Le Pub (Juin 2019) – The Giant Claw

L’attaque du pigeon géant de l’espace.

Ah, les films de monstres. Certains, comme moi, en font un plaisir coupable, et apprécient le charme désuet de ces créatures de caoutchouc et le sens d’émerveillement que les King Kong et autres Godzilla éveillent en nous. D’autres, cependant, lèvent les yeux au ciel face à des films au scénario toujours semblable, avec une science très approximative et des marionnettes ridicules. Et parfois, même moi je dois bien admettre qu’ils ont raison. Voici The Giant Claw. Ça va être beau.

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Mais pourquoi donc la tête est-elle cachée ? Hum…

THE GIANT CLAW

Réalisateur : Fred F. Sears

Acteurs principaux : Jeff Morrow, Mara Corday

Date de sortie : 1957

Pays : États-Unis

Durée : 1h15

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Tu m’étonnes que c’est la panique.

UN FILM DE MONSTRES COMME LES AUTRES

« NARRATEUR – Once the world was big, and no man in his lifetime could circle it. Through the centuries, science has made man’s lifetime bigger, and the world smaller. Now the farthest corner of the Earth is as close as a pushbutton, and time has lost all meaning as man-made devices speed many many times faster than sound itself. »

Parce que oui, c’est ce genre de film qu’on est en train de regarder. Une bonne grosse narration bien rentre-dedans, qui se permet des phrases aussi philosophiques que « Le monde était gros, la science l’a rendu petit », déclamée avec un sérieux sans pareil par le réalisateur Fred F. Sears lui-même. Il n’en fallait pas plus pour se plonger dans l’ambiance…

Lors d’un vol de reconnaissance, l’ingénieur aéronautique Mitch MacAfee (Jeff Morrow, à peu près aussi chiant que le logiciel qui porte son nom) croise un objet volant non identifié ; mais ce dernier n’apparaît pas sur les radars. Peu après, un des avions lancés à la poursuite de la chose disparaît sans laisser de traces. Les généraux de l’armée sont moyen contents que des gens disparaissent à cause d’un OVNI supposé qui n’apparaît sur aucun radar, alors Mitch, accompagné de la mathématicienne Sally Caldwell (Mara Corday) et d’autres personnes random telles Pierre Broussard (Lou Merrill) le fermier québécois , va devoir prouver au monde que ce qu’il a vu n’était pas un rêve. Bien assez tôt, il va découvrir que la chose n’est autre qu’un oiseau géant venu d’outre-espace…

Sur le papier, The Giant Claw aurait très bien pu être un film de série B comme les autres. Un film de monstres classique, avec un animal quelconque rendu géant par des raisons extraterrestres, préhistoriques ou nucléaires, qui cause des disparitions mystérieuses, apparaît spectaculairement vers le milieu du film, casse deux trois trucs et est vaincu de façon abracadabrantesque par les humains. D’ailleurs, on trouve de nombreux parallèles entre le film de Sears et deux autres sortis quelques mois plus tôt, d’un côté La Chose surgie des Ténèbres qui repose aussi sur une créature volante invisible au radar, et de l’autre Rodan, l’un des premiers ennemis puis alliés de Godzilla. Le couac, si j’ose dire, c’est que ces deux films réussissent dix fois mieux ce que leur successeur essaye vainement de faire.

Par où commencer ? The Giant Claw n’est pas le seul film de monstres de l’époque à utiliser de la narration, mais jamais je n’ai vu une utilisation aussi massive et inutile, surtout pour dire n’importe quoi la plupart du temps. La règle cinématographique du « Show, don’t tell » est complétement jetée par la fenêtre, en nous racontant soit littéralement ce qu’on voit déjà à l’écran, soit des informations dont on n’a absolument rien à foutre, du style du monologue introductif.

Années 50 obligent, on nage dans une mer(de ?) de stéréotypes, avec d’une part le cliché français sur pattes qui s’appelle Pierre, parce qu’on s’appelle tous Pierre, évidemment, avec son accent plus que douteux qui remplace la ponctuation par des « oui » bien appuyés et qui répète à qui veut bien l’entendre que la carcagne (enfin, la « cacawnieuh »), un monstre du folklore canadien, va tous nous tuer ; et d’autre part le toujours appréciable sexisme ordinaire qui permet à Mitch d’embrasser Sally pendant qu’elle dort, et elle aime ça en plus. Consentement / 20.

La réalisation laisse très souvent à désirer, sans parler des effets spéciaux de qualité… inexistante. Et je ne parle même pas encore de la bête. Entre les plans cadrés avec les pieds, les gros plans à hausser le sourcil droit de circonspection et les faux raccords à la pelle, les amateurs de navets ont de quoi s’amuser. Sans oublier l’utilisation abusive d’images d’archives qui entrecoupent le film de vidéos gens_qui_courent_ouh_la_la.wmv et gros_avions_vroum_vroum.mp4, dont on voit très clairement qu’elles n’ont pas été tournées pour The Giant Claw, parce qu’elles sont un minimum qualitatives, elles.

La cerise sur le gâteau, c’est un niveau extraordinaire de bullshit scientifique déblatéré avec le plus grand sérieux du monde par les personnages du film. Non parce que, certes, les films de monstres sont coutumiers des explications scientifiques scabreuses, mais au moins il y a un semblant de cohérence interne, or là on atteint des sommets. Je pense notamment à la scène où Mitch repère sur une carte les endroits où des avions ont disparu, puis relie toutes les croix entre elles en traçant à main levée une spirale complétement aléatoire et appelle ça un « motif parfait ». Mais bien sûr. Ou encore le débat sur l’antimatière, résumé par une réplique qui en dit long sur la qualité scientifique de l’œuvre.

« NOYMANN – That bird is extraterrestrial, it comes from outer space. From some Godforsaken antimatter galaxy millions and millions of light years from the Earth… No other explanation is possible. »

Un pigeon venue d’une galaxie d’antimatière à des millions d’années-lumière de la Terre ? Ah bah oui c’est sûr, aucune autre explication n’est possible. Aucune. Hem.

Mais tout ça ce n’est rien, mais alors rien du tout, à côté de ce qui se passe quand à 27 minutes et 50 secondes, la créature surgit enfin

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AAAAAAAAAAAAAAAA[…]AAAAAAH !

EN FAIT, NON.

MAIS QU’EST CE QUE C’EST QUE CETTE HORREUR ? Ce qu’on nous vendait comme un vaisseau de guerre géant, comme la carcagne mythologique, comme un OVNI supersonique depuis le début du film, c’est ÇA ? Jésumarijoseph. On dit que le ridicule ne tue pas, mais jusqu’à preuve du contraire ce truc tue des gens dans le film, donc bon !

On dirait une dinde qui a passé trop de temps à Tchernobyl. Un poulet qui a reçu trop de rayons X. Le croisement entre un canard empaillé et ta belle-mère. Un pigeon qui s’est pris un autobus en pleine face. Un… Oui bon bref tu as compris l’idée. Tout est moche. Ses pattes sont disproportionnées, son corps est une pomme de terre, et puis alors je ne sais même pas quoi dire sur sa tête qui ressemble à un fruit sec sur lequel on a collé des yeux globuleux de poisson mort et une touffe de poils pubiens.

En plus de cela, Sears s’obstine à enchaîner les gros plans de la tête du machin comme si il était fier de sa bestiole, et c’est juste immonde. The Giant Claw aurait très bien pu être un film de monstres passable, malgré les défauts cités précédemment, si le monstre avait ressemblé un tant soit peu à quelque chose. Mais là, c’est peine perdue. Aux premières apparitions, on se marre devant l’ineptie de la créature et ses cris de pigeon qu’on égorge, mais après ça devient juste grotesque et limite insupportable de voir l’oiseau-clochard détruire des bâtiments en carton avec la grâce d’un crash aérien. Des bâtiments en carton mal faits, en plus.

Au départ, les effets spéciaux devaient être réalisés par Ray Harryhausen, le meilleur spécialiste d’Hollywood, un véritable génie de la stop-motion, qui avait pris la digne succession de son mentor Willis O’Brien dont j’ai déjà vanté les mérites pour King Kong et The Ghost of Slumber Mountain. Je ne sais pas comment les producteurs ont fait pour passer du meilleur au pire. La légende raconte que la marionnette du monstre a été réalisée par une boîte mexicaine paumée pour à peine 50 dollars. Ça ne m’étonnerait même pas.

Les acteurs n’avaient même pas vu la bête avant de tourner le film, car les scènes du monstre ont été tournées en dernier. Je doute, d’ailleurs, qu’ils auraient accepté de jouer dedans s’ils l’avaient vue. Même les artistes qui ont dessiné les affiches n’ont pas eu le droit de la voir, et c’est pour cette raison qu’on ne voit pas sa tête sur les posters. Heureusement, j’ai envie de dire. La première fois que Jeff Morrow et Mara Corday ont aperçu l’oiseau géant, c’était lors de la première diffusion en salle. Les gens riaient tellement à chaque apparition du poulet que les deux acteurs ont quitté la salle discrètement avant la fin du film ; Morrow déclarant même par la suite que c’était la plus grosse honte de sa vie. Finalement, c’étaient eux, les vrais dindons de la farce.

Oups. Il y avait un building sur le passage. Petit dégât collatéral.

LE MOT DE LA FIN

The Giant Claw est clairement sous la moyenne des films de monstres des années 50. Un gros nanar grotesque qui amuse un temps, mais finit vite par lasser devant son ineptie ; à voir seulement pour les amateurs de dindons nucléaires de l’espace !

Note : 4 / 10

« VAN BUSKIRK – The end of the big bird. »

https://monstersconquertheworld.files.wordpress.com/2014/11/giant-claw-the-end-spotlight.jpg
Bloub bloub bloub.

— Arthur

Tous les gifs et images utilisés dans cet article appartiennent à Columbia Pictures, et c’est très bien comme ça

5 commentaires sur “Le Pub (Juin 2019) – The Giant Claw

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