Cérémonie des Oscars – 2020 [1/3]

Encore une immense année de cinéma ! Qui repartira avec les précieuses statuettes à la 92ème Cérémonie des Oscars ?

Le 25 février 2018, je publiais le premier article du 7ème Café : mes pronostics pour la 90ème cérémonie des Oscars. Nous voilà presque deux ans plus tard, poursuivant la tradition, mais surtout célébrant aujourd’hui le 100ème article du blog ! Que de chemin parcouru depuis. Qu’à cela ne tienne, entamons cette 3ème cérémonie des Oscars pour le 7ème Café, et que le meilleur gagne !

2019 fut un très bon cru au cinéma, et cela se reflète dans les nominations cette année. 38 films sont nommés dans les catégories Long-Métrage, dont 9 à l’Oscar du Meilleur Film. Joker domine la course avec 11 nominations, suivi de près par The Irishman, 1917 et Once Upon a Time… in Hollywood à 10 nominations ex-aequo. Cette 92ème cérémonie des Oscars est marquée par l’installation massive de Netflix qui poursuit sa prise de position dans l’industrie cinématographique, avec 24 nominations combinées pour The Irishman, Marriage Story, Les Deux Papes, American Factory, The Edge of Democracy, Klaus et J’ai Perdu mon Corps. On notera aussi la France bien représentée, avec en tête Les Misérables à l’Oscar du Meilleur Film International, ainsi que J’ai Perdu mon Corps, du coup, en Animation, Mémorable et Nefta Football Club du côté des courts, et Alexandre Desplat à la Bande Originale. Toujours pas de présentateur en 2020 ; l’Oscar du Meilleur Film Étranger devient Meilleur Film International, et on passe de 3 à 5 nommés pour l’Oscar des Meilleurs Maquillages et Coiffures, pour équilibrer avec tous les autres. Enfin, les cinéastes David Lynch, Wes Studi et Lina Wertmüller reçoivent l’Oscar d’Honneur, tandis que Geena Davis repart avec le Prix Humanitaire Jean Hersholt.

Comme chaque année, je ne traite pas les catégories Courts-Métrages parce que je n’ai pas pu voir les films ; et je rappelle toujours à bon entendeur que mon avis est majoritairement subjectif et n’engage que moi. Sur ce, c’est parti mon Billy, voici mes pronostics pour la cérémonie des Oscars 2020 !

Un peu trop d’enthousiasme Javier.

MEILLEURE ACTRICE DANS UN SECOND RÔLE

  • Laura Dern, pour le rôle de Nora Fanshaw dans Marriage Story
    • Kathy Bates, pour le rôle de Barbara « Bobi » Jewell dans Le Cas Richard Jewell
    • Scarlett Johansson, pour le rôle de Rosie Betzler dans Jojo Rabbit
    • Florence Pugh, pour le rôle d’Amy March dans Les Filles du Docteur March
    • Margot Robbie, pour le rôle de Mayla Pospisil dans Scandale

Je la déteste. Pas Laura Dern hein, mais son personnage de Marriage Story, Nora Fanshaw. Je la hais. Cette espèce de féministe extrémiste imbue d’elle-même, toujours dans la performance, jamais dans la sincérité, qui transforme ce qui devait être un divorce à l’amiable en un véritable duel à mort, rogntidju. C’est pour ça qu’au début, j’ai eu du mal quand l’actrice a remporté le Golden Globe, le Critic’s Choice Award, etc, etc. Mais en réalité, c’est précisément ce qui rend sa performance si puissante. Tout le talent de Dern réside en ceci qu’elle s’efface totalement derrière son personnage, et c’est parce qu’elle est aussi géniale qu’elle nous fait autant la détester.

Du calme Laura, du calme.

MEILLEUR DOCUMENTAIRE

  • Honeyland
    • Pour Sama
    • The Cave
    • The Edge of Democracy
    • American Factory

La catégorie du Meilleur Documentaire est cette année dominée par des films très politiques ; deux œuvres sur la guerre en Syrie (Pour Sama et The Cave), une sur la corruption de l’ancien gouvernement brésilien (The Edge of Democracy) et une sur la reprise d’une usine américaine par un investisseur chinois (American Factory). Est-ce que je les ai vus ? Non. Est-ce que mon pronostic a une quelconque légitimité ? Absolument pas. Mais j’avais envie de profiter de ce spot pour parler de Honeyland, le portrait d’une apicultrice traditionnelle macédonienne, qui brille par sa simplicité et son humilité. Ce film est un poème d’humanité teinté de la couleur ambrée du miel. Il n’est pas politique ou engagé, mais aborde des thèmes universels et nous touche droit au cœur, et c’est une petite pépite à découvrir dès que possible !

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La valse des abeilles.

MEILLEURS MAQUILLAGES ET COIFFURES

  • Joker
    • Scandale
    • Judy
    • Maléfique : Le Pouvoir du Mal
    • 1917

Ce qui est notable à propos du Joker, c’est qu’énormément de l’essence du personnage passe par son apparence physique de clown défiguré. On se souvient tous du sourire figé de Nicholson en 1989, ou des cicatrices de Ledger en 2008. Le triomphe de Nicki Ledermann et Kay Georgiou est de respecter cette essence tout en créant une nouvelle vision du vilain éponyme de Joker, avec ce maquillage iconique qui revient aux racines clownesques du personnage sans jamais être dans le ridicule, mais aussi par toutes les marques et tous les bleus qui teintent son corps décharné, ancrant la psyché torturée d’Arthur jusque dans sa chair.

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Un sourire de façade ?

MEILLEURS COSTUMES

  • Jojo Rabbit

Si 1917 avait été nommé, je lui aurais octroyé l’Oscar sans hésiter. Malheureusement pour la costumière Jacqueline Durran, elle a été nommée pour le moins bon de ses deux films de 2019, Les Filles du Docteur March, et c’est pourquoi mon choix se tourne alors vers Jojo Rabbit. Taika Waititi et sa costumière Mayes C. Rubeo créent une Allemagne nazie colorée et très stylisée, bien plus lumineuse que ce que l’on a l’habitude de voir dans les films. Les uniformes prennent quelque chose d’enfantin, voire cartoonesque, pour mieux tourner en ridicule la dictature. On notera quelques pièces remarquables comme les tenues de Rosie, la mère de Jojo, ou le glorieux uniforme final du capitaine Klenzendorf.

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Magnifaïque, mon chéri.

MEILLEURS DÉCORS ET DIRECTION ARTISTIQUE

J’aime énormément la maison des Park de Parasite et la façon dont elle contraste avec le demi-sous-sol des Kim, mais force est de constater qu’aussi extraordinaire soit-elle, les décors de 1917 le sont encore plus. Chaque nouveau décor est une merveille de composition et de détail, des arrières-plans lourds d’histoire où se meuvent les soldats de la Première Guerre Mondiale. De la tranchée britannique boueuse aux ruines d’Écoust enflammées en passant par le No Man’s Land jonché de cadavres et la base allemande et ses montagnes de cartouches, tout est absolument incroyable. Le plus grand coup d’éclat du cinéma, c’est quand il nous fait croire qu’il n’en est pas, et clairement on ne peut pas faire plus réaliste que ça.

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Regarde moi ça !

MEILLEURE CINÉMATOGRAPHIE

Mon Dieu, je ne pourrais jamais dire assez à quel point j’aime Roger Deakins. Cet homme est le meilleur directeur de la photographie au monde, point final. Chacune des images composant 1917 est tout à fait époustouflante, éclairée à la perfection et cadrée avec un talent inénarrable. Rares sont ceux qui sont capables de faire un film en plan-séquence – même truqué – comme celui-ci avec une telle maîtrise. La scène nocturne à Écoust, notamment, éclairée aux fusées de signalement, est la chose la plus incroyable que j’ai vue de mémoire récente. Oui, à ce point là. Donnez un deuxième Oscar à cet homme !

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Allumez le feu !

MEILLEUR MIXAGE SONORE & MEILLEUR MONTAGE SONORE

  • 1917
    • Le Mans ’66
    • Joker
    • Once Upon a Time… in Hollywood
    • Ad Astra (Mixage) / Star Wars, épisode IX : L’Ascension de Skywalker (Montage)

Et jamais deux sans trois. Enfin, quatre, à proprement parler. Il faudra un jour qu’on m’explique pourquoi le Mixage Sonore et le Montage Sonore ne sont pas un seul et même Oscar du Meilleur Son, sachant que les nommés sont quasiment toujours les mêmes à un ou deux près, et que c’est également souvent le même film qui remporte les deux… M’enfin. À l’instar de Dunkerque qui avait remporté les deux Oscars il y a deux ans, 1917 est une expérience immersive au cœur de la Guerre Mondiale (la Première, cette fois) et une grande partie de cette immersion est rendue possible grâce au formidable travail d’ambiance sonore du film. Les avions vrombissent dans le ciel, les coups de feu retentissent avec écho, les explosions sont abasourdissantes. Si ça ne te hérisse pas les poils, je ne sais pas ce qu’il te faut !

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En route vers les Oscars !

MEILLEUR FILM INTERNATIONAL

  • Parasite (Corée du Sud)
    • Les Misérables (France)
    • Douleur et Gloire (Espagne)
    • Honeyland (Macédoine du Nord)
    • La Communion (Pologne)

Autant je serais ravi que la France soit récompensée dans la catégorie où on est le pays le plus nommé au monde mais où on n’a pas remporté depuis 1992, et autant je serais aussi ravi que la Macédoine du Nord soit reconnue pour la toute première fois qu’un documentaire est nommé dans une autre catégorie que Meilleur Documentaire ; autant il est IMPOSSIBLE que Parasite ne reparte pas avec l’Oscar du Meilleur Film International. Je pourrais lister ici toutes les raisons pour lesquelles c’est le cas, mais ne t’en fais pas, je vais le faire plus tard ; en attendant, simplement le fait qu’il soit nommé au Meilleur Film tout court est raison nécessaire et suffisante.

Et la concurrence s’envole !

MEILLEUR MONTAGE

Entre le montage effréné des courses de voitures de Le Mans ’66 et le montage poétique de Parasite et ses magnifiques séquences au ralenti, le choix a été rude. Ultimement, cependant, je trouve que The Irishman l’emporte sur cet aspect. L’alternance entre les scènes au présent, les flashbacks et les flashforwards ne paraît jamais forcée, la chronologie narrative est maîtrisée à la perfection, tout en s’offrant des effets de styles très à propos de temps à autres, comme les arrêts sur image qui renseignent sur la façon dont chacun des truands rencontré dans le film décède. Pour faire tenir un mastodonte de 3 heures 30, il fallait bien un montage de cet acabit !

« Un Oscar ? Cool. Je suis ravi. »

MEILLEUR ACTEUR DANS UN SECOND RÔLE

  • Brad Pitt, pour le rôle de Cliff Booth dans Once Upon a Time… in Hollywood
    • Joe Pesci, pour le rôle de Russell Bufalino dans The Irishman
    • Al Pacino, pour le rôle de Jimmy Hoffa dans The Irishman
    • Anthony Hopkins, pour le rôle du Pape Benoît XVI dans Les Deux Papes
    • Tom Hanks, pour le rôle de Fred Rogers dans Un Ami Extraordinaire

Voilà une catégorie où la concurrence est rude cette année ! Je n’ai pas vu Un Ami Extraordinaire mais je vais assumer que Tom Hanks l’est tout autant (extraordinaire), Anthony Hopkins est excellent et plein de nuances subtiles dans Les Deux Papes, et Joe Pesci et Al Pacino sont tout à fait magistraux dans The Irishman. Mais comme toute la profession semble s’être décidée à ce que Brad Pitt et son rôle dans Once Upon a Time… in Hollywood ait l’avantage, et bien ainsi soit-il ! Cliff Booth est un personnage cool, décontracté, et sert de parfaite ancre à Rick Dalton, joué par DiCaprio, qui part complétement en vrille. Il est le mec plus ou moins normal, les pieds sur terre, dans le monde de dingues qu’est Hollywood, et c’est un plaisir de visiter la ville à ses côtés.

Il nous en met plein les yeux.

MEILLEUR FILM D’ANIMATION

  • Dragons 3 : Le Monde Caché
    • Toy Story 4
    • J’ai Perdu mon Corps
    • Klaus
    • Monsieur Link

En 2010, le premier Dragons avait perdu l’Oscar du Meilleur Film d’Animation contre Toy Story 3. Neuf ans plus tard, que les tables tournent ! Dragons 3 est le triomphe de Dreamworks et leur meilleure œuvre jusqu’ici ; une conclusion parfaite à une trilogie qui a marqué la décennie avec ses personnages attachants et ses créatures légendaires étranges et colorées. Jamais l’animation n’a été aussi perfectionnée. Des écailles des dragons aux paysages en passant par les époustouflantes scènes dans les nuages et la pyrotechnie, tout est merveille visuelle. D’ailleurs, la séquence de la découverte du monde caché éponyme est puissamment émotionnelle et l’une des plus belles scènes que j’aie jamais vue en animation – mais avec Roger freaking Deakins comme consultant visuel, est-ce vraiment étonnant ?

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Que la lumière soit !

MEILLEURS EFFETS SPÉCIAUX

Comme je l’ai dit l’an dernier pour Infinity War – même s’il s’est fait voler l’Oscar par First Man au final – « Est-ce que j’ai vraiment besoin de justifier celui-là ? Franchement ? » Bien sûr, Star Wars IX dépend beaucoup des effets spéciaux, mais aussi des décors réels ; 1917 n’a que des effets subtils de finitions ; le rajeunissement numérique de The Irishman est impressionnant mais pas tout à fait au point ; et Le Roi Lion est un film d’animation total et n’a rien à faire là. Il ne reste donc qu’Avengers : Endgame pour remporter le trophée, et quoi de plus légitime ? Toutes les scènes du film reposent sur des effets spéciaux, et surtout la triomphale bataille finale qui est la scène la plus incroyable de tous les blockbusters confondus.

AVENGERS… RASSEMBLEMENT !

MEILLEUR SCÉNARIO ORIGINAL

  • Parasite
    • À Couteaux Tirés
    • Marriage Story
    • 1917
    • Once Upon a Time… in Hollywood

Je l’ai déjà dit, je le redirai encore : Parasite est le plus 2019 des films de 2019. Un film d’une modernité, non, d’une actualité formidable, qui comprend comme aucun autre le contexte social actuel et en tire une fable incroyablement pertinente et infiniment intelligente, tout en sachant aussi mélanger les genres et être tout à fait divertissante. Ce n’est pas un simple tissu de mensonges qui se déroule sous nos yeux ébahis, mais une véritable toile de maître. Bong Joon-ho signe un chef d’œuvre plein de surprises qui restera, sans aucun doute, dans les annales.

« Psst, je crois qu’on va gagner l’Oscar ! »

MEILLEUR SCÉNARIO ADAPTÉ

  • Joker, d’après les comics de Bill Finger, Bob Kane et Jerry Robinson
    • Jojo Rabbit, d’après le roman Le Ciel en Cage de Christine Leunens
    • The Irishman, d’après le livre I Heard You Paint Houses de Charles Brandt
    • Les Filles du Docteur March, d’après le roman Les Quatre Filles du Docteur March de Louisa May Alcott
    • Les Deux Papes, d’après la pièce de théâtre Le Pape d’Anthony McCarten

Joker est le penchant du côté des scénarios adaptés de Parasite du côté des originaux. Les deux films sont des critiques virulentes et magistrales de la société moderne ; mais là où Parasite choisit l’attaque directe, Joker passe par la métaphore d’une Gotham City rongée par le crime et la misère. C’est en plus de cela une étude de personnage complexe qui rend honneur à l’un des meilleurs vilains des comics, en lui offrant une origin story inspirée de ses apparitions précédentes mais jamais dans l’imitation ; quelque chose d’unique. Jamais un film de superhéros n’aura été tellement réaliste et tellement pertinent.

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Ça vaut bien une petite danse.

MEILLEURE BANDE ORIGINALE

  • Joker
    • Les Filles du Docteur March
    • 1917
    • Star Wars, épisode IX : L’Ascension de Skywalker
    • Marriage Story

J’adore la bande originale de Thomas Newman pour 1917, ponctuée de morceaux absolument épiques à l’instar de « Sixteen Hundred Men ». Cependant, j’adore encore plus, mais de peu, celle de Hildur Guðnadóttir pour Joker. Elle est à la fois magnifique et terrifiante, absolument hypnotisante, et se marie à la perfection avec les chansons utilisées dans le film, notamment quand elle prend le dessus sur « Rock and Roll part. 2 » dans la scène des escalier et sur « White Room » dans la scène du triomphe final. Les lamentations tragiques des instruments créent une atmosphère tout à fait unique, qui colle parfaitement à l’ambiance générale du film. Mention spéciale au morceau « Call Me Joker » qui signe l’apogée d’une bande originale hors du commun.

MEILLEURE CHANSON ORIGINALE

  • « (I’m Gonna) Love Me Again » dans Rocketman
    • « I Can’t Let You Throw Yourself Away » dans Toy Story 4
    • « Into the Unknown » dans La Reine des Neiges 2
    • « Stand Up » dans Harriet
    • « I’m Standing With You » dans Breakthrough

« (I’m Gonna) Love Me Again » est la parfaite addition au répertoire légendaire d’Elton John déployé dans Rocketman. C’est pop, c’est coloré, c’est rythmé, ça donne envie de danser ! Tout en s’inscrivant dans la narration du film qui porte sur la rédemption – l’auto-rédemption – du chanteur mythique qui doit apprendre à s’aimer lui-même. En plus de cela, Taron Egerton donne de la voix comme dans tout le reste du film, et ça fait donc deux Elton pour le prix d’un dans une seule et même chanson. Que demander de plus ? Oh oh oh, I’m gonna love me again !

MEILLEUR ACTEUR

  • Joaquin Phoenix, pour le rôle d’Arthur Fleck dans Joker
    • Jonathan Pryce, pour le rôle du Cardinal Jorge Mario Bergoglio dans Les Deux Papes
    • Antonio Banderas, pour le rôle de Salvador Mallo dans Douleur et Gloire
    • Adam Driver, pour le rôle de Charlie Barber dans Marriage Story
    • Leonardo DiCaprio, pour le rôle de Rick Dalton dans Once Upon a Time… in Hollywood

« [Joaquin Phoenix] livre ici une performance d’anthologie, au delà de tout ce que tu as jamais pu voir. Il apporte une physicalité surnaturelle et chaque geste, aussi infime soit-il, est imprégné de l’essence du personnage – ses danses, particulièrement, grotesques et majestueuses, à la fois spontanées et splendidement chorégraphiées. Le travail de la voix est extraordinaire, mais plus extraordinaire encore est l’étude de la psychologie d’Arthur, qui transparaît à travers le moindre détail. L’acteur se fait vaisseau d’une époustouflante étude de personnage, nous fait plonger dans une véritable descente aux Enfers à l’issue fatale, pour mieux ressusciter et s’élever, triomphant, tel le phénix. » Extrait de ma critique de Joker. Que dire de plus ?

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Joaquin Phoenix dans les coulisses des Oscars, 9 février 2020.

MEILLEURE ACTRICE

  • Scarlett Johansson, pour le rôle de Nicole Barber dans Marriage Story
    • Renée Zellwegger, pour le rôle de Judy Garland dans Judy
    • Cynthia Erivo, pour le rôle de Harriet Tubman dans Harriet
    • Saoirse Ronan, pour le rôle de Joséphine « Jo » March dans Les Filles du Docteur March
    • Charlize Theron, pour le rôle de Megyn Kelly dans Scandale

Et je vais conclure par un choix non-consensuel. Quasiment toutes les cérémonies de récompenses se sont mises d’accord cette année pour les prix d’interprétation avec le quatuor Dern – Pitt – Phoenix – Zellwegger. Et bien pas moi. Car à mon sens, Renée Zellwegger est absolument parfaite à chaque fois qu’elle chante dans Judy, mais manque d’un petit quelque chose dans toutes les autres scènes. Au contraire, Scarlett Johansson n’a pas une seule fausse note dans Marriage Story ; les émotions sont toujours nuancées et arrivent toujours à point nommé. Nicole pourrait être une voisine, une amie, une proche ; le personnage paraît toujours diablement réel. Et mon Dieu, ô mon Dieu, la scène de la dispute ! C’est une performance absolument impériale, et si ça ne mérite pas un Oscar, je ne sais pas ce qu’il leur faut de plus.

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Et merde, je vais encore pleurer.

MEILLEUR RÉALISATEUR

  • Sam Mendes, pour 1917
    • Bong Joon Ho, pour Parasite
    • Martin Scorsese, pour The Irishman
    • Todd Phillips, pour Joker
    • Quentin Tarantino, pour Once Upon a Time… in Hollywood

J’adorerais voir Bong Joon Ho ou Todd Phillips repartir avec l’Oscar du Meilleur Réalisateur, mais il faut bien admettre que ni l’un ni l’autre, en dépit de leur talent inénarrable, ne font le poids face à la réalisation impressionnante de Sam Mendes dans 1917. Le film de guerre est pour lui un projet de passionné, et pour cause, il est basé sur l’histoire de son propre grand-père. Tout donne ici une expérience immersive, de l’écriture à la performance en passant par la réalisation et l’idée même du plan-séquence. Et à la tête de tout ça, il y a un homme, Mendes, magistralement épaulé par son directeur de la photo Roger Deakins, qui signe un chef d’œuvre absolu. Voilà.

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« Donc, si j’ai pas l’Oscar, on bombarde l’Académie ! »

MEILLEUR FILM

Et maintenant le moment que nous attendons tous. Qui repartira avec le Saint-Graal du cinéma ? Et bien découvrons le ensemble !

  • Les Filles du Docteur March

Les Filles du Docteur March prend la dernière des neuf marches du podium, et de loin. Tout le monde crie au scandale parce que Greta Gerwig n’a pas été nommée à l’Oscar du Meilleur Réalisateur (enfin, Meilleure Réalisatrice, du coup), mais en même temps il n’y a rien à nommer. Le film enchaîne les clichés des films en costumes à l’eau de rose, sans jamais transcender son postulat de départ ou s’élever de son intrigue vue, vue et revue. Je veux bien croire que le bouquin a fait sensation à sa sortie, mais c’était il y a 150 ans ; et c’est la 7ème adaptation, alors à un moment il faudrait peut-être changer de disque. Certes, les actrices sont parfaites dans leur rôles, mais il faut plus que ça pour sauver un film beaucoup trop classique. Allez, suivant.

  • Jojo Rabbit

Le dernier né de Taika Waititi est très drôle, bien pensé et aussi plein d’émotions. La comédie tourne les Nazis en ridicule à travers les yeux d’un enfant endoctriné dans les rouages de la Seconde Guerre Mondiale, sans jamais sombrer dans la parodie – ce qui serait pourtant extrêmement facile, surtout quand un des personnages principaux est Adolf Hitler lui-même sous la forme de l’ami imaginaire à moitié cinglé du personnage éponyme. C’est un conte pour enfants modernes, où les monstres sont tout aussi ridicules, mais cette fois bien humains. Pourtant, si j’ai été très agréablement surpris de voir Jojo Rabbit nommé au Meilleur Film, ses chances de l’emporter sont infinitésimales, car la comédie est loin d’être le genre de prédilection de l’Académie. Qu’à cela ne tienne, la nomination est déjà un grand honneur !

  • Le Mans ’66

Le drame historique porté par Matt Damon et Christian Bale se concentre sur ce qui a mené à la victoire décisive de Ford aux 24 Heures du Mans de 1966. Le Mans ’66 rentre parfaitement dans les cases des « films à Oscars » ; des têtes d’affiches prestigieuses, une histoire vraie dramatisée sur un héros sorti de nulle part doublé d’une célébrité décédée tragiquement, et c’est dans la poche. En ce sens, il a plus de chances de remporter que les deux films précédents, mais il reste somme toute un biopic certes aptement réalisé – les séquences de courses de voitures sont frénétiques à souhait – mais très classique, sans prise de risques, comme on en retrouve finalement tous les ans dans cette catégorie.

  • Once Upon a Time… in Hollywood

D’aucuns s’étonneront sans doute que je place Once Upon a Time… in Hollywood aussi bas dans la liste. Le dernier né du chien fou d’Hollywood est extrêmement sympathique, mais c’est Tarantino qui fait du Tarantino en suivant sa recette habituelle : références à foison, bande son du feu de Dieu, acteurs de prestige partout, et bien évidemment de la baston bien déjantée qui dégénère salement. Il se permet même de continuer à jouer dans l’uchronie en revisitant les terribles meurtres de la Manson Family. C’est cool, ça ne ressemble à rien d’autre, c’est foutrement irrévérencieux, mais ça reste quand même un film de niche, et je ne suis pas certain qu’il ait la stature d’un Meilleur Film.

  • Marriage Story

De la même façon, j’adore infiniment Marriage Story et je le trouve absolument parfait dans le traitement de la thématique du divorce, avec des performances inoubliables de la part d’Adam Driver et de Scarlett Johansson – la scène de la dispute et la scène où Charlie chante « Being Alive » ! C’est un film magnifique, extrêmement humain, et rempli à ras bords d’émotions. Néanmoins, il manque sans doute d’envergure pour accéder au trophée ; c’est un film qui fonctionne à une échelle très humble, très intime, très personnelle. Comme Once Upon a Time…, je l’apprécie beaucoup, mais je crains qu’il n’ait pas non plus la stature d’un Meilleur Film.

The Irishman est une fresque épique qui s’étale sur des décennies entières et fait la part belle à ses acteurs principaux. C’est un monument titanesque qui, du haut de ses 3 heures 30, bouscule les classiques du film de gangster et interroge des thèmes fondamentaux comme la loyauté, la trahison, la foi, le deuil, ou le sens de la vie. C’est un thriller qui ne ressemble à aucun autre, parcouru par un sentiment élégiaque maîtrisé à la perfection par son réalisateur ; bref, c’est un accomplissement triomphal. Mais évidemment, on n’en attendait pas moins de la part de Martin Scorsese ! Je laisse donc une petite chance à The Irishman ; cependant, seuls les trois films à suivre sont pour moi réellement envisageables comme Meilleur Film, et même si j’ai ma préférence, je ne serai pas déçu peu importe lequel des trois l’emporte.

Que n’ai je pas dit sur Joker ? C’est une complexe étude de personnage, fabuleusement mise en scène et extraordinairement étayée par la performance déjà légendaire de Joaquin Phoenix. Le film parvient à préserver l’essence d’un des personnages les plus mythiques des comics, tout en lui conférant une nouvelle vision unique, et en dévoilant une brutale critique d’une société moderne à la dérive, en perte d’empathie et gangrénée par la culture du spectacle et de l’image. Si la nomination de Phoenix au Meilleur Acteur était depuis longtemps une évidence, j’avais peur que l’Académie n’ait pas l’audace de nommer un film de superhéros assez controversé au Meilleur Film, et je ne m’attendais certainement pas à ce qu’il mène les nominations avec 11 Oscars possibles ! Alors oui, je crois que le Joker pourrait créer la surprise dimanche prochain. Put on a happy face.

  • 1917

Face à mon film préféré de 2019, mon film préféré de 2020 – pour l’instant, en tous cas. 1917 se distingue par une puissance immersive phénoménale au cœur de la Première Guerre Mondiale, à la suite de deux soldats ordinaires dans un plan-séquence extraordinaire. Techniquement parlant, le film est pure perfection – avec Deakins à la cinématographie, ça tombe sous le sens. C’est réellement une grande, une très grande expérience de cinéma. Après avoir empoché le Golden Globe du Meilleur Film Dramatique, 1917 semble donc partir en pôle position pour l’Oscar. Seulement voilà, c’est oublier un léger détail : les films étrangers ne peuvent pas être nommés au Golden Globe du Meilleur Film, donc le film avait un sérieux concurrent en moins.

Ce qui veut dire que l’Oscar du Meilleur Film est attribué à…

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PARASITE

Parasite est le meilleur film de 2019. Je le disais déjà en sortant de la salle de cinéma en juin, je le redisais dans ma critique en décembre, je le redis aujourd’hui et je le redirai encore. Il n’y a rien, mais rien, qui ne soit une merveille absolue dans ce film. Les acteurs, le scénario, la réalisation, la cinématographie, la bande originale, le montage, les décors… Bong Joon Ho signe un chef d’œuvre qui ne ressemble à aucun autre film, dans un formidable mélange des genres incroyablement moderne qui nous tient en haleine jusqu’à la dernière seconde. C’est seulement la douzième fois en 92 cérémonies qu’une œuvre étrangère est nommée au Meilleur Film, et je crois sincèrement que Parasite pourrait être le premier à remporter, après l’échec de Roma l’an passé, fort de ses victoires dans des dizaines de festivals partout dans le monde, et bien sûr notamment de sa Palme d’Or à Cannes qui a précipité son ascension vers la gloire. C’est quoi le plan ? Et bien de remporter un Oscar, pardi !


Que penses-tu de mes pronostics, Billy ? Quels sont les tiens ? Partout sur Internet, les camps sont divisés entre Joker, 1917 et Parasite, et certains avancent Once Upon a Time… in Hollywood comme un outsider possible, donc rien n’est encore joué, et la 92ème Cérémonie des Oscars promet d’être spectaculaire ! J’ai hâte d’être à la semaine prochaine 😀

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À la semaine prochaine Billy, bisous !

— Arthur

Tous les gifs et images utilisés dans cet article appartiennent à leurs ayants-droits respectifs, et c’est très bien comme ça

2 commentaires sur “Cérémonie des Oscars – 2020 [1/3]

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