Top 10 des films de Georges Méliès

Tout ce qu’il y a de plus épatant !

Ce n’est pas un secret, j’aime profondément et immensément Georges Méliès. Un des premiers réalisateurs de l’histoire du 7ème Art, puisqu’il commença dès 1896 – soit l’année suivant la première projection des frères Lumière – à réaliser des films, et dès lors marqua de façon indélébile cet art naissant de sa patte inimitable et sa féérie caractéristique. En plus de cela, il fut probablement l’un des réalisateurs les plus influents du cinéma, inventant, perfectionnant ou révolutionnant une myriade de procédés cinématographiques, des effets spéciaux au tournage en studio, en passant par la science-fiction et l’usage de la couleur. Il fut également l’un des plus prolifiques, puisqu’en quelques 17 ans de carrière, Méliès livra plus de 500 films, et même s’il n’en subsiste aujourd’hui qu’un peu plus de 200 (La faute du temps, d’une part, qui ne fait pas du bien aux pellicules vieilles d’un siècle, et d’autre part du fait que Méliès a malheureusement brûlé quasiment tout ce qu’il possédait dans un élan de désespoir à la fin de sa carrière), je vais tâcher aujourd’hui d’extraire de cette montagne dix de ses films les plus extraordinaires. Voici le top 10 des films de Georges Méliès !

Tous ces films sont disponibles en intégralité sur YouTube.

10. L’Affaire Dreyfus (1899)

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On retient souvent Georges Méliès pour ses fééries, mais l’on sait moins qu’il fut aussi un réalisateur très important de films historiques. Si un autre d’entre eux est placé plus haut dans ce classement, L’Affaire Dreyfus est sans nul doute le plus ancré dans la réalité des deux. L’œuvre, en réalité composée de onze films différents d’environ une minute chacun – dont seuls neuf ont survécu jusqu’à aujourd’hui – porte un regard contemporain sur une des affaires qui a le plus secoué la France, entre 1894 et 1906. Méliès s’applique ici à reconstituer les scènes de façon aussi vraie que possible, de l’arrestation de Dreyfus à la tentative d’assassinat de son avocat, en passant par une formidable rixe journalistique, tout en laissant transparaître à demi-mots son engagement politique, conférant une portée cinématographique aussi bien qu’historique au film.

9. Le Tunnel sous la Manche (1907)

Méliès était un homme en avance sur son temps. Alors que l’ouvrage ne serait finalisé qu’en 1994, il réalisait déjà en 1907 un film fantasmant la construction et l’inauguration du Tunnel sous la Manche. Le film n’est pas un de ses plus connus, mais il n’en reste pas moins une véritable réussite. On y voit les dirigeants français et britannique se réunir pour mettre en place le projet, les ouvriers de chaque pays creuser chacun de leur côté avant de se retrouver au milieu de la Manche, puis les trains circuler avant de se rentrer dedans dans un terrible accident. Le Tunnel sous la Manche est un des films les plus drôles de Méliès, rempli à ras bords de gags typiques du réalisateur et de scènes cocasses à souhait, particulièrement à la toute fin.

8. Les 400 Farces du Diable (1906)

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Il ne faut jamais vendre son âme au diable, c’est bien connu. C’est pourtant l’erreur que commet le pauvre ingénieur Crackford, pensant faire affaire avec un alchimiste qui lui aurait fourni des pilules miracles pour exaucer tous ses vœux dans Les 400 Farces du Diable. Que nenni ! Chacun des souhaits finira par se retourner contre lui, jusqu’à l’emmener dans un voyage extraordinaire à travers l’espace à bord d’une diligence, avant d’être envoyé en Enfer. Méliès offre ici une de ses plus grandes fééries à l’un de ses personnages récurrents, Méphistophélès (ou Satan de son petit nom), et s’en donne à cœur joie dans le costume du personnage.

7. Escamotage d’une dame au théâtre Robert-Houdin (1896)

De tous les films présents dans ce classement (excepté les mentions spéciales), c’est le plus ancien et le plus modeste : pas de costumes, pas de coloration, un seul décor très simple, une dame, Méliès, une seule scène. Pourtant, l’Escamotage d’une dame au théâtre Robert-Houdin est une des œuvres les plus importantes de la filmographie du réalisateur. Et pour cause ! C’est le tout premier où il fait usage du trucage de coupure de la pellicule, dont il se servira abondamment toute sa carrière pour faire disparaître et apparaître toutes sortes d’objets, créatures ou gens. On trouve également dans ce film les marques caractéristiques de son humour, avec l’apparition d’un invité imprévu derrière le drap magique. Bref, c’est tout simple, mais tout ce qu’allait devenir Méliès était déjà là.

6. Le Palais des Mille et Une Nuits (1905)

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On associe généralement Méliès à Jules Verne, mais il a également adapté un grand nombre de contes ; de Cendrillon à Barbe-Bleue en passant par La Fée Carabosse et finalement, Les Mille et Une Nuits. De tous pourtant, Le Palais des Mille et Une Nuits est sans doute le plus magnifique. Avec une durée dépassant les 20 minutes, le film s’offre une virée exceptionnelle en Orient, avec tous les personnages caractéristiques de ses légendes : princesse, maharadjah, génie de la lampe et autres divinités exotiques. En plus de cela, il comporte un très grand nombre de trucages, et il faut absolument le voir en couleur car il se démarque de tous les autres films coloriés de Méliès par une palette très chaude et très vive du plus bel effet.

5. À la Conquête du Pôle (1912)

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À la fin de sa carrière, Méliès finit quasiment ruiné et dut se tourner vers Charles Pathé pour produire ses quatre dernières œuvres en 1912. De cette collaboration résulta la dernière grande épopée vernienne et le dernier grand film de Méliès, À la Conquête du Pôle. Soutenu par le financement de Pathé, le réalisateur va en profiter pour sortir le grand jeu ; décors ahurissants, effets spéciaux à foison – dont certains originaux pour le film ! – et une durée record de près de 40 minutes qui fait de la Conquête le plus long film du cinéaste. Le film est un bouquet final à une carrière hors du commun, couronné par une scène extraordinaire de chevauchée aérienne de dizaines de machines volantes extravagantes parmi lesquelles on ne s’étonnerait pas de reconnaître Satanas et Diabolo.

4. Le Voyage à travers l’Impossible (1904)

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Lire ma critique complète du film.

Conçu comme un remake de l’inénarrable Voyage dans la Lune, Le Voyage à travers l’Impossible reprend le même principe et rallonge le film avec un voyage étendu à travers le monde, qui mènera les savants fous à la montagne, sous l’eau et jusque dans le Soleil – à défaut de la Lune. S’il n’atteint pas tout à fait les sommets de son prédécesseur, ce voyage-ci reste un des plus impressionnants travaux de Méliès, et constitue comme un best-of de ses voyages extraordinaires avec une foison d’éléments caractéristiques que l’on retrouve dans les films qui le précèdent et qui le suivent.

3. Jeanne d’Arc (1900)

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Lire ma critique complète du film.

Méliès fut un des premiers à s’attaquer au mythe national de Jeanne d’Arc, et il en fit un film tout ce qu’il y a de plus épatant. Contrairement à L’Affaire Dreyfus, le cinéaste fait ici usage des connaissances apprises grâce à ses films à trucs pour magnifier son film historique, et crée des tableaux fascinants et des images marquantes ; particulièrement la scène du bûcher et la subséquente montée aux cieux de la pucelle d’Orléans. Jeanne d’Arc n’est pas forcément le film que l’on s’attendrait à retrouver dans le top 3 du classement, et pourtant ! Cette seconde superproduction de Méliès, du haut de ses 10 minutes, a définitivement de quoi rester dans l’Histoire.

2. Le Royaume des Fées (1903)

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Le Royaume des Fées est sans conteste le film le plus abouti et le plus magnifique visuellement des cinq centaines réalisées par Méliès, et je ne dis pas ça à la légère. Jamais les décors n’ont été aussi somptueux, jamais la mise en scène si féérique, jamais les tableaux si fascinants. Le réalisateur prend l’histoire la plus basique des contes de fées, un prince qui va sauver une princesse retenue par une méchante sorcière, et en fait un véritable chef-d’œuvre purement et simplement magique, peuplé de créatures extraordinaires et rempli de lieux étonnants. Le film se place très largement au dessus de tous les autres, et il aurait aisément pu briguer la première place si ce n’avait été pour une autre œuvre qui le surpasse à peine d’une miette.

MENTION HONORABLE. Une partie de cartes (1896)

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Si le film qui se trouve en première position de ce classement n’est sans doute pas un mystère, prenons tout de même le temps de faire monter un suspense dérisoire en nous arrêtant sur quelques mentions honorables. En toute honnêteté, si on prend Une partie de cartes pour lui-même, le film n’a pas grand intérêt. Mais là où réside toute la particularité de cette œuvre, c’est qu’elle est le tout premier film de Méliès ; ayant à peine acquis une caméra après avoir assisté à la première projection des frères Lumière, le cinéaste décida de filmer la première chose qu’il put, à savoir un remake quasiment identique d’un film des Lumière montrant des hommes jouant aux cartes. C’est aussi simple que ça, et tout le monde connaît la suite…

MENTION HONORABLE. Le Voyage de la Famille Bourrichon (1913)

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Puisque je mentionne son premier film, il convient aussi de mentionner le dernier. Si la collaboration avec Pathé permit d’abord à Méliès de signer un de ses plus grands films avec À la Conquête du Pôle, elle fut aussi la source de sa déchéance ultime et mit définitivement fin à la carrière du magicien du cinéma, pour notre plus grand chagrin. Le Voyage de la Famille Bourrichon est bien loin des sommets atteints dix ans auparavant, et paraît bien terne au regard des comédies classiques du maître. Plus de Jules Verne, d’inventions géniales ou de féérie ici ; Méliès conclut sa carrière avec un film de commande mutilé par les producteurs, un dernier voyage qui n’a cette fois d’extraordinaire que l’ordinaire. Heureusement, il nous restera toujours un autre de ses voyages…

1. Le Voyage dans la Lune (1902)

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Comment aurait-il pu en être autrement ? Dès le début de ce classement, Le Voyage dans la Lune avait déjà sa place réservée au sommet. Le film qui est intrinsèquement lié à Méliès, le film avec ce fameux plan de la fusée dans l’œil de la Lune, que tout le monde connaît. Ce chef-d’œuvre est tout ce qu’est Le Royaume des Fées, et plus encore ; c’est magnifique, c’est somptueux, c’est féérique, c’est extraordinaire. Le film déborde d’imagination et d’humour, et représente l’une des pièces les plus importantes du cinéma mondial de tous les temps. Avec ce premier, mais certainement pas dernier, voyage vernien, Méliès signe l’acte de naissance de la science-fiction et emmène le 7ème Art de la Terre… à la Lune.

Que penses-tu de ce classement ? Es-tu d’accord avec moi ? Quels sont tes films de Georges Méliès préférés ? La parole est à toi Billy !

— Arthur

 

6 commentaires sur “Top 10 des films de Georges Méliès

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  1. Extraordinaire et féerique !
    Merci pour ce très beau voyage au pays de Méliès. J’y découvre des trésors (ce tunnel sous la Manche, les Mille et une Nuits,…) qu’il me tarde d’ajouter à mes visions d’imaginaire ! Je retiens également les passionnantes reconstitutions historique, sorte de cinéma journalisme puisque ces films sont contemporains des faits (l’affaire Dreyfuss). A la fois Dieu et Diable, Méliès était le démiurge d’un univers sans pareil, plusieurs fois copié, jamais égalé.
    Bravo pour cette sélection.

    Aimé par 1 personne

  2. Merci pour ce très bel hommage ! Il y en a encore une bonne partie qu’il me reste à voir. 🙂 Evidemment, difficile de déclasser Le Voyage dans la Lune à cause de son héritage, de son importance et de l’avancée majeure qu’il a constitué en son temps.

    « A la conquête du Pôle », même s’il n’est pas mon préféré, a une « saveur » tout à fait unique à mes yeux. C’est en effet l’un de ses tous derniers films, qui condense tout son art dans un dernier baroud d’honneur, en 1912. On est alors à l’orée de la Première Guerre Mondiale, et, pendant ce temps, on produit déjà de grands peplums en Italie, Feuillade arrive avec ses grands serials, et D.W. Griffith réalise des films à la pelle en chamboulant les codes du cinéma américain en fondant, quelque part, le cinéma hollywoodien.

    Quand on voit, à côté, le film de Méliès, il paraît quelque peu dépassé, appartenant à un autre temps, désormais révolu. C’est le dernier souffle de la Belle Epoque, que Méliès a incarné et marqué grâce à son talent et à son imagination. Et, quelque part, c’est aussi la fin, en quelque sorte, de l’innocence du cinéma, de son enfance.

    Aimé par 1 personne

    1. Indéniablement, Méliès n’a jamais cessé de faire du Méliès. Bien sûr, entre 1896 et 1913 ses techniques ont évolué, il a développé de nouveaux procédés, mais l’idée a toujours été la même, et son style est immuable.

      Méliès a immensément influencé le cinéma, mais le cinéma n’a pas immensément influencé Méliès ; il a été l’étincelle qui a quasiment tout lancé, et après il a passé le flambeau, tout en continuant à faire ses choses à lui. Et honnêtement, c’est mieux comme ça, car je n’aurais sans doute pas apprécié un péplum ou un drame ou que sais-je fait par Méliès. Ses films sont un genre à part entière, et il y est resté fidèle, peu importe les circonstances.

      C’est ça qui, peut-être, fait de lui un immense artiste !

      J’aime

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