2021 – DOUBLE PROGRAMME

Circulez, y a rien à voir ?

Je titrais mon bilan 2020 avec l’à peine rancunier « Une putain de belle année de merde ». Arrivé au terme de l’année suivante, nous sommes donc en droit de nous demander si 2021 s’est mieux passée. Verdict ?

Bof. Restrictions absconses, plus de variants de coronavirus que dans Loki… bref, c’est la catastrophe à tous les étages – y compris au menu de mon pourtant si cher 7ème Café, où seuls 9 articles ont réussi à se frayer un chemin les douze derniers mois, faute de temps, de motivation ou de volonté. Un désert semblable à celui de Dune qui reflète aussi mes visionnages globaux ; seulement 79 films cette année, dont 20 courts-métrages et à peine 14 séances de cinéma, c’est-à-dire moitié moins qu’à l’accoutumée. À bien des égards, 2021 fut donc pire que 2020, et pourtant la barre était déjà haute.

Inutile cependant de tergiverser, et n’ayant nullement envie de m’appesantir en long, en large et en travers sur 2021, j’ai décidé que le bilan serait, à l’image de cette année cinématographique, un peu différent. Dans ces temps incertains, le cinéma, lui, n’a pas cessé de resplendir – films nouveaux ou retrouvés, leur richesse et leur diversité affirment plus que jamais la grandeur du 7ème Art. Le millésime 2021 est un grand cru, ne serait-ce que par le nombre de films extraordinaires qu’il me reste encore à voir (The Green Knight, Memoria, Faya Dayi, West Side Story, The French Dispatch, Spencer, Annette, Belfast, j’en passe et des meilleurs). Alors, inspiré par les Fantasy Double Features de MUBI, voici un double programme 2021 ! Une poignée de films sortis cette année en salles ou en virtuel, mis de pair avec d’autres films plus anciens que j’ai découvert pour la première fois. J’espère que le format te plaira !


MARIN DES MONTAGNES (2021) & VOYAGE OF TIME (2016)

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Deux mythes fondateurs de l’univers. Dans Voyage of Time, c’est l’univers que l’on habite, le cosmos incommensurable d’où a jailli la vie et où, inexorablement, elle s’éteindra. Dans Marin des Montagnes, c’est l’univers que l’on est, le soi, né de la fusion entre deux étoiles que l’on nomme nos parents. Dans son documentaire intime, Karim Aïnouz se fait astronaute en direction de la planète lointaine Algérie, où il recherche les traces de son père pour mieux retrouver sa mère ; tandis que Brad Pitt nous emmène de supernovas en apocalypses. Les deux films cherchent un sens à la vie, fut-elle celle de l’individu ou de l’existant tout entier – ce faisant, ils expérimentent sur la forme et nous offrent des images inoubliables. Il n’en fallait pas moins pour faire de Marin des Montagnes mon film favori de 2021.

EVANGELION 3.0+1.0 : THRICE UPON A TIME (2021) & AS I WAS MOVING AHEAD OCCASIONALLY I SAW BRIEF GLIMPSES OF BEAUTY (2000)

Evangelion 3.0+1.0 est la fin ; à la fois la troisième fin de la saga Evangelion (après celles de l’épisode 26 de la série de 1995 puis du film End of Evangelion de 1997) et la fin totale englobant l’ensemble de la légende tissée par Hideaki Anno. Ce regard contemplant une existence entière est aussi celui qu’adopte Jonas Mekas dans, à mon sens, le film au plus beau titre de tous les temps : As I Was Moving Ahead Occasionally I Saw Brief Glimpses of Beauty. Du haut de ses 78 ans, il retrace sa propre vie à travers cinq heures (!) de films personnels tournés pendant des décennies. Les deux longs-métrages sont épiques, chacun à leur façon, et ce d’autant plus lorsque Evangelion nous fait basculer dans un anti-univers métaphysique pour l’Impact Final. Chacun repousse les limites de son genre et livre un monument comme jamais vu auparavant.

INSIDE (2021) & MYSTERIOUS OBJECT AT NOON (2000)

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Tout film d’Apichatpong Weerasethakul est un mystérieux objet – Memoria, sorti cette année, ne déroge sans doute pas à la règle, encore faudrait-il que je le voie. Dès son premier long-métrage, Mysterious Object at Noon, il se lance dans un exercice de style avec les moyens limités dont il dispose pour proposer une œuvre hors du commun. Coincé chez lui à cause d’une certaine épidémie qui ne dit jamais son nom, Bo Burnham est contraint par la même économie de moyens et signe Inside, un one-man-film foutrement original rythmé par des chansons inoubliables, confrontant l’humour au désespoir ambiant. Bien que fictifs et mis en scène, les deux films finissent par révéler quelque chose d’eux-mêmes entre les mailles ; c’est dans ses moments que jaillit le plus leur éclat. Well, well, look who’s inside again.

DUNE (2021) & MICROCOSMOS (1996)

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L’infiniment grand rencontre l’infini petit lorsque contrastent le gigantisme brutaliste de Denis Villeneuve et l’harmonie minuscule de la Nature. Dune est un macrocosmos visuellement inégalé, cumulant les superlatifs pour un immense spectacle audiovisuel – mais, on s’ennuie un peu, non ? Mettre le film en parallèle d’un scarabée bousier ci-dessus n’est pas tout à fait innocent. Après ce grand bruit qui finalement ne dit pas grand chose, aussi impressionnant soit-il, il fait bon retourner sur notre chère planète pour y observer la vie autour de nous. Après tout, le Microcosmos aussi a ses vers géants, tant que l’on dispose d’une bonne loupe. Tout est question de point de vue !

GAGARINE (2021) & PLAYTIME (1967)

Petit détour par la France pour nous rappeler que notre cinéma n’a rien à envier au reste du monde – une Palme d’Or à Cannes (Titane) et un Lion d’Or à Venise (L’Évènement) en témoignent. Gagarine et Playtime sont deux films où l’urbanisme tient une place centrale, qu’il soit incarné par la cité Gagarine d’Ivry-sur-Seine ou la monumentale et très (trop) géométrique Tativille. En suivant nos deux héros, nous sommes invités à faire un pas de côté et sortir du cadre bétonné ; en invitant la fantaisie et le désordre dans un monde trop réglé, ou en imaginant faire d’un immeuble de banlieue un véritable vaisseau spatial. Odes à la magie du quotidien, ces deux films sont souvent beaux, parfois drôles, parfois tristes, mais toujours formidables.

NOMADLAND (2021) & VITALINA VARELA (2019)

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Et puisque nous parlions de récompenses, n’oublions pas l’Oscar du Meilleur Film 2020. Deux femmes parcourent les paysages de leur contrée, errant en quête d’un deuil qu’elles ne peuvent se résoudre à faire. L’une baigne dans la lumière des couchers de soleil de l’Amérique, l’autre dans les ombres ténébreuses des quartiers pauvres de Lisbonne. C’est Fern, la tranquille nomade de Nomadland, et Vitalina, la force contenue de Vitalina Varela. Deux femmes extraordinaires dans des films qui ne le sont pas moins, fictions poétiques qui ne sont jamais très loin d’une implacable vérité.

SUMMER OF SOUL (2021) & SIDEWALK STORIES (1989)

Alors voilà, ne reste plus que celui que je considère comme le meilleur film de 2021. En apparence, tout oppose Summer of Soul et Sidewalk Stories ; l’un est un documentaire musical aux couleurs resplendissantes, l’autre une fiction muette en noir et blanc. Et pourtant. Ils s’alignent chacun derrière un même regard afro-américain pour ressusciter des documents du passé – que ce soit Le Kid de Chaplin ou un concert oublié de 1969 – et en font des messages de solidarité, d’espoir et des leçons sur l’histoire de l’Amérique. Des thèmes difficiles émergent nécessairement, mais lorsque défile le générique c’est une indicible joie qui prévaut. Comme le disent les derniers mots de Summer of Soul : « How beautiful it was » !


Et toi Billy, quels ont été tes films de 2021 ? Quels films t’ont émerveillé, quels films t’ont déçu, quels films as tu manqué et espères-tu rattraper ? Pour ma part, je ne sais pas ce que 2022 me réserve. Je ne peux affirmer ce que le 7ème Café sera ou ne sera pas, mais je continuerai à entretenir autant que possible ce havre de cinéphilie tel que je l’ai imaginé il y a bientôt quatre ans. Un petit conseil au passage, je suis désormais plus actif sur Twitter alors je te conseille de me suivre pour être au courant des articles – et quelques bonus de temps en temps ^^

Enfin, comme à mon habitude, je ne peux conclure ce billet qu’en te souhaitant une joyeuse, excellente et cinéphile année 2022 ! Je ne saurai jamais assez remercier chaque lecteur qui passe sur ce blog, lit un article, laisse un petit J’aime ou un commentaire – même lorsque les publications se font rares. Le 7ème Café ne serait rien sans ses clients, ses habitués, alors merci, et à très bientôt 😉

— Arthur

Tous les gifs et images utilisés dans cet article appartiennent à leurs ayant-droits respectifs, et c’est très bien comme ça

2 commentaires sur “2021 – DOUBLE PROGRAMME

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