G comme – Godzilla Resurgence

Run, it’s Godzilla !

À peine quelques jours après notre précédente critique alphabétique sur Fight Club, et quelques mois après avoir fait un détour en Chine avec An Elephant Sitting Still, profitons aujourd’hui de la sortie de Godzilla II : Roi des Monstres au cinéma cette semaine pour repartir en Orient, mais au Japon cette fois, avec Godzilla Resurgence.

Les films de monstres, c’est une véritable industrie à part entière, et ça ne date pas d’hier, puisque le premier représentant du genre remonte à 1933 ! Parmi eux, la franchise du dinosaure géant cracheur de feu atomique occupe une place particulière. Champion du box-office, roi des kaijus par excellence, véritable phénomène de culture populaire, Godzilla s’affirme depuis 1954 comme la référence ultime des films de monstres. Pourtant, il reste encore assez mal connu de notre côté du monde, et ce malgré plusieurs tentatives, parfois désespérées, d’appropriation par les États-Unis. C’est pour cela qu’aujourd’hui, on se penche sur le dernier opus japonais en date, répondant au pays du soleil levant au doux nom de Shin Gojira.

Kon’nitchiwa Billy, et bienvenue au 7ème Café pour notre 7ème critique alphabétique : G comme Godzilla Resurgence !

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T’as une sale gueule !

GODZILLA RESURGENCE

Réalisateurs : Hideaki Anno & Shinji Higuchi

Acteurs principaux : Hiroki Hasegawa, Yutaka Takenouchi, Satomi Ishihara

Date de sortie : 29 juillet 2016 (Japon)

Pays : Japon

Budget : 15 millions $

Box-office : 77,9 millions $

Durée : 1h59

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Agrougrou !

GODZILLA, 31ÈME DU NOM

Le plus gros succès de l’année 2016 au Japon juste derrière l’anime Your Name avec 5,69 millions d’entrées. Considéré comme un des trois meilleurs opus de la franchise toute entière sur le site de critique Rotten Tomatoes. Onze nominations et sept récompenses à l’équivalent nippon des Césars, dont les prix des Meilleur Réalisateur, Meilleure Cinématographie et surtout Meilleur Film ! Même approuvé par Shinzō Abe, Premier Ministre du Japon. C’est du jamais vu. Godzilla Resurgence est le film de kaiju de tous les superlatifs. Et est-ce qu’on en a entendu parler en Occident ? Absolument pas.

Comme la plupart de ses 30 prédécesseurs au sein de la franchise Godzilla, Shin est passé relativement inaperçu de notre côté du monde ; ne récoltant que quelques maigres 2,55 millions de dollars en dehors du Japon pour un box-office total de 77,9 millions, soit à peine plus de 3% des recettes. Et pour cause ! Passée la grande mode des films de série B dans les années 1950 et 1960, où tout était prétexte à un film catastrophe pour peu que l’ennemi fût géant – fourmis (Des monstres attaquent la ville, 1954), mante religieuse (La chose surgit des ténèbres, 1957), lézard préhistorique (Béhémoth, le monstre des mers, 1959), plantes (La Révolte des Triffides, 1962), cailloux (La Cité pétrifiée, 1957) – l’Occident s’est désintéressé des monstres démesurés et de leurs effets spéciaux en carton-pâte, laissant en Orient les films de kaijus japonais seuls maîtres du genre pendant des décennies. De fait, très peu des films de monstres asiatiques se sont décemment exportés dans nos contrées, autrement qu’en DVD et cassettes achetées par les aficionados du genre. Et assez surprenamment, malgré le regain d’intérêt pour ces films ces dernières années (Monsters en 2010, Pacific Rim en 2013, Rampage en 2018), et en dépit même de l’appropriation du mythe de Godzilla par les américains avec le MonsterVerse initié en 2014, les films nippons continuent de nous passer sous le nez, alors que leurs monstres font plus que jamais part intégrante de la popculture mondiale. Et c’est bien dommage.

Sous la direction d’Hideaki Anno (Neon Genesis Evangelion) et Shinji Higuchi, Godzilla Resurgence marque le retour sur grand écran du kaiju le plus célèbre du cinéma après 12 ans d’hiatus, instaurés après Final Wars en 2004.

Au large de Tokyo, tous les occupants d’un bateau disparaissent mystérieusement, et le vaisseau des gardes-côtes est détruit. Enquêtant sur l’incident, le chef de cabinet du Secrétaire Général Rando Yaguchi (Hiroki Hasegawa) croit découvrir qu’il a été causé par une créature inconnue – et les évènements vont lui donner raison. Avec l’aide de l’assistant du Premier Ministre Hideki Akasaka (Yutaka Takenouchi) et de l’envoyée spéciale du Président des États-Unis Kayoko Ann Patterson (Satomi Ishihara), Yaguchi va devoir faire face à la plus grande menace jamais rencontrée par le Japon : Godzilla. Ainsi est initiée la période Reiwa…

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« Dis, ce serait pas Godzilla là-bas par hasard ? »

LA PLUS VIEILLE FRANCHISE DU MONDE

On l’ignore souvent, mais la franchise Godzilla est la plus vieille du monde, puisqu’elle est ininterrompue depuis 1954 ; soit 8 ans de plus que la saga qui se place à la seconde marche du podium, James Bond, entamée en 1962. 35 films en 65 ans d’histoire, soit en moyenne un film tous les deux ans. En plus d’être la plus ancienne, la saga est aussi une des plus diversifiées, des plus riches en termes de mythologie, et globalement une des plus intéressantes du 7ème Art. Petite rétrospective.

Tout commence en 1953. 1953 ? Hé oui, un an avant le Godzilla originel. Car en 1953 est sorti le père de tous les films de monstres géants des années 50 et 60 : Le Monstre des Temps Perdus. L’histoire d’un dinosaure amphibie gigantesque réveillé par des essais nucléaires dans le cercle Arctique et qui va ravager New York avant d’être stoppé par une arme improbable. Tiens donc. Même si le titre de premier film de monstres géants revient techniquement à King Kong en 1933, c’est bien Le Monstre des Temps Perdus qui a lancé la mode et qui est devenu le modèle de base de la plupart des œuvres du genre : une créature géante nucléaire, souvent préhistorique, qui réapparaît soudainement et va ravager une ou plusieurs villes avant d’être stoppée par l’armée.

Le film eut un tel succès qu’il s’exporta même en Orient, et donc, au Japon. Inspiré par le film américain et par un incident récent au cours duquel un navire de pêche japonais avait été contaminé par les essais nucléaires des États-Unis dans le Pacifique, le producteur Tomoyuki Tanaka écrivit le brouillon du scénario de ce qui allait devenir Gojira. Étant donné l’historique du Japon avec le nucléaire, l’importation était idéale : le monstre revêtait une symbolique qui dépassait largement le film de série B, donnant forme aux blessures subies par la nation près de 10 ans auparavant lors des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki. Alors Tanaka, accompagné du réalisateur Ishirō Honda et du spécialiste des effets spéciaux Eiji Tsuburaya, produit le premier véritable film de kaiju de l’Histoire. Un film révolutionnaire, qui instaurera les bases du cinéma de monstres japonais avec ses costumes en caoutchouc – remplaçant les modèles d’argile qui servaient à la stopmotion – et ses maquettes incroyables construites dans le seul but d’être démolies. C’est la naissance de Godzilla, le monstre préhistorique muté par les essais nucléaires, que nulle arme de l’armée ne peut stopper dans sa course à la destruction.

Il n’en fallait pas plus pour créer la légende. Fort de ses 9,61 millions d’entrées, un score qui ne sera dépassé que par un seul autre film de la franchise, le Godzilla de 1954 va engendrer toute une série de films, que les historiens du cinéma divisent, comme les dessins animés Disney, en différentes périodes, correspondant à quelques années près aux périodes et noms de règne des empereurs du Japon.

LA PÉRIODE SHOWA

  • 1954 – Godzilla
  • 1955 – Le Retour de Godzilla
  • 1962 – King Kong vs. Godzilla
  • 1964 – Mothra vs. Godzilla
  • 1964 – Ghidorah, le monstre à trois têtes
  • 1965 – Invasion Planète X
  • 1966 – Godzilla, Ebirah et Mothra : Duel dans les mers du Sud
  • 1967 – Le fils de Godzilla
  • 1968 – Les envahisseurs attaquent
  • 1969 – La Revanche de Godzilla
  • 1971 – Godzilla vs. Hedorah
  • 1972 – Godzilla vs. Gigan
  • 1973 – Godzilla vs. Megalon
  • 1974 – Godzilla vs. Mechagodzilla
  • 1975 – Mechagodzilla contre-attaque

La saga Godzilla s’entame avec la période Showa. Menée par le trio originel – Honda à la réalisation de 8 des 15 films de la période, Tsuburaya aux effets spéciaux de 10 d’entre eux et Tanaka à la production de tous les films jusqu’en 1989 -, cette première ère va définir tout ce qui représente la franchise, dans la continuité du Gojira de 1954. Dès 1955, les combats entre Godzilla et un ou plusieurs autres monstres vont devenir un élément-clé, avec l’arrivée d’Anguirus, l’ennemi originel. À partir de là, on va peu à peu voir débarquer les opposants les plus célèbres du kaiju : les trois légendaires en 1964, Mothra le papillon lumineux, Rodan le ptérodactyle enflammé et Ghidorah le dragon de l’espace à trois têtes, puis le célèbre Mechagodzilla en 1974. La période Showa a donné quelques unes des oeuvres les plus mémorables de la franchise, notamment à travers le premier film et King Kong vs. Godzilla qui restent à ce jour les opus les plus connus ; mais a été touchée par une perte à la fois en qualité et en popularité au fil des années, au fur et à mesure que la saga se tournait spécifiquement vers un public enfantin et misait tout sur la comédie et le grotesque, faisant d’ailleurs passer Godzilla de monstre destructeur à héros protecteur du Japon contre les autres créatures. Certes.

TU VAS MANGER TES BROCOLIS OUI ?

LA PÉRIODE HEISEI

  • 1984 – Le Retour de Godzilla
  • 1989 – Godzilla vs. Biollante
  • 1991 – Godzilla vs. King Ghidorah
  • 1992 – Godzilla vs. Mothra
  • 1993 – Godzilla vs. Mechagodzilla II
  • 1994 – Godzilla vs. Space Godzilla
  • 1995 – Godzilla vs. Destoroyah

L’échec cuisant de Mechagodzilla contre-attaque en 1975, qui est largement considéré comme le pire des 35 films et a fait un score pitoyable au box-office, a mis les films Godzilla en pause pendant 9 ans. Mais en 1984 débute la période Heisei grâce au premier – mais pas dernier – reboot de la franchise : Le Retour de Godzilla. Oubliant toutes les suites postérieures au Gojira de 1954, le film remet les compteurs à zéro. Finis les enfantillages, Godzilla redevient sérieux, et surtout, méchant. Contrairement à l’ère Showa, l’ère Heisei va garder une grande cohérence entre ses films, fournir des travaux de qualité et ne pas hésiter à être beaucoup plus adulte, en faisant par exemple réellement mourir plusieurs des monstres légendaires, notamment vers la fin de la période. La période est un nouvel âge d’or, retrouvant les racines des tous débuts de la saga tout en gagnant en techniques d’effets spéciaux et en maturité.

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Il pète le feu.

LA PÉRIODE AMÉRICAINE

  • 1998 – Godzilla

Avant de passer à la période suivante de la saga, allons jeter un œil aux USA. Les relations entre les Américains et Godzilla remontent à l’origine de la franchise, et l’appropriation du mythe est loin d’avoir commencé en 1998. En effet, lorsque le premier Godzilla s’est exporté outre-Pacifique en 1956, c’était dans une version largement remontée, avec des scènes remplacées (notamment celles qui critiquaient un peu trop les essais nucléaires) et l’introduction de personnages américains. Et ça a continué comme ça pour les deux films suivants, ainsi que pour Le Retour de Godzilla en 1985, jusqu’à ce que TriStar Pictures obtienne les droits pour produire son propre film… Et doux Jésus ce fut un massacre. En plus d’être tout simplement mauvais, la première itération américaine ne respectait absolument aucun élément du lore de la saga, outre le fait que ce soit un lézard géant. Et encore, il était hideux. C’est cet irrespect total qui a donc poussé la Toho d’une part à produire Godzilla 2000 en réponse, d’autre part à inclure « Zilla » (le monstre du film de 1998) dans son bestiaire officiel comme un sous-monstre moisi qui se fait défoncer en moins d’une minute – littéralement – par le véritable Godzilla dans Final Wars. Et toc.

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Non. Juste… Non.

LA PÉRIODE MILLENNIUM

  • 1999 – Godzilla 2000
  • 2000 – Godzilla X Megaguirus
  • 2001 – Godzilla, Mothra and King Ghidorah : Giant Monsters All-Out Attack
  • 2002 – Godzilla X Mechagodzilla
  • 2003 – Godzilla, Mothra, Mechagodzilla : Tokyo S.O.S.
  • 2004 – Godzilla : Final Wars

Après la clôture de la période Heisei et suite à ce détour pour le moins catastrophique aux États-Unis en 1998, la demande pour un retour du Godzilla japonais était forte, ce qui a poussé la Toho à lancer un nouveau reboot qui reprendrait encore une fois juste après les évènements du premier film. Nous voilà dans la période Millennium, et si je devais la résumer en un mot, ce serait « bizarre ». Globalement, oublie tout ce que je viens de dire à propos de la période Heisei et tu auras le Millennium. Plus aucune cohérence entre les films, des effets spéciaux souvent plus que douteux, et généralement un questionnement permanent qui s’apparente à « Mais qu’est ce que c’est que ce truc ? ». La culmination étant Final Wars, un crossover démentiel qui va réunir pas moins de 15 des monstres géants de la saga sur fond de complot extraterrestre, et qui finira avec un score au box-office presque aussi bas que celui de Mechagodzilla contre-attaque en 1975. Un cinquantième anniversaire marquant pour Godzilla, mais peut-être pas dans le bon sens.

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Merde !

LE MONSTERVERSE

  • 2014 – Godzilla
  • 2019 – Godzilla II : Roi des Monstres
  • 2020 – Godzilla vs. Kong

En 2004, la Toho a annoncé qu’elle ne sortirait plus de films Godzilla pendant les 10 années qui allaient suivre – préférant oublier la débâcle de Final Wars. Mais cela ne voulait pas dire pour autant que rien n’était en projet. Dans ce laps de temps, le réalisateur Yoshimitsu Banno planchait sur un remake 3D IMAX de son Godzilla vs. Hedorah de 1971 ; et de fil en aiguille, il en est venu à s’associer au studio américain Legendary Pictures, et le projet a complétement changé pour devenir le Godzilla de 2014, père du MonsterVerse partagé avec Kong : Skull Island. Et ce film réussit partout où la version de 1998 échouait : très fidèle à la franchise, tout en étant adapté au public occidental. Le succès du film entraînera donc le développement d’une trilogie dont le 2ème opus vient de sortir, ramenant à la vie les monstres les plus célèbres de la saga, à savoir Mothra, Rodan et Ghidorah ; partant vers un final sous forme de revanche entre King Kong et Godzilla après leur affrontement de 1962. Prometteur !

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Baston ! Baston ! Baston !

LA PÉRIODE REIWA

  • 2016 – Godzilla Resurgence
  • 2017 – GODZILLA La Planète des Monstres
  • 2018 – GODZILLA La Ville à l’Aube du Combat
  • 2018 – GODZILLA Le Dévoreur de Planètes

Et Resurgence dans tout ça ? Hé bien le succès du Godzilla américain de 2014 s’est aussi fait remarquer au Japon, et la Toho a donc profité de ce regain d’intérêt pour officiellement lancer leur nouveau projet qui se mettait en place discrètement depuis quelques années. La période Reiwa commence donc avec un nouveau reboot, mais différent des deux précédents, car cette fois Resurgence ne tient même pas compte du film de 1954 ! Et l’attente s’est avérée payante. Après cette pause de 12 ans entre les deux derniers Godzilla japonais, le film a obtenu un succès critique et financier jamais vu depuis les trois premiers films de la période Showa. Et même si la trilogie d’animation qui a suivi – qui ne fait partie de l’ère Reiwa qu’en termes chronologiques puisqu’elle suit un axe totalement différent – a reçu des critiques très mitigées, la Toho prévoit après l’expiration du contrat américain en 2020 de lancer un univers cinématographique de monstres avec toutes ses créatures. Shin Gojira ne pourrait pas mieux porter son nom : le nouveau Godzilla, le vrai Godzilla, le dieu Godzilla.

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Attention, j’arrive…

HOMMAGE RUGISSANT

Shin occupe donc une place absolument unique dans la saga Godzilla, en étant le seul reboot total de l’univers, en étant – pour le moment – l’unique véritable représentant de l’ère Reiwa en plus d’en être son instigateur, et en étant un des rares films de la franchise où il ne combat pas d’autre monstre ; une distinction partagée avec le Godzilla de 1954, Le Retour de Godzilla et le film américain de 1998.

Cependant, cela ne veut pas dire pour autant qu’il est complétement indépendant du reste de la série, comme l’était celui de 98 ; car contrairement à lui, Godzilla Resurgence est fidèle à la mythologie du monstre atomique et regorge de références à ses prédécesseurs.

Dès le départ, le bateau dont les occupants ont mystérieusement disparu est nommé le Glory Maru, d’après l’Eikou Maru qui était le premier navire détruit par Godzilla dans le film originel. Le nom de son propriétaire, Goro Maki, est également porté par deux autres personnages dans la saga, tous les deux journalistes dans Le Fils de Godzilla et Le Retour de Godzilla ; il est originaire de l’île Odo et a tiré le nom du monstre d’après le folklore local, un autre clin d’œil au premier film. Des acteurs des films précédents font un caméo, à l’instar de Akira Yuki (Godzilla vs. Space Godzilla) et Jun Kunimura (Godzilla : Final Wars). Les marques rouges recouvrant le corps de Godzilla sont réminiscentes du Burning Godzilla de Godzilla vs. Destoroyah, et le plan final pour stopper la créature est basé sur la même idée que dans le film de 1955. Mais tous ces easter eggs sont sans doute assez obscurs pour qui n’est pas familier avec la saga ; rassure-toi Billy, ils ne sont pas nécessaires pour apprécier le film, Shin étant le premier Godzilla que j’ai vu alors que je n’y connaissais encore rien.

Il y a malgré tout deux références beaucoup plus flagrantes que même les néophytes peuvent appréhender : les bruitages et la musique. Car même sans avoir vu les autres films, ces deux éléments ont été vastement réutilisés dans la popculture et sont donc reconnaissables. Ainsi, le cri de Godzilla est identique à ceux qu’il poussait il y a 65 ans, et la glorieuse musique originale d’Akira Ifukube datant aussi du premier opus est reprise régulièrement – cette même musique réactualisée à merveille par Bear McCreary pour Godzilla II : Roi des Monstres en 2019.

Mais si l’on tend bien l’oreille, on pourrait bien reconnaître une autre musique au cours du film. Et cette musique, c’est « Decisive Battle », de Shiro Sagisu, tirée de… Neon Genesis Evangelion. Non contents d’alimenter leur réalisation de nombre de pièces de mythologie interne à la saga, Anno et Higuchi ont aussi rajouté des clins d’oeil à la série animée qui les a fait connaître, Evangelion ; série qui ironiquement s’inspirait déjà de la saga Godzilla, la boucle est donc bouclée. Outre la musique donc, on retrouvera quelques petits détails, comme la passion d’Anno pour les trains, l’utilisation de musique antithétique (Musique douce pour des scènes effroyables) ou certains plans très fortement inspirés de la série, à l’instar de celui de Godzilla face à la ville en flammes qui rappelle furieusement le plan semblable de l’Ange Sachiel dans Evangelion.

Ainsi, Godzilla Resurgence est idéal aussi bien pour les débutants, puisqu’il repart entièrement à zéro, que pour les fans, puisqu’il est parsemé de références à foison.

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Sachiel, c’est toi ?!

UN NOUVEL ASPECT

La saga Godzilla repose sur deux aspects fondamentaux : d’une part Godzilla détruisant des villes et/ou la gueule à d’autres monstres, d’autre part la relation des humains avec lui ; et on a souvent tendance à oublier ce second aspect. Pourtant, il est tout aussi important que le kaiju lui-même, peut-être même plus, et chaque film recherche toujours un équilibre entre le côté humain et le côté monstrueux, de façon plus ou moins égale. Dès 1954 d’ailleurs, il est important de se souvenir que Godzilla n’apparaissait que 8 minutes et 44 secondes à l’écran ! Du coup, au fur et à mesure des opus, la balance penche plutôt d’un côté ou de l’autre, si bien qu’on trouve dans la saga de quoi satisfaire autant les spectateurs qui recherchent un film réfléchi et humain – typiquement, Godzilla vs. Biollante ou le Godzilla de 2014 – que ceux qui préfèrent une baston générale – à l’instar de Godzilla vs. Mechagodzilla II où il a le maximum de temps à l’écran avec près de 27 minutes.

Pour consulter des statistiques sur tous les films de la saga jusqu’à Resurgence, incluant notamment les temps de présence de Godzilla, clique ici (Site en anglais).

Shin Godzilla est pour moi un de ceux qui équilibrent le mieux les deux côtés. Avec 17 minutes et 23 secondes à l’écran, c’est le 8ème film où Godzilla apparaît le plus, mais il n’oublie pas de donner une réelle importance à ses protagonistes humains. De plus, il s’intéresse à un aspect jusqu’alors inédit dans la franchise : la politique.

Ce n’est pas pour rien qu’il est surnommé « Godzilla contre les politiciens ». Pour la première fois depuis ses origines, la saga s’intéresse à des personnages qu’elle n’avait encore jamais traité, le gouvernement japonais. Comment les hautes sphères de l’État réagiraient-elles en cas d’attaque de monstre géant ? La question peut paraître idiote, mais elle est traitée avec beaucoup de sérieux. On observe donc les opérations militaires du point de vue de ceux qui les planifient, les évacuations du point de vue de ceux qui les ordonnent et les relations entre les différents acteurs du gouvernement, ainsi qu’avec le reste du monde et avec les États-Unis en particulier à travers le personnage de Kayoko Patterson.

Godzilla Resurgence devient, dans ses phases consacrées aux humains, un thriller politique, satire sociale sur l’ineptie de l’administration et l’incompétence des dirigeants en cas de crise, opposant ceux qui pensent à leur pays avant tout à ceux qui cherchent un moyen de profiter de la situation pour avancer sur l’échiquier politique. Ce n’est pas une condamnation, mais une réflexion.

En ce sens, Shin est le plus terre-à-terre des Godzilla, adoptant toujours un point de vue humain pour observer la catastrophe. Donc non seulement on voit ce qui se passe du côté des politiciens, mais on voit aussi les scènes du point de vue des civils, dans la rue notamment avec beaucoup de plans en contre-plongée qui participent à la mystification de Godzilla, ou dans les bunkers de protection, avec une atmosphère très réaliste, parfois presque documentaire. Le film nous propose, pour la première fois, une expérience d’immersion totale dans la dévastation du monstre.

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Pourquoi vous me regardez comme ça ?

LE MONSTRE DE TOKYO

Mais assez tourné autour du pot ; si on regarde un film Godzilla, c’est bien évidemment avant tout pour Godzilla lui-même. Et mon Dieu ! Quel Godzilla !

Resurgence prend, sur ce point, un tournant radical par rapport aux autres films de la franchise – les opus américains mis à part. Il n’est plus un simple monstre réveillé et/ou muté par une bombe nucléaire qui apparaît soudainement et démolit tout sur son passage avec son souffle atomique, mais une créature inconnue qui se nourrit des déchets nucléaires immergés dans le Pacifique, et qui va peu à peu muter avant d’attendre sa forme finale semblable à un dinosaure telle qu’on la connaît tous.

Godzilla entame donc le film sous la forme d’une créature marine préhistorique dont on n’apercevra que la queue émergeant de l’eau de la baie de Tokyo. Remontant les canaux de la ville en provoquant un tsunami, le monstre va ensuite muter dans sa seconde forme pour monter sur terre, devenant alors une sorte de lézard malhabile doté de branchies et d’yeux globuleux, se déplaçant à l’horizontale au ras du sol. Il va subséquemment se dresser sur ses deux pattes arrières, grandir et des bras vont émerger de ses deux petits moignons, tandis que ses branchies vont disparaître : c’est la troisième forme, le prototype. Mais ce n’est qu’avec sa quatrième et dernière forme que le monstre va définitivement devenir Godzilla.

Du haut de ses 118 mètres, le Godzilla de Shin est le plus grand de tous les temps pour un film live, surpassant de 10 mètres son homologue américain, et de 68 mètres sa première itération des années 50 (!). Avec sa carrure difforme, son épaisse peau noirâtre rugueuse et parsemée d’éclats rougeoyant, sa mâchoire tripartite et sa queue démesurée, il est réellement monstrueux et effrayant, rappelant les plus sombres dessins d’H. R. Giger, celui à qui l’on doit le design du xénomorphe de la saga Alien.

C’est le premier des Godzilla japonais à être entièrement réalisé numériquement, et pourtant il donne toujours l’impression d’être un acteur dans un costume. Ironiquement, c’est précisément ce qui fait qu’il a l’air « vrai », dans le sens où même si le monstre est complétement fictif, on l’imagine comme quelque chose de tangible, qui a été filmé dans un studio. C’est un effet spécifiquement voulu par le réalisateur Hideaki Anno, qui a demandé à ses techniciens des effets spéciaux de donner au monstre une texture de caoutchouc, alliant ainsi l’esthétique classique des films de kaiju aux possibilités infinies offertes par la CGI.

Des possibilités qui prennent tout leur sens quand Godzilla libère pour la première fois son souffle atomique dans une scène absolument magistrale d’une brutalité extraordinaire. Tokyo est réduite à feu et à sang par l’horreur et son éclat violet brillant dans la nuit noire, déversant de sa gueule grande ouverte et de son dos sa puissance dévastatrice. L’anéantissement pur et simple d’une ville entière en moins de trois minutes, et ma scène préférée de la saga complète.

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Oh, ça va faire mal…

SYMBOLE D’UNE NOUVELLE ÈRE

Toutefois, au-delà de tout ce que nous avons vu précédemment, la plus grande réussite de Shin Godzilla a été de réactualiser la menace et remettre le monstre au goût du jour. Le film de 1954 présentait Godzilla comme une allégorie de la bombe atomique et de son impact sur le Japon, à une époque où les terribles bombardements d’Hiroshima et Nagasaki étaient encore dans les esprits. La crainte de la bombe atomique était omniprésente, d’autant plus exacerbée par l’escalade de la Guerre Froide entre les États-Unis et l’URSS, et par conséquent rendait pertinente la symbolique de la créature. Mais au fur et à mesure que l’idée d’un hiver nucléaire s’éloignait, avec elle s’évaporait toute la signification de Godzilla ; il était un kaiju, et c’est tout. Le coup de maître de Resurgence, c’est de redonner du sens à Godzilla.

Le monstre n’est plus une allégorie de la bombe atomique, mais une allégorie de la catastrophe de 2011. Un drame beaucoup plus récent, survenu à peine 5 ans auparavant, et dont la nation se relevait encore. La première forme de Godzilla, c’est le séisme en mer, les seconde et troisième formes, le tsunami ravageant les côtes, et la quatrième forme, l’explosion de la centrale nucléaire de Fukushima. Et par là même le choix de s’intéresser aux politiques devient d’autant plus pertinent, étudiant la réaction du gouvernement face à la catastrophe et ses fautes commises.

Resurgence est un film de monstres efficace car il s’ajoute une dimension dramatique. Les scènes dans les décombres des bâtiments détruits par Godzilla ne sont plus juste des scènes de destruction cinématographique, pas plus que les scènes des civils réfugiés dans les bunkers. Elles ont un sens, elles incarnent le traumatisme vécu par le Japon, et appellent avec espoir les politiciens à apprendre de leurs erreurs pour rebâtir une nation sur laquelle le soleil se lèvera à nouveau.

Attention, le paragraphe qui va suivre contient des spoilers sur la toute fin du film. Cours, c’est Godzilla !

Le dernier plan du film vient mettre le point final à cette allégorie. Ce gros plan sur le bout de la queue de Godzilla, révélant des formes humanoïdes mutantes, c’est la 5ème forme. La fusion entre les aspects humains et monstrueux de Resurgence, l’incarnation des personnes touchées par les retombées radioactives de Fukushima. Symbole ultime que l’histoire n’est pas encore finie…

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Les ravages de la tempête Godzilla.

LE MOT DE LA FIN

Godzilla Resurgence est un opus unique dans la saga Godzilla, remettant les compteurs à zéro tout en se référant énormément à ses prédécesseurs, et équilibrant parfaitement le message politique et social avec les scènes de dévastation massive. Voici le vrai dieu Godzilla !

Note : 8 / 10

« OGASHIRA – L’Homme est plus effrayant que Godzilla. »

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Je reviendrai…

— Arthur

Tous les gifs et images utilisés dans cet article appartiennent à Toho Pictures, et c’est très bien comme ça

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