L’Expresso – Falling Leaves (1912)

Fête du Court-Métrage 2020, jour 2 : deuxième regard sur l’Histoire.

Salut Billy, et bienvenue au 7ème Café ! Du 25 au 31 mars 2020, c’est la Fête du Court-Métrage dans toute la France ; un évènement annuel destiné à tous, dans le but de faire découvrir ou redécouvrir tout ce que le format court a à offrir au cinéma. Cette année, coronavirus oblige, les projections ont été annulées, mais qu’à cela ne tienne ! Le site de l’évènement a mis en ligne un lecteur qui donne accès gratuitement pendant toute la semaine – et seulement cette semaine – à la sélection. Ce sont donc près de 80 films qui sont à découvrir ! Pour avoir toutes les infos, la programmation et avoir accès au lecteur, rendez-vous sur le site officiel de la Fête du Court-Métrage ou découvre le programme ici.. Pour ma part, ce sera 7 jours, 7 courts, pour une semaine complète d’Expressos de réalisateurs et réalisatrices de talent. Justement, on parle rarement de femmes cinéastes sur ce blog et il est temps d’y remédier, voici la première réalisatrice de l’Histoire, Alice Guy-Blaché, et son film Falling Leaves !

Quand on pense aux premières années du cinéma, on retient souvent les noms des frères Lumière, de Thomas Edison ou de mon héros Georges Méliès. Mais l’une des figures majeures du cinéma français du tournant du XIXème siècle, c’est Alice Guy-Blaché, la toute première femme cinéaste de l’Histoire, et Française, de surcroit !

Son histoire commence en 1894 lorsque la société de photographie dans laquelle elle travaillait comme secrétaire fait faillite. Un de ses employés décide de la racheter et réembauche tout l’ancien personnel ; le nom de cet homme ? Léon Gaumont. En 1895, Gaumont et sa secrétaire Alice Guy assistent à une projection privée du cinématographe des frères Lumière. Immédiatement, ils voient là tous deux les possibilités d’une petite révolution. Si Gaumont est surtout intéressé par l’aspect commercial de la vente des appareils cinématographiques, Guy, elle, à l’instar de son contemporain Méliès, y décèle un nouveau moyen de raconter des histoires et de faire plus que des vues animées.

En 1896, à peine âgée de 23 ans, elle réalise donc son premier film, La Fée aux Choux. Le succès est instantané, et c’est grâce à elle que Gaumont décide de se lancer dans la production de films. Pendant 11 ans, jusqu’en 1907, elle sera à la direction de ses studios, et réalisera plusieurs centaines de films. Elle embauchera ou découvrira de grands réalisateurs du début du siècle, comme Ferdinand Zecca (La Vie et la Passion de Jésus-Christ) ou Louis Feuillade (Les Vampires) ; sera une pionnière du son au cinéma avec les phonoscènes ; avant de se marier et de partir aux États-Unis où elle fondera son propre studio en 1910, la Solax Film Co.

C’est pour la Solax qu’elle tourne en 1912 le mélodrame Falling Leaves, librement inspiré de la nouvelle « La Dernière Feuille » de O. Henry. C’est l’histoire d’une petite fille, Trixie, dont la sœur tombe gravement malade de la tuberculose durant l’automne. Auscultée par le médecin de la famille, il n’est pas optimiste quant à son sort.

« DOCTEUR – Quand la dernière feuille tombera, elle nous aura quittés. »

Prenant le docteur au mot, Trixie décide alors de tenter de sauver la vie de sa soeur en s’enfuyant de sa chambre, pour aller dans le jardin attacher une à une les feuilles mortes aux branches des arbres avec de la ficelle, afin qu’elles ne tombent jamais.

Falling Leaves n’est sans doute ni le meilleur ni le plus célèbres des films d’Alice Guy, mais il se caractérise par une candeur et un charme enfantins, devant les tentatives naïves mais sincères de la petite fille pour vaincre le destin. C’est un film poétique, aux décors riches – le jardin est simplement magnifique – et aux idées de mise en scène intéressantes, notamment le travail de la lumière par la fenêtre dans la chambre de Trixie.

La carrière d’Alice Guy aura été marquée par une valorisation de la fiction au cinéma, par des luttes majeures contre le sexisme, le racisme ou la guerre, et par une importance de premier plan donnée aux femmes dans un milieu qui était, dès l’origine, fortement masculin. La réalisatrice mourra en 1968, à 94 ans, seule, quittée par son mari, endettée et ruinée, ayant perdu tous ses films et oubliée par l’Histoire. Mais depuis, les historiens du cinéma n’ont de cesse de rétablir la vérité historique sur l’une des figures les plus importantes de l’origine du 7ème Art. Nous, Madame Guy-Blaché, nous ne vous avons pas oubliée.

Pour retrouver les autres critiques publiées à l’occasion de la Fête du Court-Métrage 2020, clique ici !

https://m.media-amazon.com/images/M/MV5BOWFhNzhiODAtM2U2Yy00YmY5LWFiMTItODgxZmZmYjAzMTg1XkEyXkFqcGdeQXVyMzEyNDg3NzE@._V1_.jpg
C’est Madame Alice Guy-Blaché !

— Arthur

2 commentaires sur “L’Expresso – Falling Leaves (1912)

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  1. On peut noter que la date du début de la carrière d’Alice Guy comme réalisatrice est parfois sujette à caution (voir le travail de Maurice Gianati à ce sujet). Selon ce chercheur (et sa démonstration est plutôt convaincante), elle aurait débuté derrière la caméra vers 1901-1902. Ce qui n’empêche pas qu’elle demeure la première femme réalisatrice de l’histoire du cinéma.

    Aimé par 1 personne

    1. Effectivement j’en ai entendu parler ! Ma foi, l’histoire des premières années du cinéma est souvent chronologiquement chaotique, comme on peut le constater aussi chez Méliès ou Edison.
      1896… 1902… Qu’à cela ne tienne, nous ne sommes pas à une année près, et cela n’enlève rien à l’importance d’Alice Guy ! J’ai retenu la date officielle, fut-elle contestable.
      Merci pour ce retour 😀

      Aimé par 1 personne

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