Soul – Pixar au firmament

Un indescriptible voyage de l’âme au sommet du cinéma d’animation.

Dire que 2020 a été une année compliquée serait un euphémisme, pour le monde du cinéma peut-être plus encore. Alors que le Nouvel An approchait à grands pas, je désespérais de constater que pour la première fois en cinq ans, aucun film sorti durant l’année n’avait mérité à mes yeux un 10 / 10. Faute de sorties, mes séances furent un peu pauvres, et foin de Blade Runner 2049, Infinity War ou Joker à l’horizon… C’est alors que de nulle part est sorti le dernier-né des studios Pixar, Soul.

https://fr.web.img6.acsta.net/pictures/20/10/15/11/09/5088324.jpg

SOUL

  • Réalisateur : Pete Docter
  • Voix principales : Omar Sy, Camille Cottin, Ramzy Bedia
  • Date de sortie : 25 décembre 2020 (Disney+)
  • Pays : États-Unis
  • Budget : 150 millions $
  • Durée : 1h40

UNE SURPRISE ASSURÉMENT, MAIS UNE BONNE

Quand le projet Soul a été annoncé il y a quelques années, il est passé relativement inaperçu. Alors que toute l’attention se concentrait sur les autres films d’animation Pixar à venir, le très attendu Les Indestructibles 2 et l’ultime épisode de la franchise adorée Toy Story, ce petit film indépendant qui s’annonçait comme une extrapolation de Vice-Versa en filiation avec La La Land (Le côté jazzman idéaliste à New York) ne sortait pas particulièrement du lot. L’annulation pure et simple de sa sortie en salles – une décision regrettable mais malheureusement contrainte par les inepties gouvernementales… – acheva de porter atteinte à la hype autour du film. Autrement dit, en me connectant sur Disney+ en ce jour de Noël 2020, je m’attendais à ce que Soul soit un petit Pixar sans envergure, à la Voyage d’Arlo. Mon Dieu, je n’ai jamais eu aussi tort de ma vie.

Joe Gardner est un pianiste passionné de jazz qui enseigne à des élèves désabusés dans un lycée de New York. Lorsque l’un de ses anciens étudiants, devenu musicien professionnel, lui propose une place dans le quatuor de la légendaire saxophoniste Dorothea Williams, il tient là l’opportunité de sa vie. Mais un bête accident lui fait passer l’arme à gauche prématurément, et il rejoint le Grand Après. Pas hyper décidé à décéder, Joe s’échappe et se retrouve inopinément dans le Grand Avant, où il fait la rencontre de 22, une âme refusant catégoriquement de s’incarner sur cette planète pourrave qu’est la Terre, à l’aide de laquelle il va pourtant tenter de revenir à la vie.

Je ne sais pas si c’est juste moi, si c’est parce que le film se passe en automne et que c’est ma saison préférée, si c’est parce qu’il glorifie les pizzas, mais force est de constater que non seulement Soul n’est pas un Pixar mineur, mais c’est même peut-être le meilleur d’entre tous – et je ne dis pas ça à la légère. Je suis resté empli d’un sentiment indescriptible à la fin de cette aventure pourtant loin des envergures épiques d’un WALL-E ou d’un Némo, mais si parfaite dans sa simplicité.

Pete Docter, déjà responsable de certains des plus grands chefs-d’œuvre d’un studio qui ne fait que ça (Monstres et Cie, Là-Haut, les scénarios de Toy Story et WALL-E…) signe une version nec plus ultra de son Vice-Versa qui explorait déjà des mondes métaphysiques, s’intéressant cette fois à la grande question de l’âme. Un concept de haut niveau philosophique traité non sans humour, où chaque minute nous tire un rire sincère par des gags très directs, absurdes – Les Michel, une idée de génie – ou plus subtils, à l’instar de ces bruits de mouches qui grillent sur une lampe électrique quand les âmes défuntes atteignent l’au-delà.

Mmm… Pizza !

AU-DELÀ DE L’ANIMATION

Il a suffi de deux minutes pour que Soul fasse basculer radicalement mon opinion et me mette la claque que je méritais, en mode « Tu vas voir ce qu’il est capable de faire, le Pixar de seconde zone ». Ces deux minutes, ce sont celles qui forment le passage de Joe entre le Grand Après et le Grand Avant, qui en elles-mêmes constituent peut-être le paroxysme de l’animation de ces dernières années. C’est Pixar à son plus abstrait, son plus expérimental et son plus grandiose. Les codes classiques sont balayés pour laisser place à une symphonie visuelle de lignes, de formes et de contrastes que n’auraient pas reniée Walter Ruttmann, Hans Richter, le Kubrick de 2001 ou le Nolan d’Interstellar.

Docter et ses animateurs emmènent leur art là où personne n’était encore jamais allé, dans une nouvelle dimension expérimentale que seul Pixar pouvait oser explorer. Soul exprime visuellement et magnifiquement des idées philosophiques pourtant infiniment complexes, embarquant le spectateur dans une odyssée transcendantale vers des mondes inimaginables. Je pourrais parler pendant des heures entières de ces âmes éthérées et lumineuses, de ce Grand Avant aux teintes pastels diluées si réconfortantes, du design absolument génial des Michel et de leurs lignes continues qui se déplacent et prennent forme avec une fluidité déconcertante, de la pétarade psychédélique qu’est le navire de Vendelune ou de la finition extraordinaire de la mer des âmes en peine, modélisée au grain de matière près.

Si les mondes métaphysiques sont assurément les points d’orgue du long-métrage, les scènes se passant à New York ne sont pas en reste, et les splendides décors et superbes personnages bénéficient des textures photoréalistes dont nous avaient déjà gâtés certaines des plus belles séquences de Cars 3 ou Toy Story 4. Le travail de la lumière atteint ici des sommets inégalés, tout particulièrement lors de cette scène du concert de jazz, avec ce plan phénoménal de la lueur bleutée des projecteurs découpant dans la pénombre la silhouette de Dorothea Williams, scintillant sur la surface polie de son saxophone et resplendissant à travers chacun de ses innombrables cheveux entremêlés.

Vers l’infini et au-delà ?

ALLER À L’ESSENTIEL

Surtout, Soul est le film dont nous avions tous tellement, tellement besoin en 2020. Selon la plus pure tradition Pixarienne, c’est un feel-good movie ; mais plus encore, il nous insuffle une irrésistible sérénité, faisant s’évaporer tous nos soucis jusqu’à ce qu’on ne puisse s’empêcher de sourire en le visionnant. C’est l’histoire d’âmes perdues, puis retrouvées, et Dieu sait que l’on peut s’y identifier.

Prenant place parmi les rares films d’animation du studio à ne pas comporter d’antagoniste – Terry fait juste son travail – le dernier-né de Docter prend à la lettre le proverbe « L’espoir fait vivre » et va à l’essentiel. Soul nous invite à porter notre regard sur les choses simples, sur ces petits détails de la vie qui font la saveur de chacune de nos journées. Ce qui compte vraiment, ce sont la sucette du salon de coiffure, la part du pizza mangée sur ce coin de trottoir, l’aiguille utilisée par la mère de Joe pour recoudre son costume, la graine tombée de l’arbre en volant comme les pales d’un hélicoptère (ça s’appelle une samare, c’était le moment dictionnaire du jour).

« Je crois que ce sont les petites choses, les gestes quotidiens des gens ordinaires qui nous préservent du mal. De simples actes de bonté et d’amour », déclarait Gandalf dans Le Seigneur des Anneaux. C’est là la force de Soul. Dans toute sa simplicité, il touche au cœur des choses, et atteint une clarté essentielle que peu d’autres œuvres ont su ne serait-ce que toucher du doigt.

En définitive, c’est l’apogée de Pixar, la leçon la plus fondamentale vers laquelle chacun de leurs précédents films tendait. 25 ans d’animation qui ont appris à des générations entières d’enfants et d’adultes sans distinction l’importance de l’amitié, de la famille, des rêves, des passions, des émotions, et qui aboutissent à cette apothéose émotionnelle qu’est Soul. La leçon la plus simple et peut-être néanmoins la plus importante d’entre toutes… « Vis ta vie ».

Je tire mon chapeau.

LE MOT DE LA FIN

Arrivé de nulle part en cette fin d’annus horribilis 2020, Soul a déferlé sur le monde comme un vent de fraîcheur et d’espoir inattendu. L’animation Pixar atteint son firmament dans des scènes purement et simplement extraordinaires, racontant avec poésie ce voyage de l’âme littéral qui nous ramène à l’essentiel en nous rappelant ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue. Un triomphe.

Note : 10 / 10

« MICHEL – Alors, quels sont vos projets, Joe ? Que comptez-vous faire de votre vie ?
JOE – Je ne sais pas encore… Mais ce qui est sûr, c’est que je vais en savourer chaque minute. »

Concerto en film majeur.

— Arthur

Tous les gifs et images utilisés dans cet article appartiennent à la Walt Disney Company, et c’est très bien comme ça

3 commentaires sur “Soul – Pixar au firmament

Ajouter un commentaire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :