Le Pub (Septembre 2019) – Contact

Ellie téléphone maison. Ou quelque chose comme ça.

Sommes-nous seuls dans l’univers ? C’est une question que l’humanité se pose depuis bien longtemps, et à laquelle nous n’avons toujours pas de réponse – et peut-être n’en aurons nous jamais ! Cela étant, certains sondages montrent que plus de la moitié des gens, au moins dans les pays occidentaux, croient en l’existence de vie au-delà de notre atmosphère. Le Pape François lui-même a déjà sous-entendu qu’il envisageait la possibilité d’existence d’extraterrestres au cours d’une homélie ! Pour ma part, je crois aussi en la présence d’autres consciences que la nôtre dans l’univers, mais je doute fortement qu’on les croise incessamment sous peu. C’est également la théorie défendue par le célèbre astronome Carl Sagan, qui a maintes fois contribué à la science-fiction en étudiant la question d’un éventuel premier contact, servant par exemple de conseiller scientifique sur 2001, l’Odyssée de l’Espace, mais surtout ayant publié en 1985 une nouvelle qui deviendrait la base en 1997 d’un des plus importants films sur le sujet : Contact.

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Ta mère est tellement grosse qu’on a besoin de 10 antennes pour l’écouter.

CONTACT

Réalisateur : Robert Zemeckis

Acteurs principaux : Jodie Foster, Matthew McConaughey

Date de sortie : 17 septembre 1997 (France)

Pays : États-Unis

Budget : 90 millions $

Box-office : 171,1 millions $

Durée : 2h29

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Cours, Forrest ! Ah non pardon ça c’est un autre film de Zemeckis.

ALLÔ L’ESPACE, ICI LA TERRE

Les formidables critiques de CineFix ont classé la séquence d’ouverture de Contact comme une des dix meilleures de tous les temps – et sur ce point, je ne peux qu’agréer. Après une ouverture majestueuse sur un plan en orbite de la Terre, la caméra s’éloigne peu à peu et s’élance dans un démentiel travelling arrière entièrement numérique de presque trois minutes (Le plus long de l’Histoire à l’époque), planant au dessus des astres de notre système solaire un à un, partant toujours plus loin au delà de notre Nuage de Oort, de l’espace interstellaire et même de notre Voie Lactée même, nous donnant à contempler – et je cite CineFix – « un tour du putain d’univers tout entier ». Mieux encore, au fur et à mesure que la caméra s’éloigne de la Terre, on entend la radio passer d’émission en émission et remonter peu à peu le temps, jusqu’aux années 1930 ; introduisant au passage à la fois le très important concept scientifique d’interdépendance de la distance et du temps (en gros, un décalage horaire qui se compte en décennies) et tous les thèmes du film. Cette séquence extraordinaire culmine enfin en transformant le noir insondable de l’espace en celui de la pupille de notre personnage principal dont le plan s’extrait pour finalement lancer la narration.

Autant te prévenir tout de suite Billy, l’ensemble du film n’est pas à la hauteur de son introduction. Malgré tout, encore 20 ans après, ce travelling et celui du miroir représenté dans le gif précédent font partie des plus incroyables que j’ai vus de ma vie et sont la preuve formelle du talent de réalisation de Robert Zemeckis, qui était justement reparti de son dernier film, Forrest Gump, avec un Oscar du Meilleur Réalisateur en poche. En dépit de ses défauts non négligeables, Contact contient de très belles scènes et beaucoup de transitions particulièrement intelligentes. Tant qu’on y est, je dois aussi dire que Jodie Foster livre ici une performance admirable et fait clairement gagner au film quelques points. Mais de quoi parle Contact, au fait ?

Le Dr. Ellie Arroway (Jodie Foster) est une scientifique du SETI (Search for Extra-Terrestrial Intelligence) qui a dédié sa vie entière depuis sa plus tendre enfance à la radioastronomie, encouragée par son père aimant Theodore (David Morse). Avec ses collègues Kent Clarke (William Fichtner) et David Drumlin (Tom Skerrit), ainsi que l’aide du mystérieux S.R. Hadden (John Hurt) et du pseudo-révérend Palmer Joss (Matthew McConaughey), elle se consacre à la recherche d’une vie extraterrestre qui tenterait d’entrer en communication avec nous. Mais alors qu’elle travaille à l’observatoire du Very Large Array au Nouveau-Mexique, toujours sans résultats, ses responsables décident de clôturer la mission, pour économiser du temps et de l’argent. Ellie n’a donc que trois mois pour faire une découverte majeure… Heureusement, Hitler est là !

Attends, je vais peut-être reformuler ça moi.

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Mon Dieu, c’est beau !

MYSTÈRE ET BULL(DE)SHIT

Mon principal problème avec Contact, et ça me désole de le dire parce que malgré tout concrètement j’ai apprécié le film, c’est que je n’ai jamais vu un film qui comprenait si bien certaines choses sur un potentiel premier contact et était si révolutionnaire en termes de science-fiction sur certains points, et dans le même temps comportait autant de conneries monumentales. La raison principale de ceci étant probablement que Carl Sagan étant un homme de science avant tout, a voulu entourer ses idées scientifiques pour la plupart intéressantes – pour la plupart – d’une histoire banale qui attirerait tout type de spectateur, et se foire lamentablement.

L’intrigue est régulièrement téléphonée (jeu de mots volontaire), et repose sur un nombre incalculable d’heureuses coïncidences et de deus ex machina de la part du personnage de Hadden, sorte de capitaine Némo omnipotent perdu dans l’espace autant que dans ses pensées qui m’insupporte au plus haut point. Le personnage ne sert absolument à rien excepté pour une scène à la fin qui, sans en dire trop pour ne pas spoiler, remet en cause l’interprétation du film. Seulement, c’est mal amené, toutes ses scènes semblent hors de propos, et il est beaucoup, beaucoup, BEAUCOUP trop puissant pour que ce soit humainement imaginable.

En parlant de personnages qui ne servent à rien, on pensera également au révérend Palmer Joss, joué par Matthew McConaughey et préfigurant un peu son rôle dans Interstellar. Un révérend pas vraiment révérend, étant donné qu’il a quitté le séminaire parce qu’il ne pouvait pas la garder dans son pantalon – je paraphrase à peine. Précisément, lui et Ellie vont tomber amoureux en environ cinq minutes de film, parce que le scénario leur a dit de le faire. Cette romance ne sert à rien, Joss est un personnage extrêmement mal écrit qui ne sert, comme Hadden, qu’à justifier un point de vue établi en toute fin de film, et pire encore, ça diminue même l’impact du personnage du Dr. Arroway en la réduisant à coucher avec le premier beau gosse qu’elle croise sans aucune alchimie entre les deux.

Ce qui m’amène à mon point suivant, le sexisme. Que les femmes soient très mal représentées dans des vieux films comme King Kong (1933) ou Le Salaire de la Peur (1953), admettons. Mais voir la même chose en 1997, c’est intolérable ! Ellie est une femme forte, indépendante, intelligente et aux idées révolutionnaires, et tout son potentiel de personnage féminin majeur est complètement jeté à la poubelle parce qu’elle ne réussit strictement rien dans le film sans les interventions miraculeuses de Hadden ou Joss, ou alors quand elle réussit quelque chose, elle se le fait piquer sous le nez par Drumlin, ou personne ne la croit. C’est absolument insupportable, et je ne sais pas ce qui m’énerve le plus entre le film ou le fait que les femmes scientifiques se faisaient probablement vraiment traiter comme ça.

Les aliens du film non plus ne sont pas exempts de défauts – en même temps, ils s’appellent les « Vegans », tu en tires les conclusions que tu veux. Ou plutôt, la science que le scénariste leur attribue n’est pas cohérente. Déjà, leur premier message est fait d’une suite de nombre premiers, ce qui pousse Ellie à déclarer que « Les mathématiques sont le seul langage universel ». À ceci près que c’est complétement faux ; les mathématiques ne sont qu’un modèle scientifique pour décrire les phénomènes de l’univers, mais rien ne dit que parce que le modèle se corrèle aux faits, il est exact, d’une part, d’autre part il est bien plus fortement probable que d’éventuels aliens aient un système scientifique qui leur est propre et qui, s’il décrit la même chose, ne fonctionnerait pas exactement comme nos mathématiques terriennes. Ensuite, les Vegans ont un système d’écriture par symboles facilement traduisible – dans Premier Contact, au moins, l’écriture est vraiment extraterrestre et ne ressemble à rien de connu – et ils utilisent un système de représentation visuelle ; or rien ne dit que d’éventuels aliens devraient posséder le sens de la vue, qui après tout ne capte qu’une toute petite partie des ondes de l’univers, et il est donc aberrant d’imaginer qu’ils pourraient dessiner des plans techniques comme on le ferait. Cela dit, venant de Carl Sagan, l’homme qui a envoyé un dessin moche dans l’espace en pensant qu’un extraterrestre pourrait le comprendre en tombant dessus par hasard, ce n’est pas très étonnant.

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Oui, je parle de la plaque de Pioneer.

Je sais que cette partie donne sans doute l’impression que je me m’acharne contre Contact. Ce n’est pas le cas. La vérité, c’est que ça me désole sincèrement d’avoir à dire tout ce mal du film, parce qu’en dépit de tout ça il y a aussi des idées absolument géniales et des révolutions de la science-fiction. Par exemple, le fait que les aliens renvoient en l’état une communication humaine, qu’ils ne peuvent pas comprendre, mais pour montrer qu’ils l’ont reçue, est une des idées de SF les plus intelligentes que j’ai vues, et pour moi la forme la plus probable d’un véritable premier contact. Imaginer que les Vegans ont une pensée différente de la nôtre, basé sur la représentation 3D, est également novateur. Sans parler de l’usage de la théorie des trous de vers, qui est aujourd’hui devenu un poncif mais était très moderne à l’époque. Et surtout, la réaction humaine à l’annonce de l’existence des extraterrestres est parfaite : certains s’en amusent, certains s’en fascinent, certains y voient un signe divin, d’autres deviennent complètement hystériques voire fanatiques… La diversité de réactions possibles face à quelque chose d’aussi extraordinaire est un des meilleurs aspects du film. La scène d’introduction est magnifique, la partie finale également, même si entre ces deux extrémités le film est vastement inégal.

Finalement, à certains égards comme Ad Astra, Contact sert également de profonde étude sur la foi, et comment elle impacte nos vies. En quoi croyons nous ? Pourquoi croyons nous ? Parfois en science comme en religion, il faut faire acte de foi.

Attention, la partie à suivre contient des spoilers sur la fin du film, à tes risques et périls.

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Allô ? Le respect ?

PLAIDOYER POUR LA FOI

Quand j’ai vu débarquer William Fichtner, je me suis presque attendu à ce qu’Ellie lui mette une grenade fumigène dans la bouche après qu’il a demandé « What do you believe in ? ». Évidemment, je fais ici référence à la scène d’introduction de The Dark Knight où le Joker braque une banque gérée par nul autre que Fichtner. Et tu me diras que je fais encore une référence complétement perchée entre deux films qui n’ont rien à voir – et tu auras raison ; cependant, la question posée ici a toute sa pertinence. En quoi croyez-vous ?

C’est l’interrogation centrale de Contact, plus encore que la question de la solitude de l’humanité dans l’univers. Et par corollaire, la seule raison d’exister du personnage de Palmer Joss. Sa foi en Dieu reflète la détermination d’Ellie à penser qu’elle finira par découvrir une vie intelligente extraterrestre, en dépit des probabilités. Dans les deux cas, il est impossible de prouver ou d’infirmer l’existence de l’un ou de l’autre, et donc sur le plan factuel il est identique de croire aux aliens ou de croire en une divinité quelconque, les chances sont égales. Ce qui fait la différence, c’est la foi, c’est avoir une expérience d’épiphanie que l’on ne peut expliquer ou même dont on ne peut affirmer la réalité, et se laisser guider.

La démonstration de ceci arrive à la toute fin du film, quand Ellie procède enfin à ce fameux premier contact avec les Vegans. Après une balade à travers des trous de vers qui ne sera pas sans rappeler la Porte des Étoiles de 2001, l’Odyssée de l’Espace, la scientifique arrive sur un monde surréel, une plage éclairée d’étoiles, où les vagues roulent à l’envers et les ombres tournent toutes seules. Puis un extraterrestre, prenant l’apparence de son père (Tiens donc), vient la rencontrer. Ils parlent, ils s’émerveillent. Puis Ellie se réveille. Sur Terre, rien ne s’est passé, et on croit que l’expérience a raté ; qu’Ellie a passé une seconde dans la machine quand elle pense y avoir passé 18 heures. Quand je te disais que l’interdépendance distance-temps et la relativité de l’introduction servaient tout le film !

Toute la fin de Contact se consacre à ce paradoxe. Ellie est persuadée d’avoir fait cette rencontre, mais n’est pas en mesure de le prouver ; en revanche, ses détracteurs ne peuvent pas non plus prouver le contraire. La magnifique scène du procès devient un plaidoyer pour la foi, la conviction que science et religion ne sont pas nécessairement contraires, mais complémentaires. Je terminerai donc cette critique sur les mots du Pape Jean-Paul II :

« Foi et raison sont comme les deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité. »

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Moi devant mon ordi à la fin du film.

LE MOT DE LA FIN

Dans l’ensemble, Contact me laisse une impression d’immense potentiel à moitié gâché. Des visuels grandioses et des idées scientifiques fascinantes sont compromises par des aberrations grotesques et des personnages inutiles. Si tu veux voir une magistrale œuvre de rencontre avec les aliens, je conseillerais plutôt le film Premier Contact de Denis Villeneuve ou le livre Abysses de Frank Schätzing ; mais il ne faut jamais oublier qu’aucun d’entre eux n’existerait si Contact n’avait pas été là en premier.

Les Pubs sont des articles dont le sujet est choisi par les lecteurs via des sondages sur la page Facebook du 7ème Café, abonne-toi pour pouvoir voter !

Note : 6 / 10

« ELLIE – If it is just us, then it seems like an awful waste of space. »

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Vers l’infini et au delà !

— Arthur

Tous les gifs et images utilisés dans cet article appartiennent à Warner Bros., et c’est très bien comme ça.

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