Le Pub (Mars 2021) – Les Trois Caballeros

Youpi, dansons la carioca.

Quand on pense Disney, on pense davantage aux Roi Lion, Aladdin et autres Bossu de Notre-Dame qu’aux films de la période du temps de guerre. Pourtant, ces six dessins animés sortis entre 1943 et 1949, bien qu’étant les plus méconnus et les plus oubliés de la filmographie du studio, représentent une parenthèse unique en son genre et ne ressemblent aucunement aux œuvres qui les ont précédés ou suivis. Il y a là les marques d’un Disney qui n’a pas encore tout à fait établi ses codes, expérimentant sur le fond et surtout la forme pour faire naître l’âge d’or de l’animation. Petite étude de cas avec Les Trois Caballeros !

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LES TROIS CABALLEROS

  • Réalisateur : Norman Ferguson, Harold Young
  • Voix principales : Clarence Nash, José Oliveira, Joaquin Garay
  • Date de sortie : 21 décembre 1944 (Mexique), 21 avril 1948 (France)
  • Pays : États-Unis
  • Box-office : 3,355 millions $
  • Durée : 1h11

L’AUTRE AMÉRIQUE

Comme nous l’avons vu lors de la critique sur La Planète au Trésor, l’histoire de l’animation Disney peut être divisée en différentes périodes. Celle du temps de guerre se niche entre l’âge d’or et l’âge d’argent, après la grande révélation du studio suite à l’immense succès que fut Blanche-Neige en 1937, mais avant son établissement définitif avec les classiques que deviendront Cendrillon et autres Livre de la Jungle dans les années 50 et 60. Même si la Seconde Guerre Mondiale éclate en 1939, les États-Unis en sont relativement préservés jusqu’à l’attaque de Pearl Harbor en décembre 1941 ; c’est là que les ennuis commencent, pour le pays et pour le cinéma.

Grève des animateurs, mobilisation des troupes, gros problèmes de budget et pressions du gouvernement, la recette d’une décennie qui s’annonce pour le moins compliquée pour l’oncle Walt. Après la sortie de Bambi en 1942, le studio d’animation ne se lance plus que dans des films « paquets » peu ambitieux, assemblages plus ou moins fignolés de courts-métrages qui n’étaient pas forcément prévus pour le grand écran, sur fond de propagande américaine pas forcément subtile. Bref, on est loin des sommets précédemment atteints, et il faudrait attendre six films et la sortie de Cendrillon en 1950 pour que les choses s’arrangent.

C’est durant les premières années de la guerre que Disney est commissionné par le gouvernement Roosevelt pour prendre part à un petit voyage en Amérique du Sud dans le cadre de la Politique de Bon Voisinage. L’idée, pour les US, est de faire ami-ami avec leurs voisins du Sud pour éviter qu’ils n’aillent fricoter de trop près avec l’Allemand moustachu ; Walt et Mickey sont les parfaits ambassadeurs de ce projet, le cinéma d’animation ayant, on le sait, un grand pouvoir d’émerveillement.

C’est ainsi que naît Saludos Amigos, grand frère du dessin animé qui nous intéresse aujourd’hui, qui se fait déjà fort d’une thématique latino-américaine que les Caballeros viendraient plus tard étendre et compléter. Brésil, Argentine, Chili, Pérou, puis même Mexique ; le film s’apparente à une vieille carte du monde pas tout à fait à jour mais tout de même fort sympathique, pleine de petits dessins fantaisistes et détails folkloriques, mêlant animation et prises de vue réelles dans un Technicolor toujours aussi glorieux.

#my gif from Adventurelandia
Ça me donne envie de danser !

TOUT CE QUE DISNEY NE FERAIT PLUS AUJOURD’HUI

Les courts-métrages composant Les Trois Caballeros mettent en scène Donald (et sa voix caractéristique teintée de cancer de la gorge) recevant des cadeaux d’anniversaire de la part de ses amis d’Amérique latine. D’une part, José Carioca, le perroquet vert brésilien dont on ne voit jamais qu’un œil à la fois, déjà introduit dans Saludos Amigos et qu’on retrouverait plus tard dans Mélodie Cocktail. D’autre part, Panchito Pistoles, le coq rouge mexicain au tempérament de feu, qui n’apparaît malheureusement que dans ce film et c’est bien dommage, car il a un vrai potentiel dans le panthéon Disney tant il est fun et coloré. Ensemble, ils représentent cette cordialité pan-américaine tant espérée par les États-Unis, chacun se faisant allégorie de son pays respectif. En tous cas, sur le papier.

Il apparaît rapidement évident que l’ambition culturelle voulue pour le film est très largement unilatérale, et clairement biaisée. L’idée est de montrer l’Amérique du Sud au public du Nord, certes, mais toujours d’un point de vue états-unien et donc par conséquent, forcément plus ou moins stéréotypé. Il y a une réelle volonté d’améliorer l’image de ces pays sub-équatoriaux, mais pas mal de progrès reste à faire entre José qui ne vit que pour danser et séduire les damoiselles, et Panchito qui ponctue ses phrases par des « Ay Caramba » intempestifs – ceci étant dit, c’était bien pire dans Saludos Amigos, l’effort est à louer.

Années 40 obligent, ajoutons une lampée de sexisme sur cette pointe de racisme pour parfumer la sauce qui assaisonne Les Trois Caballeros. Jamais ô grand jamais n’a-t-on vu d’oiseaux animés aussi excités, draguant avec une insistance déroutante les danseuses bien réelles avec qui ils se mêlent sur la pellicule, laissant entrevoir un instant bien trop long l’éventualité de relations inter-espèces pas très catholiques. On appellera les dames tantôt « Hot stuff », « Latin baby » ou encore « Pretty girls » parce que, comme disait feu Jean Rochefort, ça c’est hot zizi bâton.

Maintenant que c’est dit, on peut passer à autre chose. Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’évoquer, je ne suis pas pour la censure de films qui ne sont que le reflet malencontreux de leur époque ; il est important de mentionner leurs problèmes indéniables, mais je pense que le public moderne est assez perspicace pour s’en rendre compte, et faire disparaître des œuvres 50 ans après, ça n’a pas beaucoup de sens. En ceci, je pense que Disney+ a d’ailleurs raison de laisser ces films au catalogue tout en leur adjoignant cependant un message d’avertissement sur leur contenu au tout début. Au moins, on sait à quoi s’attendre.

Bref, Les Trois Caballeros, c’est un condensé de tout ce que Disney ne ferait plus aujourd’hui, à la fois sur ces questions graves, mais aussi sur plein d’autres points plus anecdotiques : comme le cigare que José a constamment au bec, ou les armes à feu dont fait incessamment usage Panchito. On trouve également des références à la religion, autre interdit moderne du studio, ainsi que la présence évidente de Donald ; en effet, les films du temps de guerre sont les seuls classiques d’animation Disney – hors Fantasia qui est un cas particulier – à mettre en scène les personnages phares que sont Mickey, Donald ou Dingo, trahissant l’héritage du court-métrage dans ces œuvres.

Tumblr: Image
Je ne sais pas ce qu’il y a dans les cigares de José, mais visiblement c’est de la bonne.

F COMME FANTAISIE

Et puis surtout, la chose principale que Disney ne ferait plus aujourd’hui, c’est la fantaisie pour le gré de la fantaisie. Les films d’animation modernes veulent rivaliser avec le cinéma en prises de vue réelles, et ne s’adonnent plus qu’à raconter des histoires complètes et épiques au scénario peaufiné, dans des univers certes fantastiques mais toujours cohérents. Or, Les Trois Caballeros, au delà de ses problèmes sociétaux, relève d’une véritable insouciance, une légèreté fantasque qui fait précisément tout le charme des anciens classiques du studio, ne cherchant rien d’autre que l’émerveillement du spectateur.

Le film est un concentré de cette bonne vieille magie de Disney, la vraie, un voyage festif et bon enfant plein d’humour et de couleurs qui ne peut que nous donner le sourire. Les interactions entre les personnages et le narrateur, les frasques de l’Aracuan (Sorte de sous-Woody-Woodpecker), même le simple verbe « tobogganer » sont autant de marques qui participent de nous emmener dans ce monde merveilleux et guilleret, sans aucun soucis, philosophie, hakuna matata.

L’un des plus grands regrets de Walt Disney fut l’échec de Fantasia et l’on sent poindre l’héritage du film dans Les Trois Caballeros, même s’il est infiniment moins ambitieux. La fantaisie prime dans ce patchwork de segments musicaux, et rien d’autre n’a d’importance sinon la beauté onirique des images – Baia et la séquence du petit train dansant sur les rails sont à mon sens le point culminant du dessin animé. Il y a là d’étonnantes expériences stylistiques que le studio ne se permettrait plus et qui font tout l’intérêt de (re)découvrir les films du temps de guerre dans leur ensemble.

Tandis qu’un bouquet final illumine le ciel dans les dernières minutes du film, difficile de ne pas garder en tête la chanson-titre délicieusement datée mais tellement entraînante de nos trois compères favoris, trois oiseaux inséparables, trois gais caballeros.

LE MOT DE LA FIN

Bien que marqué par les préjudices inhérents à son époque, Les Trois Caballeros reste un divertissement familial aux milles et une couleurs qui ne prétend jamais à autre chose que nous apporter un moment de pure fantaisie. La magie de Disney coule à flots dans ce voyage aux Amériques, chantant à tue-tête l’amitié improbable mais indéfectible entre un canard des États-Unis, un coq du Mexique et un perroquet du Brésil.

Les Pubs sont des articles dont le sujet est choisi par les lecteurs via des sondages sur la page Facebook du 7ème Café, abonne-toi pour pouvoir voter !

Note : 7 / 10

« Nous sommes caballeros, trois gais caballeros, nous chantons comme trois rossignols…« 

https://i.pinimg.com/originals/21/24/08/2124083570cffcaf7784d8f71c92bbe2.gif
Sacrées cordes vocales.

— Arthur

Tous les gifs et images utilisés dans cet article appartiennent à la Walt Disney Company, et c’est très bien comme ça

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