Le Pub (Avril 2020) – Alien

Là où tout a commencé, aux profondeurs les plus noires de notre univers…

« Et j’ai crié, crié, Alien, pour qu’il revienne » aurait pu chanter feu Christophe en ce dimanche 26 avril. Car aujourd’hui Billy, c’est le Alien Day ; la célébration annuelle de la saga de science-fiction, instaurée en ce jour (4/26 pour les anglophones) en référence à la planète du premier film, LV-426 ! Justement, à cette occasion, replongeons-nous dans cette hexalogie qui avait fait le sujet de la toute première critique du 7ème Café, avec Alien: Covenant, ou encore plus récemment d’un Expresso sur le court-métrage Alien: Specimen. Enfile ta combinaison spatiale, voici les origines de l’Alien !

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Simple, clair, efficace.

ALIEN, LE HUITIÈME PASSAGER

Réalisateur : Ridley Scott

Acteurs principaux : Sigourney Weaver, Ian Holm, John Hurt

Date de sortie : 12 septembre 1979 (France)

Pays : États-Unis

Budget : Entre 8,4 et 14 millions $

Box-office : 203,6 millions $

Durée : 1h57

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L’espace, la dernière frontière.

L’ALIEN AVEC UN GRAND A

2122. Au cœur de l’espace, l’équipage du vaisseau Nostromo, dont l’officier Ellen Ripley (Sigourney Weaver), vole à la rencontre d’une planète inconnue, réveillé par un signal de détresse antédiluvien. À la surface, une structure aux formes étranges, abandonnée. Lors de l’exploration, un membre de l’équipage est attaqué par une forme de vie alien ; ni une ni deux, tout le monde fait demi-tour et le vaisseau décampe fissa. Mais les spationautes ont embarqué à leur bord un dangereux huitième passager

Nous sommes en 1979, et ce pitch est celui qui va permettre à Ridley Scott de poser les fondations d’une pierre angulaire de la science-fiction cinématographique. Alien, premier du nom, s’inscrit dans cette période initiée par Kubrick avec 2001 en 1968 où la SF mature et se perfectionne pour quitter les rangs de la série B et s’affirmer sur le devant de la scène du 7ème Art. Le réalisateur livre une vision du futur sérieuse, réfléchie, noire et lourde de sens philosophiques comme le grand écran en avait rarement vu jusqu’ici – il réitérerait d’ailleurs l’expérience quelques années plus tard avec l’autre chef-d’œuvre du genre, Blade Runner.

Surtout, Scott parvient à établir un subtil et délicat équilibre entre science-fiction et horreur, jouant des codes des deux genres pour aboutir à une harmonie de la terreur. Alien est comme une fine pièce d’horlogerie, où les rouages et engrenages nous entraînent irrémédiablement vers les ténèbres insondables de l’espace. Chaque élément, des personnages, tous parfaitement exploités et caractérisés, aux décors minutieusement mis en scène, trouve sa place propre et démontre son importance aux moments opportuns du scénario par le biais d’un montage particulièrement efficace.

Tout est mis en œuvre dans un parfait mécanisme qui fait tourner inlassablement les aiguilles de l’Horloge de l’Apocalypse et les rapproche toujours plus près de l’heure fatidique, tandis que nous tremblons aux côtés de Lambert (Veronica Cartwright), que nous nous inquiétons du comportement d’Ash (Ian Holm), que nous explorons l’inconnu avec Kane (John Hurt), et que nous affrontons des peurs venues du fond des âges, guidés par la femme la plus badass de l’histoire du cinéma et son inoubliable lance-flammes, Ripley (Sigourney Weaver).

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Tranquille.

INTO THE UNKNOWN, COMME DISAIT L’AUTRE

La grande force du premier Alien tient en une chose qu’aucun des films suivants n’a jamais réussi à reproduire ou même simplement émuler : son atmosphère. Le long-métrage prend son temps, prend des respirations amples et amène l’horreur de façon insidieuse et latente, par une entreprise artistique sobre et nuancée, pourtant infiniment perfectionnée ; et ce dès cette première séquence qui nous fait visiter les couloirs du Nostromo, vides et calmes. Beaucoup trop calmes. Tout réside finalement en ce qu’on ne voit pas, et ce qu’on ne sait pas, plutôt que sur ce qui est explicite.

Ridley Scott s’adonne à une réalisation soignée, qui fait la part belle à des clairs-obscurs profondément contrastées, entre des ombres plus noires que la nuit et des lumières diffuses, fluides, presque palpables tellement elles paraissent épaisses dans le brouillard. Le directeur de la photographie Derek Vonlint assume ici tout l’héritage des grands chefs-d’œuvre du noir et blanc, et les jeux de lumière ici dévoilés ne seront pas sans rappeler ceux, experts, qui étayaient tantôt Citizen Kane et autres La Nuit du Chasseur – la couleur en plus. Comment ne pas rester abasourdi face aux extraordinaires panoramas de la planète LV-426, sa surface inhospitalière, ses manteaux de brume évanescents et le gargantuesque derelict, le vaisseau extraterrestre si étrange et fascinant qui semble avoir poussé là, entre les rocs saillants ?

Tout ce qui entoure le vaisseau et la première heure du film, consacrée à son exploration et celle de ses alentours, est ce qui fait d’Alien un chef-d’œuvre majeur à mes yeux. Il s’agit d’échafauder un mystère qui ne nous sera jamais révélé, d’antiques secrets d’outre-espace qui nous fascinent autant qu’ils nous terrifient. Et c’est précisément parce que les réponses ne nous sont jamais dévoilées que ces énigmes continuent de nous hanter bien au delà de la dernière image du générique – en ce sens, parmi tous les reproches qui lui sont faits, le plus grand tort du préquel Prometheus est de démystifier le Space Jockey.

Cette scène absolument séminale de la découverte du géant fossilisé dans son poste de pilotage est à mon sens la culmination de la grandeur évocatrice d’Alien. Au centre d’un décor monumental à l’architecture indéchiffrable trône cette créature figée dans l’éternité, ce squelette fantasmatique dont nous ne connaîtrons jamais l’origine – en tous cas avant la sortie de Prometheus – mais dont la poitrine brisée suffit à suggérer en nous l’essentiel, à évoquer les plus effroyables mythes, à réveiller en notre esprit ce que Lovecraft considérait comme la plus grande de toutes les peurs, la peur de l’inconnu.

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La meilleure créature de toute la saga.

LA SOMME DE TOUTES LES PEURS

Ce qui fait véritablement peur dans Alien n’est pas tant le xénomorphe lui-même, mais son omniprésence invisible. Toute la tension se crée dans les scènes où on ne le voit pas, dans ces moments de vide, précisément parce que le plus terrifiant est de ne pas savoir d’où vient la menace. On sait qu’elle arrive, on sait qu’elle est là, mais où surgira-t-elle, et quand ? En définitive, le simple point clignotant sur le radar de Lambert en devient tout aussi effroyable que la créature qu’il représente.

Bien sûr, tout ceci participe d’une mystification du xénomorphe, au même titre que Steven Spielberg mystifiera quinze ans plus tard les vélociraptors de Jurassic Park, en instillant leur présence malfaisante par évocation et par petites doses, gros plans et contre-jours, même dans les scènes où ils n’apparaissent pas. Tout commence avec ces œufs démesurés baignant dans un brouillard inquiétant ; puis l’infâme Facehugger, qui agrippe fermement le visage de Kane de ses pattes arachnéennes et enserre son cou de sa queue reptilienne immonde ; et enfin le cultissime Chestburster qui jaillit de sa poitrine dans un bain de sang abominable pour finalement donner naissance à la forme finale du xénomorphe.

Le xénomorphe, ce monstre monumental et monument monstrueux de la science-fiction, chimère née du croisement profane entre une machine et un squelette, « parfait organisme » et force implacable de destruction à la carapace noire comme l’obsidienne et au sang acide. Jailli de l’imagination démente du dessinateur H. R. Giger, l’alien puise dans les arcanes lovecraftiennes et donne forme à une terreur cosmique qui ne laissera aucun spectateur indemne. La mâchoire rétractile, la queue interminable et la tête phallique achèvent de consacrer l’aspect malsain de la bête.

Et elle est là, la dernière pièce de cette somme de toutes les peurs qui constitue Alien : la peur sexuelle. « It’s big vaginas and penises », déclarait Veronica Cartwright à propos du décor du vaisseau alien – et elle n’a pas tort. Des entrailles organiques du derelict semblables à un utérus à l’aspect vaginal du Facehugger, en passant par le très clairement phallique Chestburster, tout tend à faire du long-métrage un film érotique de toutes les pires façons possibles. Les différents meurtres du xénomorphe sont presque toujours connotés sexuellement et apparentés à des viols – l’accouchement monstrueux et non consentant de Kane, la queue qui passe entre les jambes de Lambert, la mâchoire en érection qui pénètre le cœur de Parker, j’en passe et des meilleures. Sans parler, aussi, de l’androïde au sang étrangement blanc et laiteux – si tu vois ce que je veux dire.

C’est la combinaison de tous ces éléments qui fait de l’horreur d’Alien une horreur si malsaine, si unique, et pourtant… si formidable. Dans l’espace, personne ne nous entend crier. Personne.

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Nooooope.

LE MOT DE LA FIN

Alien est un pilier de la science-fiction, une œuvre séminale aux scènes inoubliables et à l’horreur transcendantale. Ridley Scott dépeint un cauchemar à l’échelle de l’univers, peuplés de chimères effroyables, dans un ballet subtil et mystérieux mené par une créature d’anthologie, le xénomorphe. Jamais, ô grand jamais, l’espace n’aura-t-il paru aussi noir.

Note : 9 / 10

« Dans l’espace, personne ne vous entend crier. »

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Et il s’envole vers l’hyperespace…

— Arthur

Tous les gifs et images utilisés dans cet article appartiennent à la Walt Disney Company, et c’est très bien comme ça

2 commentaires sur “Le Pub (Avril 2020) – Alien

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  1. Et tout ça dans le ventre de « maman », ordinateur qui prend la main sur les décisions humaines au nom de l’intérêt de la société qui les emploie !
    Tu as parfaitement cerné tout ce qui fonde les qualités de ce grand monument de la science fiction : « Il s’agit d’échafauder un mystère qui ne nous sera jamais révélé, d’antiques secrets d’outre-espace qui nous fascinent autant qu’ils nous terrifient. » Et comme tu l’évoques bien, chaque suite et surtout prequel viendra effriter un peu plus ces secrets qui nous mettent face à l’émergence de notre fin possible.
    De la même manière que « The thing » de John Carpenter, véritable réponse à Alien à sa manière, envisage une contamination mondiale par l’envahisseur, « Alien » est un film confiné qui en quelque sorte appelle à le rester, par son atmosphère, par ses enjeux hautement sensibles.

    Aimé par 1 personne

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