Black Mirror – … et pour le meilleur

Mais malgré l’horreur du monde, il arrive qu’une note d’espoir ressorte de Black Mirror.

♪ Anyone… Anyone… Anyone… ♫ J’ai encore la musique dans la tête. Bonjour Billy, et bienvenue au 7ème Café ! Aujourd’hui, on va se pencher sur une série très particulière créée par Charlie Brooker en 2011 : Black Mirror. C’est une série d’anthologie, c’est à dire qu’il n’y a pas de lien direct entre les épisodes, pas d’histoire continue, pas les mêmes acteurs ni les mêmes réalisateurs, mais un perpétuel fil rouge : l’impact de la technologie sur l’humanité. Des fois, cet impact est positif. Souvent, il est très négatif. Comme chacun des 19 épisodes de la série mériterait son propre article, mais que je ne peux consacrer 19 semaines à ça, j’ai simplement divisé cette critique en deux parties : quand ça finit bien et quand ça finit mal. Bienvenue dans Black Mirror : pour le pire et pour le meilleur.

« C’est d’ailleurs bien la seule morale transcendante à tirer de tout ça : la technologie n’est ni bonne ni mauvaise, elle est ce qu’on en fait. Si Black Mirror nous montre souvent que ça finit mal, c’est justement pour que l’on comprenne bien ça. »

C’est ce que j’ai dit la semaine dernière en parlant des épisodes qui finissent mal. Si tu n’as pas lu la première critique Billy, je te conseille de cliquer ici ! Je disais donc, la technologie en elle-même n’a pas de jugement de valeur. C’est pour ça que Black Mirror, ça peut aussi finir bien. Rarement, mais ça peut.

Le smiley est sincère cette fois 😀

BLACK MIRROR

Créateur : Charlie Brooker

Acteurs principaux : Changent à chaque épisode

Diffusion : 4 décembre 2011 – Aujourd’hui

Pays : Royaume-Uni

Saisons : 4, plus un Spécial Noël

Épisodes : 19

Durée par épisode : Entre 41 minutes et 1h29

La vie en rose !

MINORITÉ POSITIVE

Sur 19 épisodes, ceux qui finissent bien se comptent sur les doigts d’une main : « Nosedive », « San Junipero », « USS Callister » et « Hang the DJ ». Il y a aussi « Be Right Back » qui est juste entre les deux avec son twist final, aussi je n’en parlerais pas plus que ça mais je pense que c’est à toi de juger si la fin est positive ou négative Billy. Bref. Comme il y a très peu d’épisodes concernés par la critique d’aujourd’hui, on peut les voir plus en détail.

En ce qui concerne « USS Callister », c’est le premier épisode de la saison 4 de Black Mirror, et c’est un hommage très appuyé à la saga Star Trek. Il se concentre autour d’un jeu vidéo en ligne inspiré par Star Trek justement, ses personnages, et ses créateurs. Au niveau cinématographique, on est vraiment sur un des épisodes les plus excellents de la série, que ce soit pour les décors, les costumes, les performances, les effets… C’est vraiment un super divertissement, et l’histoire est intéressante – bon, c’est l’habitude pour la série -, mais la chose qu’on pourrait lui reprocher, c’est que finalement la satire sociale si caractéristique de Black Mirror n’est pas vraiment marquée. En termes de divertissement c’est un très bon épisode, mais on n’en ressortira clairement pas aussi bouleversé qu’après « White Bear » ou « Shut Up And Dance ». D’un côté c’est peut-être un peu dommage, de l’autre c’est bien aussi de varier les plaisirs, car si la totalité de la série était du niveau des épisodes susnommés, on partirait tous en dépression nerveuse. « USS Callister » est donc comme une pause récréative au milieu de la série – et probablement surtout un rêve de gosse du créateur Charlie Brooker de faire son propre Star Trek.

Vient ensuite le cas « Nosedive », porté par l’éblouissante Bryce Dallas Howard, qui se révèle être une merveilleuse actrice quand elle n’est pas en train de courir en talons hauts devant un T-Rex, si tu vois ce que je veux dire. « Nosedive » est un peu un cas à part, et j’ai hésité à l’inclure dans la critique de la semaine dernière en réalité. Laisse moi t’expliquer pourquoi. Certes, c’est un des rares épisodes de Black Mirror à finir bien. Mais, étrangement, c’est aussi un de ceux qui ont les plus horribles prémisses. Billy, imagine toi un monde où tout est faux, mensonger, caché, tout n’est qu’apparence. Comme le dit si bien Renton dans T2 Trainspotting lorsqu’il énumère tout ce qui va mal dans notre monde :

« Choisis Facebook, Twitter, Snapchat, Instagram et mille autres façons de répandre ta bile sur des pauvres gens que tu ne connais même pas. Choisis de modifier ton profil, poste une photo de tes céréales du petit-déj avec l’espoir qu’il y ait une personne quelque part que ça intéressera. […] Les rapports humains réduits à une accumulation de données. »

« Nosedive », c’est ça. La vie n’est plus qu’un réseau social, où les gens se notent entre eux dans l’espoir d’être en tête de la société, où chaque action est notée, commentée, suivie. Notre personnage principal s’entraîne à faire des rires devant son miroir pour savoir lequel lui donnera le plus de likes. Elle croque un gâteau juste pour prendre une photo et le recrache directement après. Elle exploite son doudou pour faire pleuvoir les pouces bleus. Le tout dans un monde entièrement pastel pour bien appuyer l’idée que tout n’est qu’une belle façade derrière laquelle se cache une noirceur innommable, au doux son de « The Consolations of Philosophy » par Max Richter. Et malgré tout ça, l’épisode finit bien. Je ne dirai pas comment bien sûr, je ne suis pas là pour spoiler, mais c’est justement ce qui fait de « Nosedive » un des meilleurs épisodes de Black Mirror, parce qu’il prend le contrepied de l’habitude de la série, en montrant que parfois ça peut bien finir quand même. Que la technologie n’est vraiment que ce que l’on en fait. Choisis la vie, Billy.

Oh, une nouvelle critique sur Le 7ème Café ! Allons voir ça !

LA VILLE DES GENÉVRIERS

Mais l’épisode le plus heureux de tous, c’est « San Junipero ».

« San Junipero » est le quatrième épisode de la saison 3 de Black Mirror, c’est à dire l’épisode qui suit directement « Shut Up And Dance » dont j’ai beaucoup parlé dimanche dernier, et ce n’est pas par hasard. Le meilleur suit le pire. La joie suit l’horreur. Ce n’est pas pour rien que « San Junipero » est l’épisode le plus récompensé de la série, avec deux Emmy Awards et deux BAFTAs notamment, quand même !

L’action se déroule dans la ville américaine fictive de San Junipero, en 1987. On découvre Yorkie (Mackenzie Davis), une jeune femme qui n’est pas sans rappeler Kenny dans l’épisode précédent, un peu maladroite, un peu mal sapée, un peu timide, ce genre de choses. Elle se rend en boîte de nuit pour passer la soirée, où elle fait la rencontre fortuite de Kelly (Gugu Mbatha-Raw) qui est son complet opposé : dynamique, exubérante, bourrée de confiance en elle, habillée de façon cool – pour l’époque, du moins. Les deux jeunes femmes vont petit à petit se découvrir et être séduites l’une par l’autre…

C’est là que tu vas me dire, mais elle est où la technologie dans tout ça ? Je regarde Black Mirror ou je me suis trompé de série ? Surtout en 1987, niveau technologie, ça se pose là… Et bien tes interrogations sont légitimes Billy mais j’y reviendrai après. J’aimerais d’abord parler du côté technique de « San Junipero ». D’abord au niveau réalisation, on est sur un des épisodes les plus visuels de la série, avec un énorme jeu sur les lumières pour recréer l’espèce d’ambiance disco/punk/néon des années 80, des décors colorés, des costumes effarants, … Je n’étais pas né en 1987 mais l’épisode m’y fait clairement voyager, notamment aussi par des références subtiles à la pop-culture comme par exemple la chanson « Don’t You (Forget About Me) » de Simple Minds, sortie en 1985 pour le film Breakfast Club. Mais en plus d’une excellente réalisation, l’épisode dispose aussi de performances extraordinaires et criantes de vérité de la part de Mackenzie Davis et Gugu Mbatha-Raw, qui sont toutes les deux des actrices géniales qu’on a pu voir dans Seul Sur Mars ou Blade Runner 2049 pour la première et La Belle et la Bête ou The Cloverfield Paradox pour la seconde. Elles nous font passer par des montagnes russes émotionnelles et personne ne peut rester insensible à l’idylle de leurs personnages.

La justesse de « San Junipero » est d’être extrêmement léger, sans oublier le commentaire social contrairement à « USS Callister ». Une fois que le twist technologique est révélé, l’épisode offre de nombreux thèmes de réflexion, en montrant pour une fois que la technologie n’est pas qu’une horreur abominable pour peu qu’elle soit utilisée à bon escient. Allez, va le regarder Billy.

La partie à suivre contient des spoilers. Pour les éviter, passe directement au Mot de la Fin.

♪ Because I’m happy… ♫

HAPPY ENDING

Le twist, révélé en milieu d’épisode, mais indiqué par de nombreux petits indices dès le départ, c’est que San Junipero est en fait un univers virtuel, où sont uploadées, au moment de leur mort, les consciences des personnes décédées. Ça paraît tout de suite moins joyeux, d’un coup. Et pourtant !

Yorkie et Kelly se révèlent être en réalité deux personnes âgées en maison de retraite, qui sont en fin de vie et sont sur la version d’essai de San Junipero, avant de passer de l’autre côté comme on dit. Et c’est bien là que « San Junipero » dévoile tous ses thèmes : la vieillesse, l’usage de la technologie pour aider la maladie, l’homosexualité, la réalité derrière la vie en ligne, mais aussi et surtout la vie après la mort. Il pourrait être très facile de se perdre et de tout foirer en jonglant avec autant de sujets divers à la fois, mais Black Mirror le réussit à la perfection.

Pourquoi « San Junipero » fait mouche ? C’est bien plus qu’une question de finir bien ou mal. C’est une question d’universalité. On est pas tous accros aux réseaux comme dans « Nosedive ». On est pas tous harcelés sur Internet comme dans « Shut Up And Dance ». Par contre, on est tous sensibles aux question de l’amour et de la mort, qu’on soit hétéro ou gay, croyant ou athée. Et Black Mirror n’est pas là pour donner une leçon, mais pour provoquer la réflexion. On va tous mourir, c’est inéluctable, et je pense que le reste de la série est assez clair là-dessus vu toutes les fins glauques auxquelles on a droit. Mais ce qu’il se passe après, ce qu’il reste de nous, nos relations, nos sentiments, tout ça on ne peut pas le prévoir. La vie n’est qu’un voyage vers la mort qu’on ne choisit pas de prendre, mais ce que l’on peut choisir, c’est le chemin que l’on suit, et je pense que c’est pour ça que « Shut Up And Dance » et « San Junipero » sont adjacents. C’est la pilule bleue et la pilule rouge de Matrix. Quel est le chemin que toi, Billy, tu veux suivre ?

« San Junipero » m’a fait pleurer. En bien. Et on manque grandement de plus de contenu aussi intelligent et aussi touchant à la télévision.

Et merde, je vais encore pleurer.

LE MOT DE LA FIN

Au final, qu’est ce qu’il faut retenir ? La technologie, c’est bien ou c’est mal ? Il n’y a pas de réponse Billy. Ou plutôt, toutes les réponses sont possibles. « Il n’y a pas d’un côté les bons et de l’autre les Mangemorts », comme disait Sirius Black, « il y a une part de lumière et d’ombre en chacun de nous. Seule compte celle que nous décidons de montrer dans nos actes ». Black Mirror est un miroir à double face. À toi de décider vers laquelle tu veux te diriger.

Note : 10 / 10

« KELLY – On dirait le paradis. »

Le miroir noir s’est brisé !

— Arthur

Tous les gifs et images utilisés dans cet article appartiennent à Netflix, et c’est très bien comme ça.

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