transmettrai le compliment !
      En ce qui concerne le remake de Spielberg, j’ai du mal à percevoir ce qu’il pourrait apporter de plus ; il y a déjà tant de choses qui sont portées par le film de 1961, dans son image, dans sa forme, que je vois mal comment faire mieux, ou au moins aussi bien, sans refaire exactement la même chose.

      Aimé par 2 personnes

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