L’Expresso – Jeanne d’Arc (1900)

La plus grande héroïne de France.

Vive la France ! Nous sommes le 14 juillet mon cher Billy, et en ce jour de fête nationale, nous allons parler de la sainte patronne de notre beau pays : Jeanne d’Arc. Celle que l’on appelle la Pucelle d’Orléans, qui en 1429, après avoir entendu les voix des saints Michel, Catherine et Marguerite, prit pour cause de bouter l’Anglois hors de France, conduit le roi Charles VII à être sacré et renversa le cours de la Guerre de Cent Ans, avant d’être capturée puis condamnée au bûcher par les suppôts de la perfide Albion en 1431. Bref, elle avait la classe. Si on connaît bien certains films qui lui furent consacrés – La Passion de Jeanne d’Arc de Carl Theodor Dreyer en 1928, Jeanne d’Arc de Luc Besson en 1999 ou encore Jeanne de Bruno Dumont présenté à Cannes cette année – on sait peu que le premier à avoir relaté sa vie au cinéma, c’était l’inénarrable Georges Méliès en 1900, avec Jeanne d’Arc.

On connaît Méliès principalement pour ses films fantastiques, ses fééries et ses innombrables et géniaux films à trucs. Pourtant, comme il se plaît à le rappeler lui-même dans nombre de ses écrits, le réalisateur ne s’est jamais restreint à un seul type d’œuvres ; au contraire d’ailleurs, il est bien difficile de trouver un genre cinématographique sur lequel il ne se soit pas penché. Ainsi, dès 1897, il produira des films historiques, contemporains ou non, comme la célèbre série de films L’Affaire Dreyfus en 1899 ou Le Sacre d’Édouard VII en 1902. C’est ainsi qu’au tournant du XIXème siècle, il se lança dans la production d’un métrage de grande envergure sur la vie et la mort de Jeanne d’Arc.

Cependant, le tournage fut des plus chaotiques, ainsi qu’il est relaté par Madeleine Malthête-Méliès dans Georges Méliès, l’Enchanteur. Déjà par son ampleur jusqu’alors inégalée ; Jeanne d’Arc étant le tout premier film à dépasser les 200 mètres de pellicule – soit un peu plus de 10 minutes de durée – et seulement la seconde superproduction de Méliès après son Cendrillon de 1899, et ses 120 mètres, qui avait eu un grand succès. Cela impliquait l’emploi de plus de 200 figurants au total, et la source involontaire de bien des tracas.

Par exemple, lors de la scène du siège de Compiègne (rpz) par les Anglais, la première prise fut gâchée par un défaut dans la construction de la palissade que des soldats devaient détruire, car elle tomba bien trop vite, laissant seulement les poteaux de soutien intacts. Alors que les figurants jouant les Anglais avançaient donc tous à travers la palissade tombée pour continuer la scène, l’un d’entre eux resta en arrière pour s’acharner – en vain – contre un des poteaux qui était resté debout. Lorsque Méliès lui demanda ce qu’il faisait, le figurant incrédule rétorqua qu’on lui avait ordonné de faire tomber le poteau dans la scène, alors il s’exécutait… En dépit du bon sens. Une autre prise de la même scène fut ratée à cause d’un figurant qui, une fois arrivé en haut de l’échelle pour escalader la muraille du fort, perdit son pantalon et dévoila son derrière à la pellicule.

Le plus gros souci du tournage, néanmoins, tenait en la personne du chef de la figuration engagé par Méliès, qui, avec sa casquette multiple de réalisateur, auteur, acteur, décorateur, etc… avait d’autres chats à fouetter que de gérer 200 personnes. Seulement voilà, ce chef de la figuration se retrouva être en réalité un sacré escroc, qui gardait pour lui plus de la moitié de la somme qu’on lui avait confiée pour distribuer à chaque figurant. Quand il s’aperçut de la trahison, Méliès rentra dans une rage folle devant sa perte de temps et d’argent, et envoya littéralement valdinguer le faquin au milieu de la rue.

Malgré tout cela, il en résulte un film tout ce qu’il y a de plus épatant. De son propre aveu, le réalisateur s’est intéressé au sujet surtout pour les possibilités de trucages offertes par les apparitions de la sainte, remplaçant les voix impossibles à retranscrire dans le cinéma muet, et la scène du bûcher. Pourtant, Jeanne d’Arc rend parfaitement justice à son héroïne, et Méliès signe là un de ses meilleurs ouvrages avec des décors somptueux, une mise en scène travaillée et la patte bien distincte qui le caractérise, même avec la présence pourtant très retenue de ses traditionnels trucs.

Deux plans en particulier, vers la fin du film, m’ont marqué par leur composition extraordinaire. D’abord celui où un religieux, tout de noir vêtu, vient se positionner devant les flammes orangées du bûcher, tenant en ses mains une longue croix qui se retrouve engloutie par la fumée alors que de part et d’autre la foule observe, impassible. Puis la montée au ciel de Jeanne d’Arc, ceinte de nuages et d’anges, couronnée d’une auréole trinitaire, préfigurant le statut de sainte de l’Église Catholique qui pourtant ne lui sera attribué que neuf ans plus tard.

Il y a bien, ici, quelque chose de l’ordre du miracle !

https://media.senscritique.com/media/000017078777/source_big/Jeanne_d_Arc.jpg
Jeanne ! Au secours !

— Arthur

4 commentaires sur “L’Expresso – Jeanne d’Arc (1900)

Ajouter un commentaire

    1. Merci beaucoup ! C’est sûr qu’avec la carrière foisonnante que Méliès a eu et les nombreux chefs-d’œuvres qu’il a signés, il y en a, des histoires à raconter !
      Je conseille également le livre « Ecrits et propos, du cinématographe au cinéma » qui retranscrit une quinzaine d’articles, réflexions et discours écrits par Méliès lui-même ; c’est tout à fait fascinant 😀

      Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :