Les Ailes – Premier Meilleur Film

Envolée vers la gloire.

Le nom de William Wellman ne t’est probablement pas familier, et pourtant je peux t’assurer que tu connais le titre d’un de ses films mon cher Billy. Si je te dis A Star Is Born, ça te fait penser à quelque chose ? Et oui, le drame de Bradley Cooper nommé aux Oscars est un remake d’un remake d’un remake, dont l’original était un film sorti en 1937 de, tu l’as deviné, William Wellman. Cependant ce n’est pas de Lady Gaga et autres « Shallow » dont nous allons parler aujourd’hui, mais bien des Ailes, le premier film de l’Histoire du 7ème Art à avoir remporté l’Oscar du Meilleur Film.

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It’s raining planes, hallulujah !

LES AILES

Réalisateur : William Wellman

Acteurs principaux : Clara Bow, Charles Rogers

Date de sortie : 12 août 1927 (US), 23 novembre 1928 (France)

Pays : États-Unis

Budget : 2 millions $

Durée : 2h24

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Vroum vroum.

LE PREMIER MEILLEUR FILM

Sur un écran noir, l’orchestration épique des Ailes se lance. Après plusieurs secondes, le logo de Paramount Pictures apparaît avec ses caractéristiques étoiles et sa montagne, pour mieux disparaître et laisser un fond de nuages majestueux dans une transition extraordinaire. Soudain, un avion crève l’écran et place ses ailes face à nous, puis tout se fige pour laisser s’inscrire le titre du film.

Dès le départ, ce métrage muet de 1927 s’annonce comme un film à grand, très grand spectacle. Mais pas seulement ! Les Ailes, c’est une comédie, un drame, une romance, une histoire d’amitié et avant tout un extraordinaire film de guerre comme l’Histoire en a peu connus. Considéré perdu jusqu’en 1992, l’œuvre met en scène deux jeunes Américains dans la seconde moitié de la Première Guerre Mondiale, Jack Powell (Charles « Buddy » Rogers) et David Armstrong (Richard Arlen), qui vivent dans une petite ville des États-Unis. Ils sont tous deux épris de la même demoiselle, Sylvia (Jobyna Ralston), mais elle n’a d’yeux que pour David, tandis que la voisine de Jack, Mary Preston (Clara Bow), fais tout pour s’attirer les faveurs du beau jeune homme. Quand les USA décident de rejoindre le conflit en Europe, Jack et David s’engagent dans l’armée de l’air, suivis de près par Mary qui va jusqu’à s’engager aussi dans l’armée pour se rapprocher de son amour de toujours. Mais une fois de l’autre côté de l’Atlantique, la dure réalité du monde va frapper les trois compères, et changer leurs vies à jamais…

« Le Meilleur Film, c’est celui qui est le plus parfait dans son ensemble ; tous les éléments marchent en quinconce pour former un tout magistral. »

C’est ainsi que je définissais dans le tout premier article de ce blog la nature des lauréats du Meilleur Film. Car en effet, ce qui fait encore plus de 90 ans après sa sortie la renommée des Ailes, c’est bien son statut de tout premier film à avoir reçu l’Oscar du Meilleur Film. Et force est de constater que ma définition citée ci-dessus ne pourrait pas mieux s’y appliquer.

Les Ailes reste, même en 2019, une prouesse à de nombreux égards et n’a rien perdu de son côté grandiose et exaltant, et présente tous les charmes d’un grand film muet – c’est par ailleurs le seul représentant du genre chez les lauréats du principal Oscar avec The Artist. Les acteurs sont théâtraux, mais jamais dans l’exagération comme l’expressionnisme allemand de Metropolis sorti la même année, et arrivent à transmettre les émotions avec tact et subtilité, notamment dans les scènes tragiques. Il me faut d’ailleurs donner la mention spéciale à la ravissante Clara Bow, plus grosse star de la Paramount à l’époque, qui vole absolument toutes les scènes où elle apparaît par son talent inégalable et sa grande beauté. C’est une des plus célèbres représentantes du cinéma des Années Folles, et elle est tout bonnement éblouissante dans ce film.

Cependant Billy, s’il te faut une seule bonne raison de regarder Les Ailes, c’est bien sa réalisation.

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Dis moi tout !

BALLET AÉRIEN

William Wellman, c’est pas non plus n’importe qui. Et même si lors du tournage, il n’avait réalisé qu’une douzaine de films et qu’il n’avait que 29 ans, il imposait déjà sa valise. Et il fallait bien quelqu’un de sa trempe pour gérer un tel projet ! Avec 2 millions de dollars de budget, Les Ailes était une superproduction impressionnante, ayant mobilisé plusieurs milliers de figurants, plusieurs centaines de pilotes de l’armée de l’air et près de 200 avions militaires américains. Rien que ça. Lorsqu’à la fin de sa vie, on posa la question à Wellman de savoir quel était son œuvre préférée dans sa propre filmographie, il a répondu Les Ailes et il n’y a rien d’étonnant à cela. Il a pris le projet tellement à cœur que quand des gens de la production sont venus le voir pour se plaindre des dépassements de budget et des retards de production, Wellman a répondu « Vous avez deux options, soit un voyage de retour chez vous, soit un voyage à l’hôpital ». Niveau badass, on se pose là.

Les Ailes est un exploit technique extraordinaire et le réalisateur y est pour beaucoup. Le cadrage des plans fixes, les mouvements de caméra des plans mobiles… S’il y a un homme à Hollywood sachant filmer des trains, des voitures et des avions, c’est Wellman. Le film est stylisé avec soin, dans ses couleurs qui passent d’un genre de doux sépia pour les scènes de jour à un bleu profond pour les scènes de nuit, ainsi que sur ses intertitres écrits avec soin dans une police ouvragée, avec des images qui en disent long en arrière plan. Et puis, malgré le fait qu’il soit muet, le long-métrage contient aussi, et ça m’a surpris au début, des effets sonores ; tandis que Le Chanteur de Jazz, premier film parlant, sortit la même année ! Choisis spécifiquement pour accompagner certaines séquences, on entend le bruit des moteurs, des bombardements et des coups de feu, ce qui contribue grandement à l’immersion dans l’atmosphère de Première Guerre Mondiale.

Mais on ne va pas se mentir, le principal atout des Ailes repose sur ses dantesques scènes de combats aériens. En toute objectivité, si on remet les films dans leurs contextes historiques respectifs, il est au même niveau que le Dunkerque de Christopher Nolan. Le ballet aérien est hallucinant de maîtrise, d’adrénaline et de rythme, et filmé avec une rare majesté. Et nous sommes en 1927, pas question d’effets spéciaux ou de trucages : tout est vrai. Wellman a réellement mobilisé des dizaines d’avions militaires et de pilotes et/ou de cascadeurs pour filmer les scènes comme si elles se passaient réellement. Mieux encore, les acteurs principaux étaient filmés en vol par des caméras frontales manuelles qu’ils devaient actionner eux-mêmes, tout en jouant leurs personnages et surtout, tout en pilotant vraiment leurs avions. Les Ailes n’est pas donc n’importe quel film de guerre : il retrace la Première Guerre Mondiale à l’époque où l’on ne l’appelait même pas « Première », et donc sans être entaché de la vision des guerres créée après la Seconde. Il y a dans cette œuvre une authenticité qu’aucun autre film n’a plus pu égaler après 1945, comme une version à chaud de la Grande Guerre. Et pour cause, Wellman avait lui-même été pilote entre 1917 et 1918 ; il savait exactement comment les scènes devaient être réalisées, puisqu’il les avait vécues.

Assez ironiquement pourtant, et malgré la virtuosité extraordinaire de la réalisation des scènes aériennes, ce sont peut-être celles au sol qui sont les plus impressionnantes d’un point de vue cinématographique. J’en veux pour preuve la scène parisienne se déroulant aux Folies Bergères, et tout particulièrement l’incroyable plan représenté dans le gif ci-dessous, considéré par les géniaux critiques de CineFix comme le meilleur travelling avant de tous les temps. Ce n’est pas moi qui leur donnerait tort. En un seul mouvement de caméra, Wellman nous présente toute l’histoire d’un lieu et des personnages qui l’habitent, pour mieux atterrir sur notre héros et son verre d’alcool dans une mise en scène minutieuse et millimétrée qui nous fait passer d’un plan large à un gros plan avec une fluidité éblouissante. Le tout filmé par une caméra manœuvrée par Wellman allongé sur une nacelle suspendue au plafond passant au ras des tables juste entre les clients assis de part et d’autre. J’en suis bouche bée.

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J’en recrache mon verre d’eau.

C’EST LA GUERRE.

Néanmoins, en dépit de son aspect spectaculaire, Les Ailes est bien loin de glorifier la guerre. C’est même tout l’inverse. Derrière ses impressionnants accomplissements techniques, le film dépeint la Première Guerre Mondiale comme une horreur où la mort guette à chaque virage, où les soldats risquent leurs vies à chaque instant, sur le champ de bataille autant qu’appuyé sur un arbre pour faire une pause. La guerre détruit les villages, les paysages mais surtout les Hommes, détruit leurs esprits, détruit leurs amitiés, détruit leurs vies.

Encore protégés par l’océan Atlantique, Jack et David n’ont aucune idée de ce qui les attend en s’engageant dans l’armée. Au début, ils imaginent presque la guerre comme un jeu, une occasion de faire des pirouettes dans le ciel – la grande majorité des scènes comiques du film est condensée en Amérique, car le front européen va très vite les faire déchanter.

Dès le premier contact réel avec un avion, au camp d’entraînement, la terreur s’insinue. Le Cadet White (Rôle qui a lancé la carrière du légendaire Gary Cooper, alors qu’il n’apparaît que 5 minutes) se crashe juste après avoir rencontré les deux hommes, lors d’un vol d’entraînement. Et c’est là que la réalité rejoint nos deux héros de plein fouet : l’avion n’est pas tant une machine de rêve qu’une machine à tuer, les scènes aériennes ne sont pas tant spectaculaires que dévastatrices. Le premier combat, le bombardement, la scène formidable du dirigeable allemand… Toutes laissent derrière elles des dizaines de morts, dans les flammes des engins volants en perdition.

La culmination des Ailes est la bataille de Saint-Mihiel, du 12 au 15 septembre 1918, seul combat de la Première Guerre Mondiale entièrement orchestré par l’armée américaine. La reconstitution est grandiose mais terrifiante, avec ses plans d’ensemble des champs de bataille. Les chars, les fantassins et les avions s’adonnent à un ballet dans les tranchées, sur la terre et dans le ciel mettant en scène plusieurs milliers de figurants et des dizaines d’appareils. Wellman fait usage de tout son talent de réalisateur pour mieux faire passer son message – et s’offre même un caméo furtif au cœur de la bataille. La mort frappe inlassablement, sans crier gare, de façon implacable. Comme le dit un officier français après la bataille : « C’est la guerre ».

C’est la guerre, et c’est tout. L’hommage aux pilotes qui ouvre le film n’est pas tant un message universel qu’une adresse personnelle de Wellman à tous les amis qu’il a perdus, tous ses compagnons soldats qui ont été abattus pendant la guerre, tous ceux qu’ils a connus et qui contrairement à lui n’ont pas réussi à survivre. Oui vraiment, Les Ailes, c’est la guerre.

« À tous les jeunes guerriers du ciel dont les ailes sont repliées au dessus d’eux à jamais. »

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La guerre du ciel.

LE MOT DE LA FIN

Depuis 1929, rares sont les films traitant de la Première Guerre Mondiale qui ont été nommés aux Oscars. Il faut dire aussi que depuis cette première cérémonie il y a 90 ans, rares sont ceux qui ont surpassé Les Ailes.

Note : 8,5 / 10

« DAVID – All set ? »

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Et pan !

— Arthur

3 commentaires sur “Les Ailes – Premier Meilleur Film

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  1. Quelle chance d’avoir pu voir ce Wellman fondateur ! Le film est scandaleusement introuvable dans une version DVD digne de ce nom. Il faut dire qu’il est sorti à l’époque dans un format géant qui devait lui donner une ampleur encore plus phénoménale ! Il faut dire que le Wild Bill connaissait son sujet pour avoir lui-même servi dans l’aviation durant la Grande Guerre. Tous ces combats, il les as vus de près ! Même Howard Hugues l’Aviator n’aura pas fait mieux avec ses Hell’s Angels.

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