La Ballade de Buster Scruggs – Ambiance de mort

Yippee-ki-yi-yay, motherfucker !

Salut Billy et bienvenue au 7ème Saloon ! Attache ton fidèle destrier dehors, réajuste ton chapeau de cowboy et vérifie qu’il n’y a pas de serpent dans ta botte car on part au Far West. Le dernier film des frères Coen t’emmène en Ballade… de Buster Scruggs.

LA BALLADE DE BUSTER SCRUGGS

  • Réalisateurs : Joel & Ethan Coen
  • Acteurs principaux : Tim Blake Nelson, James Franco, Harry Melling, Tom Waits, Zoe Kazan
  • Date de sortie : 9 novembre 2018
  • Pays : États-Unis
  • Durée : 2h13

TOUS À L’OUEST

Un des genres cinématographiques majeurs de la première moitié du XXème siècle, ayant connu son âge d’or dans les années 50 et 60, le western est un style tombé un peu en désuétude au fil du temps, associé à de vieux classiques comme Le Bon, la Brute et le Truand et autres Il était une fois dans l’Ouest qui ne passent plus que sur Paramount Channel et Ciné Classique. Pourtant, le genre semble regagner du terrain ces dernières années et attirer les plus grands réalisateurs : le triomphal There Will Be Blood de Paul Thomas Anderson, les derniers-nés de Tarantino Django Unchained et Les Huit Salopards, ou encore hors-7ème Art l’immense succès du jeu vidéo Red Dead Redemption 2 l’année passée en sont des exemples frappants.

Les frères Coen eux-mêmes s’étaient déjà essayé au genre en 2007 avec le western moderne No Country for Old Men – récompensé par un Oscar du Meilleur Film – puis en 2010 avec True Grit. Mais aujourd’hui, c’est leur plus récente création qui nous intéresse : La Ballade de Buster Scruggs.

Imprégné du style un brin absurde, des personnages à moitié débiles et de l’humour sardonique implacable si caractéristiques des longs-métrages des frères Coen, le film se veut comme un hommage exhaustif au genre du western en général, comme une check-list de tout ce qui représente les histoires de cowboys. Des chansons de cowboys, du poker, des saloons, des revolvers à six-coups, des chevaux, des Indiens, des diligences, des cactus, des bandits, une banque braquée, des moustaches improbables, un chercheur d’or, des chasseurs de primes, des bottes à éperons, … C’est bien simple, tout ce qui te vient à l’esprit en disant « western » est dans ce film. Vraiment tout.

    J’en perds mon chapeau.

FRÈRE COEN, RACONTE NOUS SIX HISTOIRES

La Ballade de Buster Scruggs est construit comme une anthologie : c’est à dire que le film nous raconte six histoires différentes, en termes de personnages, de lieux, d’action, mais jointes entre elles par un même fil rouge ; en l’occurrence le genre western et la morale de l’histoire. La transition entre chacune d’entre elles est faite très joliment par un livre d’histoires accompagné de magnifiques esquisses. Mais sans plus attendre, faisons le tour des six récits…

LA BALLADE DE BUSTER SCRUGGS – Le cowboy Buster Scruggs (Tim Blake Nelson), fameux hors-la-loi qui chante aussi bien qu’il manie le six-coups, s’arrête dans un saloon où il prend malgré lui part à une partie de poker qui va rapidement dégénérer et se terminer en duel au milieu de la rue.

PRÈS D’ALGODONES – Un bandit tout de noir vêtu (James Franco) tente de braquer une banque, mais le gérant a plus d’un tour dans son sac, et plus d’un pète au casque. Dans un retournement de situation grandiloquent, notre brigand va se retrouver pendu. Enfin, peut-être…

TICKET REPAS – « Mon nom est Ozymandias, Roi des Rois, voyez mon œuvre, ô puissants, et désespérez ! ». Ce n’est pas l’androïde David d’Alien : Covenant qui récite ce poème ici, mais Harrison (Harry Melling), un artiste dépourvu de membres qui voyage de village en village emmené par son impresario (Liam Neeson) pour réciter de la poésie devant un public épars et peu généreux, tentant tant bien que mal de gagner de quoi manger un repas pour la journée.

GORGE DORÉE – Un vieux chercheur d’or (Tom Waits) tombe sur une vallée sauvage parcourue par une rivière éclatante, là où aucun homme n’est jamais allé. Il creuse des trous à longueur de journée à la sueur de son front, à la recherche du filon qui le rendra riche. Qu’elle était verte la vallée !

LA FILLE QUI FUT SONNÉE – Alice Longabaugh (Zoe Kazan) prend part à une grande caravane avec son frère, en direction de l’Ouest où elle est promise en mariage à un homme qu’elle n’a jamais rencontré. Quand le frangin décide malencontreusement de décéder sur le trajet, elle est placée sous la protection et de Billy Knapp (Bill Heck) et M. Arthur (Moi Le personnage de Red Dead Redemption 2 Grainger Hines). Avec l’aide des deux cowboys, Alice va reconsidérer la vie qu’elle mène, et peut-être, rencontrer son destin.

LES RESTES MORTELS – Cinq passagers sont dans une diligence à destination de Fort Morgan. Un Français (Saul Rubinek, qui est Allemand, ironiquement), une vieille dame (Tyne Daly), un trappeur (Chelcie Ross), un Anglais (Jonjo O’Neill) et un Irlandais (Brendan Gleeson) se mettent à discuter pour passer le temps, et opposent leurs visions de la vie – et de la mort.

Pour autant, Buster Scruggs n’est pas qu’un exercice de style. D’ailleurs même si le film n’était que ça, ce serait déjà une réussite : toutes les histoires sont mises en scène à la perfection, les acteurs sont formidables, et on a toujours l’impression d’être immergé en pleine conquête de l’Ouest. La bande originale y est d’ailleurs pour beaucoup, et les chansons de cowboys chantées par Buster sont vraiment géniales, au point que je pensais même à l’origine que c’étaient de vraies chansons de la période. Ce n’est pas étonnant donc que le film ait été nommé à l’Oscar de la Meilleure Chanson Originale ! Et en parlant de prix prestigieux, les frères Coen ont également été récompensés à la Mostra de Venise (le festival de Cannes italien) du prix du meilleur scénario. Et effectivement, il est mérité ! Car comme je le disais, La Ballade de Buster Scruggs n’est pas qu’un exercice de style. Derrière les fanfreluches, les situations cocasses et l’humour noir, le film révèle à la fin de chaque histoire une critique acerbe de la société et une très grande réflexion qui sert de fil conducteur au récit. Mais là, je n’en dis pas plus, car ce serait du spoil !

La suite de cet article contient des spoilers sur la fin de chacune des histoires. Gare à toi, visage pâle !

ET À LA FIN

Buster Scruggs gagne un duel en faisant des pirouettes et des cabrioles, mais se fait tuer lors d’un second par un jeune arriviste qui chante comme lui et tire plus vite que son ombre, comme lui. Le bandit échappe à la pendaison pour son braquage de banque, mais finit par être rattrapé pour un crime qu’il n’a pas commis et fini pendu quand même. L’imprésario de Harrison découvre une poule soi-disant savante qui attire dix fois plus de personnes que le poète et décide donc de l’acheter, en balançant le jeune homme du haut d’un pont. Le vieux chercheur d’or se fait tirer dessus par un jeune con qui a attendu qu’il trouve le filon à sa place pour récolter les gains. Alice se tire une balle dans la tête sur un malentendu.

Chaque histoire cache une satire de la société. La Ballade de Buster Scruggs nous apprend l’humilité, puisque même si on se croit le meilleur, il y aura toujours un jeune qui viendra nous remettre à notre place parce qu’il est meilleur que nous – Buster part trop confiant pour son duel et se fait tuer. Près d’Algodones est une démonstration du fait que le destin finit toujours par nous rattraper, et que tout crime doit être payé. Ticket Repas est une critique acerbe du monde des arts, où les gens préfèrent regarder de la merde – une poule qui compte – plutôt que de l’art – les poèmes de Harrison. Gorge Dorée finit bien en théorie, mais on peut aussi croire que l’orpailleur est vraiment mort quand il s’est fait tirer dessus et que la suite n’est qu’invention ; les vieux font tout le boulot pour des jeunes connards arrivistes et irrespectueux. La Fille qui Fut Sonnée est une critique de la société qui empêche les femmes de s’émanciper et de la dépendance sur les autres – si Alice avait su se battre elle-même, elle ne se serait pas tiré une balle pour rien.

Mais au delà de ça, La Ballade de Buster Scruggs est bien une fable sur la vie et la mort. Car à la fin de chaque histoire, le personnage principal meurt – y compris la dernière, et c’est justement où je veux en venir.

Les cinq passagers de la diligence des Restes Mortels sont tous morts. Oui oui. Titré en anglais The Mortal Remains (soit « Les Restes Mortels », soit « Le Mortel Reste »), le dernier récit se fait conclusion du thème commun à tous les récits : la vie et la mort. C’est d’ailleurs totalement explicité dans la discussion des personnages, et d’ailleurs ils sont cinq, comme les cinq personnages principaux des cinq histoires précédentes qui sont morts. Le trappeur gentleman et amoureux des mots représente le chercheur d’or, la vieille dame qui ne cherche qu’à rejoindre son mari qu’elle n’a pas vu depuis 3 ans – puisqu’il est mort, sous-entendu – est évidemment une comparaison à Alice, et le Français joueur de poker qui se croit plus malin que les autres et donne des leçons à tout le monde n’est pas sans rappeler Buster Scruggs. Si on suit ce principe, les deux chasseurs de primes sont donc Harrison et le bandit – mais la métaphore est moins évidente donc je ne saurais la justifier. Il n’en reste pas moins que tous les cinq sont décédés, emmenés à bord d’une diligence qui ne s’arrête jamais par un cocher sans visage, Charon du Far-West, conducteur des âmes damnées. La scène finale d’arrivée à l’hôtel en est la preuve : la porte est ornée subtilement d’une tête d’ange d’un côté, et d’une tête de capricorne de l’autre, images du Paradis et de l’Enfer. Les personnages n’ont plus qu’à monter l’escalier vers la lumière.

« We all love hearing about ourselves, as long as the people in the stories are us, but not us. Not us in the end, especially. »

L’Anglais

Le film paraît amusant sur la forme, mais n’oublie pas d’être intelligent sur le fond – comme toujours chez les Coen – et quand on y regarde à deux fois, on peut se prendre quelques petites claques de morale. La conclusion est bien simple en fin de compte : quoi qu’on fasse du temps qui nous est imparti, qu’on soit bon ou mauvais, il n’y a qu’une seule constante à l’existence humaine : dans les films comme dans la vie, à la fin, on meurt.

On dirait que j’ai plombé l’ambiance. T’as compris ? Plombé !

LE MOT DE LA FIN

Le nouveau délire des frères Coen est un western anthologique dantesque en six parties. Un cowboy chantant, un brigand malchanceux, un chercheur d’or grincheux, un artiste maudit, une femme un peu naïve et des croquemorts dans une diligence… Mais ne te laisse pas abuser par la forme Billy, car il y a derrière tout ça une grande morale : dans la vie, à la fin, on meurt.

Ah oui, et si tu veux le classement de mes histoires préférées, le voici :

  1. Ticket Repas
  2. Gorge Dorée
  3. La Ballade de Buster Scruggs
  4. Les Restes Mortels
  5. La Fille qui fut Sonnée
  6. Près d’Algodones

Note : 8 / 10

« Yippee-ki-yi-yay, he shouts and he sings… When the cowboy trades his spurs for wings. »

Buster Scruggs
Je crois bien que j’ai encore trouvé une pépite dans la rivière Netflix !

— Arthur

Tous les gifs et images utilisés dans cet article appartiennent à Netflix, et c’est très bien comme ça.
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