Jurassic World : Le Monde d’Après – Dino, God please no

J’adore les dinosaures. Je DÉTESTE ce film.

La République des Kiribati fait partie des nombreux pays insulaires mal connus d’Océanie. Avec une surface terrestre de seulement 811 km² répartie sur une surface maritime de près de 3,5 millions de km², c’est à la fois l’un des plus petits et des plus grands pays du monde. Sa capitale, Tarawa, regroupe près de 75 000 habitants, soit environ les deux tiers de la population nationale. En raison de sa situation géographique et de son étalement, les Kiribati sont l’un des endroits les plus mis à mal par le réchauffement climatique et comptent parmi les pays les plus pauvres du monde, avec un PIB d’environ 185 millions de dollars. Or, il se trouve que 185 millions, c’est aussi le budget de Jurassic World : Le Monde d’Après. Et quand je pense que l’équivalent de la richesse d’un pays entier a été utilisé pour faire ÇA !

JURASSIC WORLD : LE MONDE D’APRÈS

  • Réalisateur : Colin Trevorrow
  • Acteurs principaux : Chris Pratt, Bryce Dallas Howard, Sam Neill, Jeff Goldblum, Laura Dern
  • Date de sortie : 10 juin 2022 (États-Unis)
  • Pays : États-Unis
  • Budget : 185 millions $
  • Box-office : 834 millions $ (En cours)
  • Durée : 2h26

LA COLO DU CRÉTIN-CÉ

Le cerveau humain compte en moyenne 86 milliards de neurones. Jamais auparavant un film n’avait pris tant soin d’insulter personnellement chacun des neurones qui composent le mien. Et c’est en comptant Strawinsky, qui pourtant était une expérience abominable – bien que d’un tout autre genre.

Ce n’est pas que j’ai quelque chose contre les blockbusters, bien au contraire – je pense que les quelques 150 articles de ce blog seront preuve suffisante de ça – et ce n’est pas non plus une question de franchise Jurassic World. Bien que je pense que la saga jurassique n’a jamais plus atteint les sommets du Jurassic Park original depuis 1993, j’apprécie l’ensemble des opus précédents. Jurassic World avait pour lui sa compréhension du filon nostalgique, de l’icône qu’était le film de Spielberg et de tout ce qui faisait sa légende, jouant sur le mythe pour nous replonger avec un plaisir non-dissimulé dans le monde des dinosaures. Fallen Kingdom, pour sa part, était réalisé par le meilleur héritier de Spielberg à ce jour, J. A. Bayona, dont le sens de l’esthétique et de l’émerveillement enfantin donnait lieu à des scènes mémorables qui compensaient largement les aspects les plus bancals du scénario. Or, le troisième opus n’a aucune de ces deux rédemptions.

Bref, dans le cas de Jurassic World : Le Monde d’Après, c’est personnel. Il rend les aspects les plus stupides des deux précédents encore plus cons, ne cherchant même plus à camoufler le tout derrière une iconisation du premier film dont la nostalgie s’est de toutes façons complétement essoufflée. L’ensemble n’est jamais intelligent, se reposant sur un nombre incalculable de sérendipités, deus ex machinas et autres entourloupes fainéantes dont l’intérêt est inexistant. J’excuserais encore ces défauts s’il était drôle et/ou divertissant, mais il échoue aussi dans les deux catégories ; ce n’est pourtant pas faute d’avoir rempli le film à craquer de scènes d’action toutes plus foireuses les unes que les autres, dont on ne ressent jamais l’adrénaline ou l’enjeu tant on passe son temps à se demander leur raison d’être ou comment les personnages peuvent y survivre – crash d’avion en tête.

Pire encore, Le Monde d’Après n’a rien pour se sauver mais surtout aucun respect pour la saga qu’il est sensé conclure. Ça en dit déjà long que la meilleure scène du film ne soit, justement, pas dans le film mais sur YouTube. Tout ce qui a fait la force ou le potentiel des films précédents est jeté aux oubliettes, les héritages de Hammond et Spielberg balayés d’un revers nonchalant tant et si bien que même les dinosaures ne peuvent plus faire grand chose pour sauver les miettes de ce naufrage. Le message écologiste est tourné en ridicule, la morale de fin des rêves de l’enfance complétement effacé, les personnages légendaires, plus que l’ombre d’eux-mêmes.

Il est des films que même moi je ne peux plus défendre.

MAIS QU’EST CE QUE JE FOUS LÀ

Car au premier plan de l’absence totale de respect pour Jurassic Park se trouve évidemment la tentative désespérée de se raccrocher à la moindre brindille de nostalgie éculée qui n’a pas encore été épuisée par la machine infernale des studios hollywoodiens. Je fais évidemment référence ici au retour inattendu de Dodgson en tant que grand méchant de ce film, lui qui était – au mieux – un personnage d’arrière-plan de l’opus original. Je ne comprends honnêtement pas ce qui a pu pousser le studio à le faire revenir, à moins qu’ils se soient imaginés que tout le monde, en le voyant apparaître à l’écran, gigoterait avec excitation dans son siège comme Nedry dans le premier film. À la nuance près qu’ils ont dû oublier la deuxième partie de sa réplique.

« Dodgson ! Dodgson est parmi nous, Dodgson est là ! Tout le monde s’en fout. »

Nedry, Jurassic Park (1993)

Le hic, c’est que tous les personnages n’ont aucune raison d’être là. Les protagonistes sont parachutés au milieu d’une intrigue qu’ils n’impactent d’aucune façon et qui ne justifie jamais leur participation. C’est d’autant plus vrai pour les docteurs Alan Grant et Ellie Sattler, tout droit rapportés du premier film, sans pour autant que le rôle qu’on leur donne à jouer n’ait un seul lien avec leur implication dans le premier parc et qui se contentent de rejouer les meilleurs moments du film original avec un arrière-goût de réchauffé. Sam Neill et Laura Dern passent leur temps à visiblement se demander ce qu’ils foutent au sein de chaque scène d’un film qui est bien en deçà de leur talent respectif et force leurs personnages dans une romance franchement pas nécessaire qui m’a valu un certain nombre de levée d’yeux vers le ciel.

En parlant de romance foireuse, Owen et Claire également partagent autant d’alchimie à l’écran que l’eau et l’huile et ne semblent jamais être le couple aimant (et les figures parentales) qu’ils sont supposés être. Je ne sais pas s’ils n’ont pas du tout conscience du film dans lequel ils sont et se prennent beaucoup trop au sérieux, ou si au contraire ils en ont parfaitement conscience et n’essayent même pas, entre Chris Pratt qui passe son temps à tenter d’exsuder la testostérone à grands renforts de froncements de sourcils et de regards pénétrants et Bryce Dallas Howard qui puise toute l’énergie de son répertoire « Ménagère de 50 ans ».

Non pas qu’aucun d’entre eux soient foncièrement de mauvais acteurs. Sam Neill est multiplement nommé aux Emmy et aux Golden Globes, Laura Dern est depuis peu oscarisée pour Marriage Story, Chris Pratt a un grand talent comique quand on le laisse l’utiliser proprement et Bryce Dallas Howard a quelques performances phénoménales au compteur, notamment dans l’épisode « Nosedive » de Black Mirror. Rien dans ce film n’est à la hauteur de leur talent. Seul reste Jeff Goldblum dans son rôle habituel de… Jeff Goldblum, se baladant dans l’intrigue avec son charisme et son ironie caractéristiques, faisant montre d’une désinvolture qui, pour le coup, colle parfaitement avec l’ensemble.

Le pire contre le meilleur.

BIENVENUE À JURASSIC PLOUC

Les spectateurs les plus assidus se souviendront qu’à la fin de Fallen Kingdom, on nous promettait un monde envahi par les lézards terribles désormais livrés à eux-mêmes, en liberté sur tous les continents. La perspective de dinosaures dans un contexte urbain comme dans les meilleures scènes du Monde Perdu (alias Jurassic Park II), d’interactions homme-créature comme nous n’en avions encore jamais vues, faisait rêver. Rassure-toi Billy, rien de tout ça n’apparaît dans Dominion. Au delà d’un prologue aux accents de scènes coupées de l’épilogue du dernier film et d’une conclusion complétement sortie de derrière les fagots, la conséquence de l’insertion des dinosaures dans la nature n’est jamais explorée, laissant tomber ce qui aurait pu, non, dû être l’aspect le plus intéressant du film. Au lieu de ça, on se retrouve ENCORE dans un parc claqué au sol qui ne fait même plus l’effort d’essayer de se distinguer du lot.

Peut-être que mon plus gros problème avec Le Monde d’Après tient précisément en ce que les dinosaures sont absolument inconséquents. Ce qui, tu me l’accorderas, est relativement fâcheux pour un film Jurassic World. En oubliant la prémisse de son film, le réalisateur Colin Trevorrow semble avoir également oublié au passage qu’il met en scène un film de dinosaures tout court, et fait de l’ennemi majeur une nuée de sauterelles OGM qui aurait très bien pu s’échapper d’un film d’horreur à la La Nuée sans aucun lien avec les créatures préhistoriques.

T-Rex et autres carnotaures en sont réduits à des gimmicks qui ne sont rajoutés à la va-vite dans les scènes que pour faire monter une tension complètement artificielle, filmés avec une banalité maladive sans une once de la majesté ou de l’émerveillement qui devrait accompagner ces créatures extraordinaires. Rien ne sort du lot, du Quetzalcoatlus qui s’attaque gratuitement à un avion au vélociraptor qui fait un bébé toute seule (#JeanJacquesGoldman), en passant par le pyroraptor qui nage apparemment très bien dans une eau à -10°C et aux atrociraptors qui courent après tout ce qu’on pointe avec un laser – dont je suis à peu près sûr que c’est pas comme ça que ça fonctionne. Mention spéciale au giganotosaure qui se prétendait être le grand méchant du film et dont le rôle se réduit à à peine plus qu’un caméo, histoire de dire « Regardez on a encore un grand dinosaure agrougrou méchant » pour un combat final expéditif et jamais satisfaisant.

Il va sans dire qu’aucune des créatures présentes à l’écran n’est scientifiquement correcte ; Jurassic World accomplit l’exploit d’être encore moins à jour d’un point de vue paléontologique que ne l’est aujourd’hui Jurassic Park (qui l’était à peu près il y a 30 ans), c’est dire. En plus de ça, l’aspect esthétique ne justifie même pas les incohérences puisque les nouveaux dinosaures sont franchement dégueulasses, avec un pyroraptor low-cost au crâne défiguré et un giganotosaure complétement disproportionné qui ressemble plus au Godzilla de 1999 qu’à autre chose. Ne reste que le thérizinosaure qui est presque (presque) correct et s’affirme comme l’un des ajouts les plus intéressants à la franchise, prouvant que même un herbivore peut être badass. Dommage qu’il n’apparaisse que vers la fin du film pour deux brèves scènes – c’est trop peu, trop tard.

Attention derrière toi ! Une bonne scène !

LE MOT DE LA FIN

Jurassic World : Le Monde d’Après est un film débile. C’est une insulte à mon intelligence, à l’économie des Kiribati, à tout ce qu’est la saga Jurassic Park et à deux siècles de travail acharné de la part des paléontologues du monde entier. Les dinosaures sont morts une première fois il y a 66 millions d’années ; par pitié, laissez-les crever en paix.

Note : 2 / 10

« Jurassic World, je suis pas fan. »

Ian Malcolm
Allez hop, ça dégage.

— Arthur

Tous les gifs et images utilisés dans cet article appartiennent à Universal Pictures, et c’est très bien comme ça.
Publicité

3 commentaires sur “Jurassic World : Le Monde d’Après – Dino, God please no

Ajouter un commentaire

  1. Eh bien moi je me suis régalé à cette lecture jubilatoire qui expédie ce sauropode du box-office six pieds sous terre. 😀
    N’étant moi-même pas très jurassique à la base (sauf à être sous une Spielberg influence), je me suis bien gardé de m’aventurer dans ce monde perdu. Et je ne suis pas prêt de le faire désormais. 😉

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :