A comme – Alien : Covenant

Dans l’espace, personne ne vous entend créer.

Certes, la référence au tout premier film Alien de 1979 (« Dans l’espace, personne ne vous entend crier ») peut sembler vaseuse, et pourtant, cela aurait tout aussi bien pu être la phrase d’accroche de ce sixième film de la franchise. Il a été énormément décrié, et son réalisateur, Ridley Scott, a reçu de nombreuses critiques sur cette œuvre (Une note moyenne de 6,3 / 10 sur Rotten Tomatoes, et seulement 56% d’avis favorables pour le public) ; malgré tout, ce nouvel alien (dans tous les sens du terme) aborde des thématiques extrêmement intéressantes et brille à bien des égards. Alors, les critiques sont-elles justifiées ? Fallait-il arrêter la saga Alien là où elle a commencé ? Ou y a t’il plus à voir dans ce film qu’il n’y paraît au premier abord ?

Telles sont les questions auxquelles nous allons tenter de répondre aujourd’hui. Attention, l’article contient des spoilers, et vise plutôt à un deuxième visionnage du film qu’à le faire découvrir ; lis donc à tes risques et périls ! Bref, bonjour Billy, et bienvenue au 7ème Café pour cette première critique alphabétique : A comme Alien : Covenant !

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« Fuyez » ? C’est un conseil avant d’aller voir le film ?

ALIEN : COVENANT

Réalisateur : Ridley Scott

Acteurs principaux : Michael Fassbender, Katherine Waterston

Date de sortie : 10 mai 2017 (France)

Pays : Royaume-Uni et États-Unis

Budget : 97 millions $

Box-office : 240.7 millions $

Durée : 2h02

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Agreugreu, méchant !

ALIEN, SIXIÈME

Pour mieux comprendre Covenant, Billy, il faut remonter le temps jusqu’en 1979 et la création du tout premier Alien, déjà réalisé à l’époque par Ridley Scott. Ce film de science-fiction suit l’équipage du vaisseau industriel Nostromo, qui reçoit un mystérieux appel de détresse venant d’une planète inconnue. Ils décident donc d’aller à la source du signal, et y découvrent un étrange vaisseau ; ce qui mène à l’attaque d’un membre du groupe par une créature extraterrestre. De là, un alien lui sort du ventre et se met à terroriser et dévorer tout l’équipage jusqu’à ce que la seule survivante badass, Ellen Ripley, le balance dans le vide spatial. Voilà en gros ce qu’il faut retenir du premier film, qui a lancé tout un univers. Maintenant, le résumé de Covenant : ce film de science-fiction suit l’équipage du vaisseau coloniste Covenant, qui reçoit un mystérieux appel de détresse venant d’une planète inconnue. Ils décident donc d’aller à la source du signal, et y découvrent un étrange vaisseau ; ce qui mène à l’attaque d’un membre du groupe par une créature extraterrestre. De là, un alien lui sort du dos et se met à terroriser et dévorer tout l’équipage jusqu’à ce que la quasi-seule survivante badass, Daniels, le balance dans le vide spatial.

Ah.

J’ai mis en gras les éléments qui diffèrent du premier film. Non Billy, ça fait pas beaucoup. Je n’ai par ailleurs pas mis tous les détails et on pourrait même rallonger la liste, et c’est justement là la principale critique qui a été faite à propos du film : il n’y a rien de nouveau. En effet, si on prend l’histoire globale, force est de constater qu’on semble avoir affaire au même film, à l’instar des critiques qui ont été faites sur Star Wars Épisode VII : Le Réveil de la Force, et cet exemple n’est pas anodin puisque j’y reviendrai. Cependant, ce serait juger un peu vite ce sixième Alien que de le traiter de plagiat total de son propre prédécesseur. D’autant plus que ce serait aussi un peu l’hôpital qui se fout de la charité…

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Tous les mêmes, comme dirait ce cher Stromae.

JAMAIS CONTENTS

« C’est toujours le même film, avec un équipage différent et une brune qui survit à la fin. » Bon d’accord, dans Prometheus c’est une rousse qui survit, mais sur le principe les membres de l’équipe de How It Should Have Ended ont parfaitement raison : la critique du copié-collé est valable pour littéralement la totalité des films de la franchise ! Et c’est d’autant pire avec Aliens en 1986. Le deuxième film de la saga est généralement considéré comme le meilleur de la franchise, ou au moins se disputent-t-ils la place avec Alien. Une légende urbaine veut que lorsque James Cameron a présenté l’idée aux producteurs, il a simplement écrit ALIEN sur un tableau blanc, a rajouté un S et enfin a barré le S de façon à former un signe dollar : ALIEN$. Et bien que cette légende soit totalement fausse, elle a le mérite d’être appropriée, puisque c’est basiquement tout ce qu’Aliens a fait : mettre la menace extraterrestre au pluriel.

Attention Billy, il ne faut pas mal interpréter mes propos. On va me reprocher de dire qu’Aliens est nul et que Covenant est un chef-d’œuvre, mais ce n’est absolument pas le but de cette critique, j’essaye simplement de remettre les choses en perspective. Parce que c’est bien là le principal problème avec les suites/remakes/reboots/adaptations (soit 80% des films qui gagnent de l’argent au cinéma de nos jours) : il est de plus en plus dur de voir un film pour ses qualités propres plutôt que pour sa place au sein d’un ensemble plus vaste ; et on ne compare même pas le film à ses prédécesseurs mais en réalité à l’idée inconsciente universelle et culturelle qu’on se fait de ces prédécesseurs. En gros, on a l’idée que c’était mieux avant, mais on la justifie uniquement sur le fait que c’est généralement admis, alors que si on compare vraiment les films entre eux, ce n’est plus si évident que ça, et c’est exactement ce qui s’est passé avec la nouvelle trilogie Star Wars, dans le sens où tout le monde a critiqué Le Réveil de la Force en disant que c’était un plagiat de l’épisode IV, mais quand on regarde vraiment les deux films en détail, on peut extraire de nombreuses disparités (sans pour autant dire qu’ils sont complétement différents, mais en tous cas ils ne sont pas autant identiques que les critiques le laissent penser).

Prenons un exemple pour que ce soit plus clair. Une des critiques qui a été faite sur Covenant est que le personnage de Daniels n’a pas de prénom. Ah la la, mauvaise construction de personnage, pas de connexion avec l’audience, blablabla. Sauf que dans le premier film Alien, il n’est jamais dit ou écrit une seule fois que Ripley s’appelle Ellen. En effet, le prénom de l’héroïne principale de la saga n’est révélé que dans la suite Aliens. Ce que je veux donc dire par là, c’est que les critiques se basent sur l’idée qu’on se fait des films précédents, et pas vraiment les films en eux-mêmes, car sinon on pourrait tout aussi bien les critiquer eux aussi.

Au final, reprocher à un film Alien de montrer des attaques de xénomorphes, c’est un peu comme reprocher à un kouign-amann d’être trop beurré, ça n’a pas de sens. D’autant plus que ce serait oublier un point extrêmement important de la saga : les films ont toujours un double-sens philosophique. Ça a commencé dès le premier avec une réflexion sur l’humanité et la sexualité (l’arc de l’androïde Ash notamment), puis un approfondissement dans Aliens avec la question de la maternité. Alien3 prend le plus gros tournant philosophique puisque le film pousse vraiment la question de l’humanité et du bien et du mal dans ses retranchements.

Puis vient Prometheus en 2012. Ce préquel à la franchise se démarque profondément puisqu’il n’y a pas de xénomorphe dans le film. Aucun. Ridley Scott a pris le contrepied des films précédents en reléguant l’alien au second plan, pour faire venir la question philosophique au premier plan : d’où venons-nous ? Qu’est ce que la vie ? Et le film a été rejeté en disant « Ah mais c’est nul, y a pas de xénomorphe, ce préquel sert à rien ! ». Donc Ridley Scott fait Covenant et montre l’origine de l’alien. « Ah mais c’est nul, on voulait pas savoir d’où il venait le xénomorphe, ça gâche tout le mystère ! » Tout comme avec les épisodes VII et VIII de Star Wars (« Ah mais c’est nul, ça ressemble trop aux anciens films ! » puis « Ah mais c’est nul, c’est trop différent des anciens films ! »), on assiste à une hypocrisie des fans hardcores qui en réalité critiqueront les nouveaux films et ne seront jamais contents quoi qu’il advienne puisque tout ce qu’ils ont envie de voir c’est le premier.

Alors avec tout ça en tête Billy, j’aimerais que l’on se repenche sur Alien : Covenant en oubliant la saga et en regardant le film pour ce qu’il est vraiment. Jugeons ses aspects positifs et négatifs, sans le comparer au reste de la franchise.

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Tooooou doudoooou toudouloulooooou touloooooooou ♪

PÈRE SCOTT, RACONTE NOUS UNE HISTOIRE

Dans les faits, j’ai moi-même exagéré sur la simplification de l’histoire du film précédemment, et je me dois donc d’en faire un résumé plus détaillé.

Dix ans après la disparition du vaisseau Prometheus dans le film précédent, le vaisseau de colonisation Covenant, avec à son bord 15 membres d’équipage, 2000 colons et 1140 embryons, tous en hyper-sommeil, est en route vers la planète Origae-6 pour fonder une colonie terrestre. Seulement, le vaisseau encontre une éruption de neutrons qui détruit de nombreux équipements, et entraîne la mort de plusieurs colons et du capitaine. C’est sur ce drame que s’ouvre le film, avec le réveil de l’équipage pour parer l’incident. On découvre alors notamment Daniels (Katherine Waterston), femme du capitaine et terraformiste, et Walter (Michael Fassbender), un androïde de nouvelle génération. L’équipage capte alors un mystérieux message (« Take Me Home, Country Road » de John Denver, qui a été utilisée dans un autre film cette année) qui les amène sur une planète inconnue encore plus propice à la vie que leur destination. C’est là que les choses se gâtent : lors d’une expédition en forêt, ils découvrent un vaisseau alien abandonné, deux soldats sont infectés, des créatures pâles – les néomorphes – leur sortent du dos ou de la bouche et ça finit en pagaille générale avec explosion du vaisseau et plusieurs morts. C’est alors que l’équipage est sauvé par David (Michael Fassbender encore), l’androïde du vaisseau Prometheus disparu. S’ensuit alors un jeu du chat et de la souris entre les hommes et les aliens, et une course contre la montre pour échapper à cette planète, ses créatures mais aussi son inquiétant unique habitant…

Tout ceci correspond à la première heure du film. Et la suite constitue un habile mélange entre réflexion philosophique et scènes d’actions avec les néomorphes et les xénomorphes. Le fondement du scénario en lui-même ne démérite pas, et c’est plutôt dans le script qu’il faut chercher les problèmes de l’histoire, avec principalement nombre de dialogues stériles – sauf ceux de David qui sont extrêmement réfléchis pour tout le pan philosophique de Covenant. Heureusement, les performances fantastiques de Katherine Waterston et Michael Fassbender viennent s’opposer à ce défaut pour rétablir une sorte d’équilibre.

En clair, Ridley Scott joue ici la carte du compromis. Il passe ces deux heures à constamment alterner action et réflexion, cadence rapide et pause, ce que veut voir le public et ce que lui veut montrer. Sur le papier, Covenant a vraiment tout pour être le film Alien ultime pour les fans ! Sur le papier.

Alerte aux spoilers dans la suite de cet article !

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Comment ça « sur le papier » ?

OUI, MAIS…

Si je prends résolument le parti de défendre Covenant sur les plans où il est critiqué injustement, il faut bien comprendre que je ne suis pas l’avocat du Diable, mon cher Billy, et que par conséquent je me dois aussi de critiquer certains points.

Du côté des personnages, il est évident que le film pêche à de nombreux égards. À l’exception de Daniels et des androïdes, aucun d’entre eux n’est vraiment bien construit, et l’équipage ressort vraiment comme un ensemble de personnages vides sans autre but que de se faire brûler vif, exploser de l’intérieur, bouffer et/ou décapiter par les créatures extraterrestres. On ne sait pas vraiment qui est qui à l’exception des deux ou trois personnages principaux, il est quasiment impossible de retenir le nom de chacun des membres d’équipage (et pourtant j’ai vu deux fois le film et lu de nombreux articles), en bref Billy, ce sont vraiment des pions. Et quand le film daigne nous offrir un peu de background, ça tombe à plat dans l’intrigue ; je pense particulièrement ici à la religion du capitaine Oram, qui est mentionnée plusieurs fois sans vraiment de raison, hormis au détour d’une petite blague lorsqu’il lance un « Femme de peu de foi » à Daniels.

Un autre point, qui tient probablement plus de la tournure du script que des performances des acteurs, est le nombre de situations incohérentes qui se retrouvent dans l’action. Encore, que les soldats soient assez stupides pour marcher sur des nids de spores et ne pas voir que quelques unes leur rentrent dans le nez ou l’oreille, je peux admettre, mais quand le militaire contaminé est ramené au vaisseau, pourquoi la responsable de la navette le met-elle en quarantaine (ce qui est intelligent) pour ouvrir la porte cinq minutes après et ne rien faire d’utile (ce qui est complètement débile) ? Il y a aussi ces scènes où l’émotion est totalement gâchée par le manque de réaction des personnages par rapport à la situation. Par exemple, quand l’équipage vient de perdre quatre personnes, qu’il traverse un champ de cadavres et qu’il rencontre un androïde disparu depuis 10 ans sur une planète censée être inhabitée, personne ne dit un mot, même pas un petit « Pourquoi il y a environ 3000 gens morts sur ton porche ? ». Ou encore, quand le pilote Tennessee, qui vient seulement d’arriver sur la planète après que tout le monde s’est fait massacrer, et donc n’a encore jamais vu l’alien et n’est même pas au courant de son existence, déclare à peine un « On a de la compagnie » quand un xénomorphe saute sur le vaisseau, alors qu’une réaction logique aurait été « C’est quoi ce truc ? Pourquoi c’est noir, énorme et que ça a des dents pointues ? ». En bref, Covenant n’est vraiment pas bon au niveau du traitement des personnages.

En revanche, c’est le traitement des créatures qui est vraiment bien amené. Tout comme dans Prometheus, Scott offre à découvrir de nouvelles créatures fascinantes via le néomorphe et contrebalance la nouveauté avec une assez bonne version du xénomorphe, avec le kit complet incluant œufs, facehugger et chestburster. Cela donne lieu à des scène assez gores où le sang gicle à foison. Mais c’est bien là que le bât blesse, car les effets spéciaux laissent parfois à désirer. Les aliens adultes sont franchement bien réussis (sauf peut-être les scènes en extérieur pour le xénomorphe, qui restent cependant passables), tout comme le bébé xénomorphe, mais les bébés néomorphes sont assez moyens, et les visuels du sang sont vraiment mauvais. C’est dommage que la CGI soit ratée sur un film qui s’envisage, nous allons le voir, comme une véritable œuvre d’art.

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Eurk. Je crois que je vais vomir.

HISTOIRE DE L’ART

Sauf que dans le fond, les aliens n’importent pas. Oui oui Billy, tu as bien lu. Dans Alien : Covenant, les aliens sont clairement au second plan, et ce n’est pas plus mal. Il faut dire que ce n’est pas étonnant que les critiques disent que le film ressemble aux précédents, car au niveau combat contre les xénomorphes, après les courses dans les couloirs du vaisseau, les batailles à plusieurs ennemis, les brûlages de nids et le tournoi de boxe en mécha contre une reine alien, on avait un peu fait le tour dès la fin du second film.

Bref, les aliens ne comptent pas, puisque le vrai thème du film repose principalement sur David et Walter, les deux androïdes, et ce thème se rattache même au titre de cette critique : A comme Alien : Covenant certes, mais aussi A comme Art. En effet, le film développe un peu plus les questions « Qu’est ce que la vie ? » et « D’où venons-nous ? » initiées dans Prometheus, mais les étend sur le plan plus large de la création, et par conséquent, de l’Art.

Comme j’ai déjà pu l’aborder dans mon article sur les Oscars, la cinématographie de Dariusz Wolski aurait très bien pu obtenir une nomination, car Covenant est époustouflant visuellement, que ce soit par les décors impressionnants ou par le travail de la lumière précis et saisissant. Dès les premières secondes, on plonge dans ce bain artistique avec le logo de la 20th Century Fox grisé, et puis c’est un enchaînement continu de scènes magnifiques. Le vaisseau dans l’espace, le déploiement des voiles solaires, Daniels qui pleure devant un écran numérique, l’arrivée sur la planète 4, les plans dans la forêt…

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Tout bonnement magnifique.

C’est bien simple, tout se veut Art dans ce film. Il y a cette scène ahurissante de l’attaque des néomorphes dans le champ de blé, un trésor de réalisation, de lumière, d’effets visuels, d’explosion… Il y a la « naissance » du xénomorphe, tout en légèreté, comme une pause poétique au cœur de l’horreur, seul moment du film où la bande originale ressort vraiment. Il y a ce plan-séquence où Michael Fassbender apprend à Michael Fassbender à jouer de la flûte. Ah Billy, et même ce poster fantasmagorique où un rayon de soleil incident vient baigner de lumière une sculpture murale mêlant xénomorphes, Ingénieurs (UTC, allez allez allez !) et un immense trilobite de Prometheus.

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C’est de toute beauté !

Mais plus que faire de l’Art, ce qui est déjà une prouesse en soi, Ridley Scott cherche ici à réfléchir sur sa nature profonde. Qu’est ce que l’Art ? Qu’est ce que la Création ? Dans le fond, qu’est ce qu’Alien ?

Et c’est là qu’est la véritable portée du film. Dès la scène d’introduction, la question se pose, et va être répétée durant tout le film. David naît, et fait face à son créateur, et lui demande : « Si vous m’avez créé, alors qui vous a créé, vous ? » Plus tard, la question revient dans la plus grande simplicité quand les colons arrivent sur la planète : « Qui a planté du blé ici ? » La réflexion philosophique de Scott est appuyée par son utilisation massive d’œuvres d’art dans le film. Dans la scène d’introduction, la Nativité de Piero Della Francesca, le David de Michel-Ange, L’Or du Rhin de Richard Wagner au piano. Dans l’antre de David, des centaines de croquis, des maquettes d’aliens, mais surtout les concept-arts originaux de H. R. Giger qui ont servi au design du premier Alien 38 ans auparavant. Et comme pour couronner le tout, la dernière pointe méta qui prouve que Covenant a deux niveaux de lecture : David qui joue à la flûte le thème musical magistral de Prometheus.

Alors c’est là que ça se corse Billy, parce que ce que je vais dire pourrait être très mal interprété, donc je vais mesurer mes mots. Si Ridley Scott intègre l’Art dans son Art, c’est au final parce que David, c’est lui. Et c’est là que je fais attention, parce que je ne veux en aucun cas signifier que Scott est un psychopathe sociopathe qui aime génocider les gens.

Comment expliciter la métaphore ? En fait, tout ressort des échanges entre David et Walter. Le premier androïde est doué de création, mais son talent effrayait les Hommes, alors ils ont créé un nouveau modèle, Walter, incapable de libre-arbitre artistique. Tu vois où je veux en venir ? Walter est en fait Scott tel que le public voudrait qu’il soit, celui qui ferait l’Alien sans réflexion centré sur le xénomorphe et puis c’est tout, celui que les critiques de Prometheus et Covenant veulent. Mais David est le véritable Scott, celui qui essaye, qui réfléchit, qui crée. Et dans ce sens, l’alien du film lui-même devient Alien. Le xénomorphe est né de l’hybridation entre le Dr. Shaw, que David a tuée et disséquée, et le liquide noir des Ingénieurs. La réaction logique voudrait que l’on voit David comme un monstre qui a tué la femme qu’il aimait (ou qui l’aimait, peu importe). Mais en réalité, Shaw est comme la franchise Alien, Scott l’aime profondément, mais sans renouveau elle est vouée à disparaître à cause de sa condition mortelle, donc il l’hybride avec le liquide noir (représentation de la création depuis Prometheus) pour la faire perpétuer et la rendre immortelle. Covenant en devient presque une auto-justification de sa propre existence, la vision que Ridley Scott a de son alien (dans tous les sens du terme).

Est ce que cela veut dire pour autant que Scott s’imagine comme un dieu démiurge qui a toujours raison et nous surpasse tous ? Absolument pas. Et c’est exactement pour ça qu’il y a cette scène où David récite un poème, persuadé qu’il a été écrit par Lord Byron, et que Walter arrive et le corrige en dévoilant que le poème est de Percy Bisshe Shelley. Ridley Scott est capable d’erreur, il est imparfait. Mais ce qu’il vise, c’est la perfection de sa création. Dans la dernière scène du film, l’androïde qui est à bord du Covenant a le visage de Walter mais la personnalité de David. Un peu comme si Ridley Scott avait accepté les remarques des critiques, mais sous façade d’un Alien purement film d’épouvante/horreur, il reste le même et s’adonne à la plus profonde des réflexions qui a marqué la franchise. Un mélange, un compromis, en clair, un hybride. Alien devient avec Covenant un monstre philosophique.

Un peu de flûte pour finir.

LE MOT DE LA FIN

Est ce qu’Alien : Covenant vaut la peine d’être vu ? Définitivement oui, Billy. Ce film est une juste composition entre la réflexion philosophique propre à la franchise et des scènes d’action extraterrestre prenantes. On découvre des aliens étranges et fascinants, tout en prenant une grande leçon d’Art. Certes, on peut reprocher de nombreux éléments – au script en particulier – mais la métaphore de l’œuvre de Ridley Scott contrebalance ces défauts pour créer une œuvre d’art qui a toute sa place au sein d’une saga résolument étrange, envoûtante, différente… Un Alien, quoi.

Note : 6,75 / 10

« ORAM – What do you believe in ?
DAVID – Creation. »

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Vers l’infini, et au delà…

— Arthur

Tous les gifs et images utilisés dans cet article appartiennent à la 20th Century Fox, et c’est très bien comme ça.

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