In the Mood for Love – Quand on a que l’amour

Alors sans avoir rien que la force d’aimer, nous aurons dans nos mains, ma mie, le monde entier.

Ah, l’amour. Muse séculaire de tous les arts, et le cinéma ne fait pas exception. Étant sans doute la plus complexe de toutes les émotions humaines, l’amour imprègne d’innombrables œuvres au premier aussi bien qu’à l’arrière-plan, dépeint de mille et une façons différentes, car il est autant d’amours que de personnages de films. « Love, actually, is everywhere » disait Hugh Grant dans Love Actually, et ça ne pourrait être plus vrai. Mais jamais, ô grand jamais en 125 ans de 7ème Art n’a t’il jamais été représenté aussi magnifiquement et passionnellement que dans In the Mood for Love.

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Rouge passion.

IN THE MOOD FOR LOVE

Réalisateur : Wong Kar-wai

Acteurs principaux : Tony Leung, Maggie Cheung

Date de sortie : 8 novembre 2000 (France)

Pays : Hong-Kong

Box-office : 12,8 millions $

Durée : 1h38

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Instant fugace.

UN HOMME ET UNE FEMME

In the Mood for Love fait partie de ces nombreux films que je connaissais de nom sans réellement savoir de quoi il en retourne. J’avais vu quelques images, reconnaissables par le fort usage de vives lumières artificielles (j’y reviendrai), et avais supposé d’après le titre que le film parlait d’amour, mais ça s’arrêtait là. Pourtant, son titre me revenait régulièrement au travers de classements et tops divers, qui faisaient son éloge ; on pourra par exemple citer le classement de la BBC réalisé en 2016 auprès de 177 critiques internationaux, qui le présentait comme deuxième meilleur film du 21ème siècle, juste derrière Mulholland Drive de David Lynch – on passera sur le fait que l’année 2000, durant laquelle In the Mood for Love est sorti, est la dernière année du 20ème siècle et non la première du 21ème, mais bon. Par conséquent, même sans rien en connaître, mes attentes pour l’œuvre de Wong Kar Wai étaient déjà élevées ; et quand je me suis enfin décidé à voir le film, mon Dieu, je ne fus pas déçu.

Comme beaucoup d’histoires, celle-ci commence avec un homme et une femme. Dans le Hong-Kong de 1962, M. Chow (Tony Leung) et Mme Chan (Maggie Cheung) emménagent tous deux dans le même immeuble, avec leurs épouse et époux respectifs, le même jour, à une porte d’intervalle. Les deux voisins s’adonnent à leurs vies quotidiennes, lui journaliste, elle secrétaire, leurs chemins se croisant et se recroisant par hasard au fur et à mesure des aléas des jours et des nuits ; tandis que leurs conjoints travaillent tard le soir, les laissant régulièrement seuls. Lors d’un rapprochement fortuit, Chow et Chan réalisent que leurs femme et mari les trompent en fait, l’un avec l’autre, depuis des mois. Alors, suivant les traces de ceux qui les ont abusés, ils vont eux aussi devenir plus proches, et peu à peu, tomber amoureux…

Le titre original du film, 花樣年華, tiré de la chanson éponyme de Zhou Xuan qui passe à la radio pour l’anniversaire de Mme Chan, signifie « Les années fleuries » ou « Le temps des bourgeons ». C’est une célèbre métaphore chinoise, qui fait référence au passage inéluctable du temps, de la beauté et de l’amour – des thèmes chers aux poètes romantiques. Et je ne saurais trop souligner à quel point In the Mood for Love est exactement ce que ses titres original et international laissent présager. Le long-métrage nous rend d’humeur amoureuse, nous fait baigner dans cette espèce de béatitude merveilleuse qu’est l’amour, tout en étant parcouru d’une profonde mélancolie poétique et de la fugacité tragique du temps qui s’écoule. Maggie Cheung, tout particulièrement, est extraordinaire et livre une performance d’une subtilité émotionnelle éblouissante, tout en resplendissant d’une beauté incroyable. Je suis tombé amoureux d’elle, et ceux qui me connaissent savent que je ne dis pas ça à la légère !

Ai-je réellement besoin d’en dire plus ? Je vais le faire, parce que j’écris beaucoup trop et que ça me plaît de parler des films que j’aime, mais le cœur de ce que j’ai à dire est là. In the Mood for Love est d’une beauté tout à fait unique que je n’ai jamais vue dans aucune autre œuvre, et mes mots ne sauraient que faire transparaître un iota de la perfection émotionnelle du film. Alors tu n’as pas vraiment besoin de lire la suite, Billy, va simplement regarder le film. Maintenant.

Moi non plus Maggie, moi non plus.

FEUX D’ARTIFICES

Sur un plan purement technique, In the Mood for Love est une merveille visuelle, un long poème fait d’images éblouissantes, semblable à un feu d’artifice aux couleurs éclatantes dans la nuit noire. En parlant d’artifices, justement ; la totalité des lumières utilisées dans le film, jusqu’à la scène finale où le jour se lève enfin, est artificielle. Imagine un Blade Runner chaleureux, aux néons invasifs, sur lesquels le rouge et l’orangé règnent et font baigner de leur éclat les scènes. L’obscurité intense n’est illuminée que par la passion de ces deux êtres, comme un soleil intérieur.

Le film doit énormément à la cinématographie époustouflante de Christopher Doyle, un collaborateur régulier de Wong Kar-Wai, qui le suit depuis Nos années sauvages en 1991 ; mais que l’on retrouvait également aux côtés de Zhang Yimou en 2002 avec Hero, sans aucun doute l’un des plus beaux films de tous les temps visuellement, ou encore plus récemment auprès d’Alejandro Jodorowsky sur Poesía Sin Fin en 2016. Ces deux films étant remplis à ras bords de somptueux tableaux aux couleurs intenses et magnifiées par la pellicule, il n’y a donc rien d’étonnant à retrouver cette même beauté irréelle dans In the Mood for Love.

Une beauté irréelle qui s’applique également au personnage de Maggie Cheung, et à juste titre. En plus du grand charisme de l’actrice elle-même, il est impossible de ne pas relever la splendeur de ses robes cheongsam (ou qipao), dont pas moins de 46 modèles différents furent taillés spécialement pour le film par certains des meilleurs et plus anciens couturiers de Hong-Kong. Le cheongsam est un vêtement traditionnel chinois, à la coupe ajustée, comme une robe longue à haut col. Originellement, il était plutôt réservé aux femmes nobles ou aux grandes occasions. C’est précisément ce qui élève Mme Chan ; elle a beau vivre dans un appartement très modeste et vivre d’un travail simple, les magnifiques motifs floraux et la finesse des coutures de ses robes lui confèrent une certaine aristocratie, transcendant sa beauté et la faisant paraître à la fois proche et inatteignable.

La musique, enfin, est un autre des points forts d’In the Mood for Love. En particulier, le thème principal du film, « Yumeji’s Theme » de Shigeru Umebayashi, tiré du film Yumeji de 1991. Ce morceau dépasse les mots ou les images, c’est de l’émotion dans sa forme la plus pure et la plus majestueuse. À chaque fois, sans aucune exception, que les violons lancinants font entendre leur délicate complainte, ils créent un moment de légèreté hors du temps et de l’espace, faisant battre nos cœurs à l’unisson, devenant simplement l’œuvre d’un ange.

LA SECONDE FOIS, C’EST UNE TRAGÉDIE

« Tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois […] la première fois c’est une tragédie, la seconde fois c’est une farce. »

Karl Marx déclarait ceci en 1852 dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte. Cette citation est à la base des thèmes du film Enemy de Denis Villeneuve, mais s’applique également parfaitement à In the Mood for Love ; en ce sens que tous les évènements du film se répètent toujours deux fois, de façon parfois pratiquement identique plan pour plan (La double scène où Chow et Chan se demandent comment leurs époux ont pu tomber amoureux), parfois de façon bien plus subtile ou métaphorique. Il n’y a pas un élément qui ne réponde à un autre dans une autre scène du film. En revanche, je me permettrais de transformer un peu la citation. Tous les évènements d’In the Mood for Love se répètent pour ainsi dire deux fois. La première fois, c’est une farce. La seconde fois, c’est une tragédie.

Presque à chaque fois qu’un élément est présenté pour la première fois, c’est de façon amusante, innocente, ou futile ; mais la deuxième fois, la plupart du temps quand la situation se répercute sur Chow et Chan, c’est quasiment toujours dramatique. On pensera au patron de Mme Chan, qui plaisante sur le fait d’acheter le même sac à main à sa femme et à sa maîtresse ; exactement ce qui arrive après avec M. Chan. Ou encore les scènes de répétition que font les deux amants, s’imaginant reconstituer le parcours de leurs époux et épouse ; la première fois ce n’est qu’une performance théâtrale, la seconde fois Mme Chan pleure.

L’histoire d’amour de M. Chow et Mme Chan elle-même n’est finalement qu’une répétition de celle qu’ont premièrement vécue M. Chan et Mme Chow, à ceci près que les deux amants se jurent de ne jamais entacher leur relation en la consommant. C’est précisément en cela qu’In the Mood for Love est une représentation si parfaite de l’amour ; c’est la gloire des sentiments et rien d’autre, c’est l’émotion pure détachée de toute matérialité quelle qu’elle soit, c’est la rencontre divine entre deux êtres dont chaque regard, chaque mot, chaque geste si infime soit-il dit tout bas tout ce qui ne peut être dit tout haut. C’est magnifique et déchirant, c’est passionnel et délicat, c’est triste autant que c’est joyeux. C’est l’amour.

 

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Quand on a que l’amour…

LE MOT DE LA FIN

In the Mood for Love est une œuvre somptueuse telle qu’aucune autre ne l’a jamais été. C’est la grandeur et la tragédie d’un amour qui est, mais ne peut pas être ; une romance parfaite teintée d’une mélancolie indélébile pour l’un des plus bouleversants chefs-d’œuvre du cinéma mondial.

Note : 9 / 10

« CHOW – S’il y avait un deuxième billet… Viendrez-vous avec moi ? »

Et tout part en fumée…

— Arthur

Tous les gifs et images utilisés dans cet article appartiennent à leurs ayants-droits respectifs, et c’est très bien comme ça.

4 commentaires sur “In the Mood for Love – Quand on a que l’amour

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  1. j’apprécie particulièrement le cinéma de Wong Kar Wai, cependant dire de façon autoritaire que In the mood for love est la plus belle représentation de l’amour, que l’on aurai pas fait mieux dans les 125 ans de l’histoire du cinéma, c’est un peu prendre sa subjectivité pour loi universelle ( à tu vu au moins une grande partie des film représentant l’amour ? impossible). Je pourrais ainsi cité un autre film magnifique sur l’amour, Les parapluies de cherbourg de Jacque Demy.

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