A Night to Remember – La nuit du Titanic

Le véritable film du plus célèbre des naufrages.

Ah, le Titanic… Déjà 106 ans qu’il a coulé et il continue de faire parler de lui. Et je profite donc de notre retour dans les années 50 avec Le Salaire de la Peur pour replonger dans l’histoire du plus célèbre des naufrages avec un film que beaucoup considèrent comme le premier grand film de la tragédie, bien avant celui de James Cameron, un long-métrage de Roy Ward Baker sorti en 1958, j’ai nommé : A Night to Remember. Ah oui, et petite précision : le film a bien un titre français – Atlantique, latitude 41° – mais il est tellement nul que je refuse de l’utiliser pour désigner cette œuvre. D’autant plus que le titre du livre dont le film est adapté a été traduit par La Nuit du Titanic (que j’ai réutilisé comme titre de cet article) alors il n’y a pas de raison qu’on se retrouve avec Atlantique, latitude 41° pour le film. Non mais.

Attention, cet article contient des spoilers sur Titanic. Tu es prévenu.

Alors le géant sombra dans les flots…

 A NIGHT TO REMEMBER

Réalisateur : Roy Ward Baker

Acteurs principaux : Kenneth More, Laurence Naismith

Date de sortie : 3 juillet 1958

Pays : Royaume-Uni

Budget : 500 000 £

Durée : 2h03

Panique à bord.

UN SIÈCLE DE LÉGENDES

Tout le monde sait ce qui s’est passé la nuit du 14 au 15 avril 1912. À 23h40, le plus grand navire du monde, le RMS Titanic, heurte un iceberg lors de son voyage inaugural et sombre dans les eaux glacées de l’Atlantique emportant avec lui 1500 passagers ; le plus grand naufrage de l’Histoire à l’époque. Et si tout le monde sait ça, c’est en grande partie grâce au film Titanic de James Cameron sorti en 1997, qui fut pendant 12 ans le film le plus populaire de l’histoire du cinéma, et trône encore aujourd’hui à la deuxième place du box-office mondial avec des recettes faramineuses de 2 187 463 944 $. Seulement voilà, il n’y a pas que Titanic dans la vie.

Wikipédia recense 17 films et 25 apparitions à la télévision qui évoquent, relatent, référencent ou parodient l’histoire du naufrage. De tous temps, le Titanic a été source de légendes et a fasciné le monde entier. Et ce, dès le lendemain du naufrage ! À peine un mois après le naufrage en 1912, le film Saved from the Titanic sortait, mettant en scène une véritable survivante du drame. Et à partir de là, les œuvres s’enchaînent : In Nacht und Eis en 1912, Atlantic en 1929, le film de propagande nazie Titanic en 1943, la série S.O.S. Titanic en 1979, et cætera, et cætera, jusqu’au fameux Titanic de 1997. Mais celle qui nous intéresse aujourd’hui, c’est le film A Night to Remember de 1958, dont le professeur Paul Heyer, spécialiste de l’histoire du Titanic dans la fiction, qui nous a quitté en août dernier, parlait en ces mots en 2012 :

« A Night to Remember est toujours reconnu comme le récit cinématographique définitif de l’évènement et le prototype et plus bel exemple du genre des films catastrophes. »

Mais dans le fond, des films sur le Titanic, il y en a d’autres, et puisque c’est un évènement historique l’histoire est toujours la même. Alors qu’est ce qui rend A Night to Remember si spécial ?

Le long-métrage suit un ensemble de personnages depuis le départ du navire de Southampton jusqu’au sauvetage des derniers naufragés par le RMS Carpathia, et notamment le Second Officier Charles Lightoller (Kenneth More). Là où on pourrait penser que, étant sorti en 1958, A Night to Remember souffre de ses 60 ans d’âge, bien au contraire il est encore aujourd’hui excellent et ce en partie grâce aux talents de réalisation de Roy Baker. Les décors, reconstitutions, et effets spéciaux – tous réels à l’heure où les effets numériques n’existaient pas – n’ont rien à envier à Titanic. Les maquettes des bateaux sont magnifiques. La bande musicale est très bien choisie et élève les scènes, avec de nombreux morceaux classiques joués par les musiciens du navire (Le Danube Bleu de Johann Strauss par exemple, qui apparaissait aussi dans Le Salaire de la Peur, comme par hasard). Certaines scènes sont tout bonnement magistrales, comme ce moment dramatique furtif où l’architecte Andrews (Michael Goodliffe) et le capitaine Smith (Laurence Naismith) se rendent compte que plus de 1000 passagers vont inévitablement mourir faute de place dans les canots de sauvetage.

Mais un des points les plus remarquables du film, c’est le noir et blanc. Tu vas me dire « Bah oui mais bon en 1958, c’est pas non plus extravagant », et tu aurais parfaitement raison. Mais si le film devait être refait aujourd’hui, je le referais en noir et blanc quand même. Le contraste des couleurs crée des jeux de lumière absolument magnifiques (les reflets sur la mer, les fusées de détresse qui explosent dans la nuit, les lumières du bateau…). La tragédie s’étant produite la nuit, l’opposition noir / blanc participe à sublimer l’image et à rendre le ciel plus noir et les icebergs plus blancs. A Night to Remember ne pâtit pas de son absence de couleurs, mais au contraire en tire profit.

Une beauté tragique.

POURQUOI IL EST MEILLEUR

Et A Night to Remember a encore bien plus d’une corde à son arc. En plus d’être encore visuellement exceptionnel 60 ans après, il dispose de nombreuses autres qualités qui le placent en tête des films sur le Titanic, y compris Titanic lui-même, et je vais te le montrer Billy. Mais je tiens avant tout à préciser que je ne cherche en aucun cas à dénigrer le film de James Cameron ; j’ai d’ailleurs un profond respect pour le réalisateur (Terminator et Aliens, toi même tu sais). Mais il convient de remarquer objectivement premièrement que le succès de Titanic est absolument incompréhensible – sans rentrer dans la question de son mérite – puisque même Cameron pensait que ce serait un échec, deuxièmement que de toutes façons le film ne raconte pas l’histoire du navire mais celle de Jack et Rose à la mode « Roméo et Juliette » qui se passe par une malencontreuse coïncidence sur un bateau qui coule. Titanic est un bon film, mais pas un grand film et encore moins un grand film sur le Titanic, et voici toutes les raisons pour lesquelles A Night to Remember est meilleur sur ce dernier point.

Parce qu’il n’y a pas Jack et Rose. Bah oui, sauf ton respect si tu es admirateur de Leonardo DiCaprio et Kate Winslet, mais en ce qui concerne l’histoire du naufrage, ils ne servent littéralement à rien. Déjà, ce sont deux personnages totalement inventés – et toute leur famille et tous leurs amis avec d’ailleurs. Ensuite, leur rencontre ne change strictement rien : Jack étant un homme de troisième classe, il serait très probablement mort de toutes façons (84% de chances), et Rose étant une femme de première classe, elle aurait très probablement été sauvée (74% de chances). Pire, si elle n’avait pas suivi Jack, elle aurait eu une place dans un bateau, cette gourde. Et je ne parle même pas du fait que cette connasse balance le diamant dans l’eau, et qu’elle laisse Jack mourir alors qu’il a été prouvé des dizaines de fois qu’il pouvait tenir sur le morceau de bois.

Parce qu’il est plus réaliste. Contrairement à son successeur, A Night to Remember tient plus du film historique – voire du documentaire – que de l’œuvre de fiction. En effet, le livre de Walter Lord sur lequel le film est basé est un récit historique et non un roman, basé sur des interviews de survivants, des recherches, des articles, des documents officiels… Et donc Baker va porter une attention particulière à recréer une atmosphère totalement réaliste. Ça commence déjà par l’absence totale de personnages fictifs, à l’exception près de quatre personnages qui sont des compositions à partir de plusieurs personnes réelles (histoire de réduite le casting déjà bien étoffé). Ensuite, A Night to Remember s’articule autour de scènes « quotidiennes » en parallèle du naufrage, jonglant de personnages en personnages afin de donner un panorama extrêmement complet de ce que chacun faisait cette nuit là. Et puis il n’y a aucune scène typiquement hollywoodienne comme dans Titanic qui sont purement cinématographiques et absolument pas cohérentes ni vraisemblables (la scène de sexe dans la voiture ou le dessin de Rose nue, entre autres).

Pourtant ça ne veut pas dire que A Night to Remember est un documentaire, et il y a bien quelques détails historiques qui ne sont pas exacts – mais beaucoup moins que dans Titanic – et que je me dois de relever objectivement. Tout d’abord, le baptême du bateau au début du film n’a en réalité jamais eu lieu et certains croyants de l’époque considéraient d’ailleurs que c’est à cause de cela que le Titanic a coulé. Ensuite, certains noms de personnages ont été changés pour éviter des procès par les véritables survivants. De nombreux personnages évoquent l’insubmersibilité du navire alors qu’en réalité c’est la presse qui a commencé à évoquer le Titanic en ces termes après le naufrage. Il y a aussi une antagonisation du personnage de Bruce Ismay alors qu’il a été prouvé en réalité qu’il avait aidé de nombreux passagers avant de monter lui-même dans un des derniers canots à quitter le navire. Enfin, le plus gros « détail » qui n’est pas respecté par A Night to Remember est le fait que le Titanic s’est brisé en deux avant de sombrer (comme montré dans une scène grandiose du film de Cameron). Sauf que pour ce détail là, le film n’y est pour rien : on pensait jusqu’à la découverte de l’épave en 1985 que le bateau avait sombré en un seul morceau. Enfin bref, reprenons la liste.

Parce que des véritables survivants ont travaillé dessus. Un des plus gros avantages qu’a eu A Night to Remember par rapport à Titanic, c’est qu’il date seulement de 46 ans après le désastre et par conséquent de nombreux survivants étaient encore en vie à l’époque, alors que quand Cameron a commencé sa production la plupart étaient morts et ceux qui restaient étaient trop jeunes au moment du naufrage pour se souvenir de quoi que ce soit. Le film a donc reçu une assistance de la part de deux passagers survivants, Edith Rosenbaum et Lawrence Beesley, ainsi que de l’officier de quart Joseph Boxhall qui tira les fusées de détresse la nuit du drame. En plus des survivants, le long-métrage a aussi bénéficié des conseils de la part du producteur du film lui-même, William McQuitty, qui avait assisté au départ du navire, et Kenneth More a pu rencontrer Sylvia Lightoller, la veuve du personnage dont il joue le rôle. Tout ceci contribue à l’aspect réaliste de la chose.

Parce qu’il évoque le SS Californian, le RMS Carpathia et le SS Mount Temple. Le soir de la tragédie, le bateau le plus proche était le SS Californian, à une quarantaine de kilomètres de la zone du désastre. Le Californian a, avant l’incident, tenté de prévenir par télégraphe le Titanic de la présence d’un énorme champ d’icebergs, mais s’est vu rembarré par l’officier de radio du navire qui était occupé à envoyer les messages privés des passagers. Suite à cela, le Californian a coupé ses transmissions pour la nuit ; ce qui l’empêcha de réceptionner à peine 15 minutes plus tard les S.O.S. du Titanic. Mieux encore, tous les témoignages de l’équipage mentionnent que les fusées de détresse du Titanic avaient été visibles sur le pont du Californian, et le capitaine a décidé sciemment de ne rien faire pensant que c’était des feux de signalisation maritime britanniques. Par conséquent, le Californian, qui je le rappelle n’était qu’à une quarantaine de kilomètres du naufrage, n’a été au courant de celui ci que par les informations d’un autre navire, et est arrivé sur les lieux après les deux autres navires les plus proches, le RMS Carpathia et le SS Mount Temple, qui étaient respectivement à 93 et 80 kilomètres du naufrage quand ils ont reçu les S.O.S. Tous ces navires sont extrêmement importants dans l’histoire du naufrage, mais ils ne sont pas du tout connus parce qu’ils ne sont pas dans Titanic. Le Californian devait pourtant apparaître mais a été coupé au montage pour laisser plus de place à Jack et Rose. Quand je dis que c’est mieux qu’ils ne soient pas là…

Parce qu’il a coûté 300 fois moins. 500000£ contre 200 millions de dollars. Le calcul est vite fait. Alors bien évidemment c’est normal que Titanic ait eu un budget beaucoup plus élevé : les maquettes sont encore plus massives, il y a plus d’effets pratiques (décors remplis d’eau), plus d’effets numériques, et de manière générale faire un film coûte de plus en plus cher au fil des ans. Mais ce qui est intéressant ici, c’est de se dire qu’on est encore capable aujourd’hui en 2018 de comparer Titanic et A Night to Remember et de les mettre en parallèle alors qu’il y a 199 millions de dollars de budget d’écart. Comme quoi l’argent ne fait pas tout !

Parce qu’il ne dure que 2 heures. On va pas se mentir, 3h15, c’est long. Je ne suis pas contre les films de 3 heures (Blade Runner 2049, Cloud Atlas, par exemple) mais tout de même. A Night to Remember ne dure que 2h03 et gagne tout le temps que Titanic use sur l’histoire de Jack et Rose, ce qui le rend beaucoup plus accessible finalement : il est plus facile de se lancer dans un film de 2 heures, un soir après manger, que de prévoir plus de trois heures dans une journée pour regarder ça.

Pour la scène du « Nearer, my God, to Thee ». « Nearer, my God, to Thee » (en français « Plus près de toi mon Dieu ») est une célèbre chanson chrétienne du XIXème siècle qui est principalement connue pour avoir été le dernier morceau joué par les musiciens du Titanic pendant le naufrage. Et la retranscription de cette scène dans A Night to Remember est absolument magistrale, encore plus que dans Titanic qui reprend aussi cette séquence. Alors que les musiciens finissent leur dernier morceau, ils réalisent que plus personne ne les écoute ce qui pousse le leader du groupe à dire à ses camarades de s’enfuir. Il reste alors seul là, un instant, et entame au violon « Nearer, my God, to Thee ». Les autres musiciens, qui avaient commencé à tourner le dos, reviennent alors et se joignent à la chanson. La voix magnifique du chanteur et les instruments mélodieux rendent cette version fantastique, et le morceau se superposant à des plans du Titanic en train de plonger, de rescapés silencieux dans un canot de sauvetage et du capitaine Smith qui s’apprête à couler avec son navire prend un impact émotionnel extraordinaire pour une scène tragique et mémorable.

Parce que Titanic n’est qu’un remake inavoué de A Night to Remember. Hé oui, elle est là la principale raison. En tant que film sur le désastre, A Night to Remember est meilleur que Titanic tout simplement parce que c’est l’original et que le film de Cameron ne fait que le revisiter version moderne. Alors oui, évidemment, dans le cadre d’un évènement historique, l’histoire est forcément la même. Mais là, je parle de cadrage de plans, de reproductions de scènes, de lignes de dialogues… J’ai des tas d’exemples ! Le « Nearer, my God, to Thee » avec le premier musicien qui reste en arrière, commence à jouer, puis est rejoint par les autres exactement au moment où le capitaine Smith regagne la passerelle. L’antagonisation de Bruce Ismay alors que c’est une pure invention du film. Et encore plein d’autres similarités qui sont reportées par Lord Kayoss dans sa vidéo « A Night to Remember 1958 VS Titanic 1997″ (en anglais). Alors n’en déplaise à Cameron, mais A Night to Remember était là 39 ans avant…

giphy[1]
C’est ça, retourne dans l’eau toi.

LE MOT DE LA FIN

Les œuvres sur le naufrage du Titanic sont nombreuses mais peu font honneur comme il se doit à l’histoire légendaire du navire. A Night to Remember fait partie de ces films-là, surpassant même en de nombreux points celui de Cameron. Ce n’est peut-être pas le meilleur film tout court, mais c’est, sans aucun doute, le meilleur film sur le Titanic.

Note : 8 / 10

« LIGHTOLLER – Car même si c’est arrivé, c’est toujours incroyable… »

Plus près de toi, mon Dieu…

— Arthur

Tous les gifs et images utilisés dans cet article appartiennent à leurs ayant-droits respectifs, et c’est très bien comme ça

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