Adieu les Cons – Le désespoir du monde

Monde de merde.

Premier article à paraître suite à la déclaration du reconfinement national et donc de la fermeture assassine des cinémas français, cette critique prend bien malgré elle une saveur particulière. « Adieu les Cons » lance Albert Dupontel, un titre visionnaire qui sonne comme l’épitaphe de tous ces films que l’on empêche à nouveau de sortir, tous ces festivals que l’on a tué dans l’œuf. Ouais, adieu les cons…

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ADIEU LES CONS

  • Réalisateur : Albert Dupontel
  • Acteurs principaux : Virginie Efira, Albert Dupontel, Nicolas Marié
  • Date de sortie : 21 octobre 2020
  • Pays : France
  • Budget : 9 millions €
  • Durée : 1h27

PORTRAIT SINCÈRE

« Monde de merde » déclarait George Abitbol à son décès au début de La Classe Américaine. Jean-Baptiste Cuchas (Albert Dupontel), informaticien de génie travaillant pour une administration française qui ne sait pas reconnaître son talent, lui préfèrera la formulation « Adieu les cons » pour sa tentative de suicide – mais le message est le même. Seulement, il blesse par inadvertance son collègue au lieu de se tuer, et se retrouve poursuivi par les forces de l’ordre, tandis que Suze Trapet (Virginie Efira), une femme qui se sait condamnée par la maladie et se trouvait là par hasard, l’enlève pour requérir son aide dans la recherche d’un bébé qu’elle a abandonné sous X à la naissance. À eux deux, ils se lancent dans une course contre la montre pour fuir la police et la mort, dans la quête d’un ultime espoir…

Avec Adieu les Cons, Dupontel nous renvoie le portrait caustique de notre société moderne. À travers une réalisation soignée et une cinématographie subtile, il se bâtit un monde coloré – à l’aide de lumières bleues, rouges, orangées – mais pourtant obscur, où les ombres saillent de tous côtés et la nuit ou l’obscurité enveloppent toutes les scènes les plus importantes ; reflet de l’ambivalence thématique que nous offre sa dramédie. De nombreuses idées de mise en scène viennent étayer la construction formelle du récit, avec des plans tout à fait remarquables à l’instar des flashbacks granuleux et saturés ou la scène de voiture à travers Paris qui nous permet de voir à la fois les visages des personnages et leur environnement dans les reflets du pare-brise.

Cette éclipse entre la couleur et la nuit n’en devient que plus éclatante lorsqu’à travers elle brillent des personnages magnifiquement construits. Le cinéaste dresse le portrait empathique et complet de ces gens ordinaires accablés par la vie, qui semblent porter sur leurs épaules tout le désespoir du monde. Leurs vies bien réglées sont mises en péril par un élément de friction involontaire, mais c’est cette même friction d’où jaillit l’étincelle qui va raviver la flamme de l’existence et faire d’eux pour 48 heures des messagers d’espoir pour les personnages secondaires.

Dans cette effervescence absurde et humaniste, Virginie Efira s’impose comme une figure tragique magistrale, digne du théâtre antique ; où chaque gros plan nous plonge droit au cœur de cette femme en peine. Avec un élan de vie absolument sublime, elle incarne le vecteur émotionnel d’Adieu les Cons et embarque le spectateur dans cette course folle, courant pour échapper à la fatalité, courant pour oublier la mort, courant pour reprendre la vie.

Tous à couvert !

DES ESPOIRS, DÉSESPOIRS

La grande force d’Adieu les Cons réside dans sa sincérité et l’empathie avec laquelle il enveloppe le spectateur, autant dans les rires que dans les larmes. Dupontel ne cherche jamais à nous tromper par des poncifs poussifs, mais toujours à nous toucher en révélant les rouages tragiques derrière le rideau comique, comme le faisait Ozon dans 8 Femmes.

L’humour pince-sans-rire caractéristique de l’auteur devient la catharsis de ce monde moderne à la dérive. Sous la surface du film pointent en filigrane les dénonciations de nos travers dans un réquisitoire sur lequel plane la conscience des Gilets Jaunes ; entre une critique à peine dissimulée des violences policières et la condamnation implicite des inepties d’une administration désincarnée. Les erreurs systématiques sur les noms des personnages sont révélateurs d’une société où l’on n’en a plus rien à faire de l’Autre ; cette même société qui abandonne à la fois Suze et son fils à une jeunesse gâchée, l’une sans son enfant, l’autre sans sa mère.

Rien ne saurait préparer à la dévastation émotionnelle dont est capable le long-métrage. Adieu les Cons se construit comme un ascenseur émotionnel – dans une scène cruciale, il se fait même littéral – qui nous promène d’étages en étages, s’élevant à chaque résurgence d’espoir et victime de chutes vertigineuses lorsque ce dernier est piétiné. Maintes fois je me suis trouvé au bord des larmes durant le film, mais la scène finale a eu raison de moi, concluant cette aventure sur un crève-cœur ahurissant.

En ce sens, « Mala Vida » devient presque l’hymne du film. Chanson du groupe français d’influence latino Mano Negra (Manu Chao, ça te dit quelque chose ?), elle se démarque par un rythme frénétique festif et dansant. Par deux fois dans Adieu les Cons, elle rythme les flashbacks de la jeunesse de Suze, résurgences d’une époque insouciante et joyeuse, mais est toujours coupée net avant un climax qui nous fait attendre impatiemment la prochaine apparition de la chanson. Ce climax n’arrive qu’en toute fin du film, mais constitue un aboutissement antithétique à nos attentes initiales – quand la musique retentit, cette fois, le cœur n’est plus à la fête…

Escalier émotionnel (L’ascenseur était en panne).

LE MOT DE LA FIN

Albert Dupontel définit sa dernière œuvre comme l’illustration de « la difficulté de s’aimer dans un monde répressif et anxiogène ». En effet, Adieu les Cons s’affirme comme une satire de notre société moderne, qui sait faire battre le cœur du spectateur à travers le rire, et à travers les larmes.

Note : 9 / 10

« MONSIEUR CUCHAS – Adieu les cons… »

Nostalgie de l’insouciance.

— Arthur

Tous les gifs et images utilisés dans cet article appartiennent à leurs ayants-droits respectifs, et c’est très bien comme ça

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