Le Pub (Janvier 2019) – Les Huit Salopards

Inclut une lettre d’Abraham Lincoln. Enfin, peut-être.

Quentin Tarantino, QT dans le milieu, est devenu en l’espace de presque trois décennies et – seulement – 9 films à ce jour une légende du cinéma. Le maître du grossier, du sanglant, du dérangeant, mais toujours avec style, est le nouvel enfant terrible d’Hollywood, s’inspirant des classiques du passé pour mieux transcender les genres et influencer les films futurs. Et quand il s’attaque pour la deuxième fois au western avec Les Huit Salopards, tu sais que ça va déchirer sa race.

Bad. Ass.

LES HUIT SALOPARDS

Réalisateur : Quentin Tarantino

Acteurs principaux : Samuel L. Jackson, Kurt Russell, Jennifer Jason Leigh, Walton Goggins

Date de sortie : 25 décembre 2015 (US), 6 janvier 2016 (France)

Pays : États-Unis

Budget : 44 à 54 millions $

Box-office : 155,8 millions $

Durée : 2h48 – 3h07 (Version longue)

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Le mime était pas nécessaire Jennifer.

CHAPITRE I : HUIT CLOS

Une montagne enneigée. Un calvaire perdu au milieu de nulle part. Le thème principal du film monte lentement. Comme le dit à peu près le proverbe, les chiens aboient, la diligence passe.

Les Huit Salopards est dès les premières secondes un trésor de réalisation. Le film a été entièrement tourné au format 70mm, un format de pellicule deux fois plus large que la normale (35mm) pour la même hauteur, ce qui donne une image très détaillée et idéale pour des plans panoramiques très larges. Ce format a été utilisé régulièrement jusque dans les années 70, mais devant ses coûts de production et de projection très élevés, il est un peu tombé en désuétude – comme le genre du western à la même époque d’ailleurs. Mais comme le western aussi comme je le disais la semaine dernière avec La Ballade de Buster Scruggs, il reste des irréductibles sortant de temps à autres un film en 70mm encore de nos jours, comme Christopher Nolan par exemple avec Dunkerque en 2017, ou en l’occurrence ici notre cher Tarantino.

Et une belle cinématographie, il faut bien ça pour résister aux Huit Salopards de bout en bout. Avec ses presque 3 heures de longueur (jusqu’à 3h07 pour la version longue), et très majoritairement constitué de personnages dialoguant sans bouger dans un avant-poste bringuebalant paumé, le film peut rapidement venir à bout de ceux qui s’attendaient à un récit bourré d’action et délirant comme les Tarantino précédents à l’instar de Django Unchained et autres Kill Bill. Il faut d’ailleurs pas moins de 35 minutes de voyage en diligence avant d’arriver au susdit avant-poste ! Alors si tu ne peux pas résister aux films parlants plutôt qu’agissants, tu es prévenu Billy.

Mais si tu as le courage de te lancer dans le froid pour ces trois heures de débat, tu ne seras pas déçu. Les Huit Salopards est un huis-clos qui raconte l’histoire de Marquis Warren (Samuel L. Jackson), un chasseur de primes qui monte dans une diligence en route vers le bled de Red Rock, Wyoming, transportant déjà John Ruth (Kurt Russell) et sa prisonnière Daisy Domergue (Jennifer Jason Leigh). Alors qu’ils embarquent encore le shériff Chris Mannix (Walton Goggins), ils sont contraints par un blizzard à s’arrêter à la mercerie de Minnie, un avant-poste de montagne perdu dans la neige, où quatre autres curieux personnages sont déjà arrivés : Oswaldo Mobray (Tim Roth), Joe Gage (Michael Madsen), Señor Bob (Demian Bichir) et le vieux général confédéré Sanford Smithers (Bruce Dern).  Mais très vite, la tension s’installe, et il se pourrait bien que tout le monde ne soit pas qui il dit qu’il est… À eux tous, ils forment les huit salopards.

Howdy.

CHAPITRE II : LES HUIT LÉGENDES

On ne va pas se mentir, Les Huit Salopards est surtout une bonne excuse pour réunir les acteurs fétiches de Tarantino, dans une fresque de western et les faire balancer un nombre incalculable d’insanités et se foutre sur la gueule à longueur de temps. J’ai jamais entendu autant de synonymes du mot « bite » de ma vie !

En tête de liste il y a évidemment l’inénarrable Samuel Lee Jackson, qui a tant de rôle cultes qu’on ne peut plus les compter (Mace Windu dans Star Wars, Nick Fury chez Marvel) et qui marque ici sa sixième collaboration avec QT après Pulp Fiction, Jackie Brown, Kill Bill, Inglourious Basterds et Django Unchained. Arborant une pilosité faciale improbable, le personnage de Warren est celui qui domine constamment la situation, ne faisant confiance à personne et étant le premier à foutre la merde partout – à raison plus qu’à tort.

La moustache de Kurt Russell n’a rien à envier à celle de Jackson, et est peut-être même encore plus impressionnante. Il est bourru, il est mal élevé, il gueule… Bref, cet homme est un ours. On l’avait déjà vu dans Boulevard de la Mort, et il revient ici en beauté pour casser réellement des guitares hyper précieuses datant des années 1870. Ah bah bravo Kurt. Bravo.

Walton Goggins est hilarant dans la peau de ce shériff un peu débile sur les bords, après avoir joué un autre personnage un peu débile sur les bords dans Django Unchained.

Que dire de Michael Madsen ? Le M. Blonde de Reservoir Dogs et Budd de Kill Bill incarne ici le cowboy grincheux Joe Gage dont on a constamment l’impression qu’il préfèrerait sortir dans la tempête plutôt qu’être avec les 7 autres salopards, dans une performance très brute et imposante.

Tim Roth revient chez Tarantino après Reservoir Dogs et Pulp Fiction pour se foutre de la gueule de tout le monde avec un accent anglais d’on ne sait où et semble ne rien prendre au sérieux dans ce film, ce qui est souvent source de comic relief bienvenu dans un long-métrage où l’ambiance est souvent – littéralement – plombée.

Bruce Dern est le 3ème à revenir de Django Unchained et est incroyable sous les traits de ce général confédéré qui ne bougera pas de son fauteuil de tout le film. Il est parfait en tant que vieux croûton, et arrive à imposer sa présence subtilement malgré le fait que son personnage tienne plus du meuble que du militaire glorieux. Et puis surtout, c’est à cause de lui que le premier décès du film arrive et que les choses commencent à sérieusement dégénérer pour notre plus grand plaisir.

Il n’y a bien que Demian Bichir en mouton noir puisque c’est le seul qui n’avait jamais tourné avec QT avant. Il l’empêche qu’il excelle dans son personnage de Mexicain retors toujours en train de marmonner dans sa barbe.

Mais bien sûr, il faut donner la mention spéciale à Jennifer Jason Leigh. Je n’ai de cesse de vanter le talent de cette actrice géniale (Annihilation, Atypical) mais il faut bien avouer que Daisy Domergue est, et de loin, son plus grand rôle. L’Académie des Oscars est d’accord avec moi puisque Leigh a d’ailleurs reçu une nomination à l’Oscar de la Meilleure Actrice dans un Second Rôle. Elle passe son temps à se prendre des claques, des poings dans la tronche, du sang partout, des insultes, et elle se relève constamment. Pour réussir à tenir tête aux 7 légendes qui partagent la mercerie avec elle, il faut une force de caractère extraordinaire et c’est bien souvent elle, seule femme des salopards, qui tire son épingle du jeu.

Il ne faut pas oublier tous les autres acteurs et actrices qui s’offrent une petite apparition comme Zoë Bell, Channing Tatum, James Parks, ou encore Tarantino lui-même qui donne sa voix au narrateur du film. Et puis évidemment comment ne pas citer la bande son formidable de l’immense Ennio Morricone, dieu du western, qui continue d’imposer sa valise à 88 ans et a reçu pour Les Huit Salopards son premier Oscar (!) après 6 nominations.

Lui-même !

CHAPITRE III : PAN, DANS TES DENTS

Et puisque c’est un film de Tarantino, ce n’est pas un spoiler de te dire que ça finit en bain de sang. Les Huit Salopards ne déroge pas à la règle de la « funny violence » comme la décrivait feu Jean Rochefort, et il y a quelque chose de cathartique à voir ces personnes abominables s’entretuer à tour de rôle, dans une énorme bataille royale où tous les coups sont permis, personne n’est à l’abri et seul le plus gros connard survivra. Ou pas ?

Beaucoup critiquent l’extrême violence de Tarantino, mais je considère ses films comme des exutoires. Taper des gens, c’est pas bien, et tirer dessus encore moins. Mais Les Huit Salopards est comme un punching bag cinématographique ; quasiment aucun des personnages n’est de toute façon une personne sympathique – c’est peu dire – quand ce n’est pas carrément une totale crevure, il n’y a donc aucun remords à avoir d’être spectateur de ce déferlement de violence à leur égard. À la sortie de la séance, nous sommes finalement libérés de nos propres mauvais côtés dont Tarantino nous a montré le reflet.

En somme, tout est bien qui finit bien. Sauf pour ce pauvre O.B. qui n’avait rien demandé.

Ouh la, tu vas peut-être arrêter de sourire toi.

LE MOT DE LA FIN

Le dernier Tarantino a divisé la critique. Long et vide ou tendu et cathartique, là est la question. Il n’en reste pas moins un objet cinématographique démesuré où des légendes du 7ème Art viennent avoir une conversation un peu musclée – c’est le moins qu’on puisse dire – et ça, c’est excitant à regarder.

Note : 8 / 10

« JOHN – You only need to hang mean bastards, but mean bastards you need to hang. »

La caravane passe et Jésus crie.

— Arthur

Tous les gifs et images utilisés dans cet article appartiennent à Lantern Entertainment, et c’est très bien comme ça.

Un commentaire sur “Le Pub (Janvier 2019) – Les Huit Salopards

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  1. Je ne peux qu’applaudir cet article qui consacre ce Tarantino comme il le mérite et sans souci des oiseaux de mauvaise augure (oui, c’est à toi que je parle Joe Gage). Une haute dose de ciné fantastique, entre the Thing, Evil Dead et la Hammer ajoute à faire mon bonheur. Ils auraient pu encore causer des heures ces gens là que je les aurais suivi en enfer.

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