Cérémonie des Oscars – 2018 [1/2]

Nous sommes le dimanche 25 février 2018 Billy, et dans une semaine exactement (à quelques heures près) se tiendra la 90ème Cérémonie des Oscars !

Déjà 90 cérémonies, ça commence à faire beaucoup, n’est ce pas ? Cet anniversaire sera donc l’occasion de se remémorer de grands moments de l’histoire du Cinéma, et d’honorer bien sûr une année encore les plus grands artistes du domaine par une jolie statuette dorée représentant un mec en slip.

59 films sortis cette année en salles sont donc nommés dans les 24 catégories principales de la cérémonie, à l’instar de Meilleur Film, Meilleur Acteur, Meilleure Actrice, etc… Tu connais la suite, Billy. Mais n’oublions pas non plus les Oscars particuliers, à savoir l’Oscar pour une Contribution Spéciale au monde du cinéma qui a été remis à Alejandro González Iñárritu pour son œuvre en réalité virtuelle Carne y Arena ; ainsi que les Oscars d’Honneur remis à Owen Roizman, Charles Burnett, Donald Sutherland et notre chère Agnès Varda. Tu reconnaîtras probablement le nom d’Iñárritu puisqu’il a remporté deux fois de suite l’Oscar du Meilleur Réalisateur, en 2014 pour Birdman (qui a remporté l’Oscar du Meilleur Film également) et en 2015 pour le fameux The Revenant qui a enfin permis à Leonardo DiCaprio de remporter son Oscar du Meilleur Acteur qu’il méritait depuis 10 ans.

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À ta santé, Leo !
Mais trêve de bavardages, il est donc temps, à une semaine de l’échéance, de te donner mes pronostics sur la Cérémonie, en fonction de mon propre avis sur les films nommés, avis qui n’engage bien sûr que moi et qui ne peut être que subjectif, d’autant plus que je n’ai pas vu les 59 films (Bah oui, j’ai quand même un minimum de vie, aussi incroyable que cela puisse paraître). Pour cette raison, j’omettrais donc les catégories suivantes : Meilleur Film Étranger, Meilleur Documentaire – Long-métrage, Meilleur Documentaire – Court-métrage, Meilleur Court-métrage, et Meilleur Court-métrage d’Animation. N’ayant vu aucun des films de ces catégories par moi-même, je ne pourrais me permettre de les juger. Cependant, mon patriotisme français m’obligera bien évidemment à encourager Visages Villages d’Agnès Varda (encore elle) et JR dans la catégorie Documentaire – Long-métrage.

C’est parti Billy, accroche ta ceinture, et plongeons dans le monde merveilleux des cérémonies de récompenses cinématographiques ! Je te préviens tout de suite, tu vas avoir de la lecture, alors si tu ne t’intéresses qu’au Meilleur Film, tu ferais mieux d’aller directement en bas de la page. Bref, voici mes pronostics pour les Oscars 2018, présentés dans l’ordre de remise des prix.

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Ça brille…

MEILLEUR ACTEUR DANS UN SECOND RÔLE

  • Willem Dafoe, pour le rôle de Bobby Hicks dans The Florida Project
  • Richard Jenkins, pour le rôle de Giles dans La Forme de l’Eau
  • Kevin Spacey Christopher Plummer, pour le rôle de J. Paul Getty dans Tout l’Argent du Monde
  • Woody Harrelson, pour le rôle de Bill Willoughby dans Three Billboards : les panneaux de la vengeance
  • Sam Rockwell, pour le rôle de Jason Dixon dans Three Billboards : les panneaux de la vengeance

Quelle performance pour commencer le lot ! Si Harrelson ne démérite pas non plus pour le même film, et si Plummer a su jouer un tour de force extraordinaire en remplaçant Kevin Spacey au dernier moment pour finalement être nommé à l’Oscar à sa place (chacun aura son avis là-dessus…) et surtout en battant son propre record du plus vieil acteur à être nommé à un Oscar, à 88 ans, leurs rôles respectifs ne sont pas à la hauteur d’éclipser le fantastique Sam Rockwell, déjà récompensé aux Golden Globes. Tout le détail de son jeu qui donne vie à cet imbécile d’officier de police finalement bien plus profond qu’il en a l’air ne peut que le faire cavaler en tête. D’autant plus qu’après avoir été ignominieusement snobé aux Oscars en 2010 pour son incroyable talent dans Moon (Nous en reparlerons une autre fois), il est juste d’enfin accorder à Rockwell la reconnaissance qu’il mérite, à moins de finir comme un nouveau DiCaprio à attendre 10 ans son Oscar quand il aurait dû le remporter pour chacune de ses nominations !

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Je t’aime, Sam !

MEILLEURS MAQUILLAGES ET COIFFURES

  • Confident Royal
  • Wonder
  • Les Heures Sombres

J’ai presque envie de dire que c’était déjà perdu d’avance pour le film Confident Royal passé relativement inaperçu dans nos contrées. En effet, si cette pièce historique sait nous replonger dans l’époque victorienne habilement, il est impossible de rivaliser avec les merveilles de prosthétiques de Wonder (Merveilles, Wonder, tu l’as ?) et Les Heures Sombres. Mais c’est finalement vers ce dernier que je me penche. Pourtant les deux prothèses, pour représenter un enfant défiguré d’un côté et Winston Churchill de l’autre, n’ont pas à démériter l’une par rapport à l’autre, et les artistes aux manettes du maquillage (Arjen Tuiten pour le premier et Kazuhiro Tsuji pour le second) ont tous deux fait preuve d’un talent indéniable. Malgré tout, comment ne pas donner l’avantage à l’artiste japonais quand il parvient non seulement à nous faire oublier le visage de Gary Oldman, qui pourtant est partout ces dernières années, mais à recréer comme neuf l’image du Premier Ministre britannique à un point tel que l’on ne peut que s’extasier de la prouesse artistique qui s’étale sous nos yeux ? Tu ne sais pas, Billy ? Et bien moi non plus, et c’est bien pour ça que Les Heures Sombres est en tête.

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Et l’Oscar des Meilleurs Maquillages et Coiffures est attribué à…

MEILLEURS COSTUMES

  • Confident Royal
  • Les Heures Sombres
  • La Forme de l’Eau
  • La Belle et la Bête
  • Phantom Thread

J’ai hésité un instant à savoir si le costume de l’Homme Amphibien de La Forme de l’Eau pouvait être pris en compte pour cet Oscar. Malheureusement, la réponse est non. En effet, c’est Luis Sequeira qui est nommé pour ce film tandis que le superviseur de la création du costume est Shane Mahan. Par conséquent, ne reste dans la course que Phantom Thread, et son costumier Mark Bridges. D’aucuns argueront que la robe de Belle (Dans La Belle et la Bête, suis un peu !) était quand même bien jolie ! Oui, peut-être, mais il n’y en avait qu’une, alors que Phantom Thread nous en offre des dizaines équivalentes ou même encore plus somptueuses que celle-là. Chacune d’entre elle est une œuvre d’art, et il ne peut être qu’évident de remettre l’Oscar à ce film qui se concentre justement autour de la couture. S’il ne devait en gagner qu’un seul, ce serait évidemment celui-là.

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Je vois la vie en rooooose ♫

MEILLEUR MONTAGE SONORE

  • La Forme de l’Eau
  • Star Wars : Les Derniers Jedi
  • Baby Driver
  • Blade Runner 2049
  • Dunkerque

Ces catégories techniques (montage, montage sonore, et autres) sont assez difficiles à appréhender. Après tout, il n’est pas si évident que ça de juger la qualité du son ambiant quand les technologies actuelles permettent de faire prendre vie à n’importe quel film. Malgré cela, je me dois de donner un léger avantage à Dunkerque et Richard King et Alex Gibson, pour la simple et bonne raison que la quasi-totale absence de bande-son musicale dans le film, sauf quand Hans Zimmer s’évanouit sur son clavier, ne laisse donc la place qu’aux bruitages. Et quels bruitages ! Dans la plupart des scènes majeures, le spectateur n’est bercé que par le grondement des moteurs d’avions, le clapotis des vagues sur la coque des bateaux, le sifflement des balles qui crèvent les parois, … Toute l’ambiance du film repose dessus, et c’est ça, un bon montage sonore.

MEILLEUR SON

  • La Forme de l’Eau
  • Star Wars : Les Derniers Jedi
  • Baby Driver
  • Blade Runner 2049
  • Dunkerque

Bah dis donc, les cinq mêmes. Ils ne se foulent pas trop, à l’Académie. Je mets encore une fois Dunkerque en tête, et ce sont donc Mark Weingarten, Gregg Landaker et Gary A. Rizzo qu’il faut applaudir ici. Je ne vais pas m’étaler plus que ça, les raisons avancées ci-dessus sont encore valables pour cette catégorie. Comment ça je ne me foule pas plus que l’Académie ? Mais je ne t’ai rien demandé Billy !

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Mais oui Soldat Billy ! C’est ton film qui a remporté l’Oscar !

MEILLEURE ACTRICE DANS UN SECOND RÔLE

  • Mary J. Bilge, pour le rôle de Florence Jackson dans Mudbound
  • Laurie Metcalf, pour le rôle de Marion McPherson dans Lady Bird
  • Allison Janney, pour le rôle de LaVona Golden dans Moi, Tonya
  • Lesley Manville, pour le rôle de Cyril Woodcock dans Phantom Thread
  • Octavia Spencer, pour le rôle de Zelda Fuller dans La Forme de l’Eau

Je n’arrive pas à me décider. D’abord parce que les cinq actrices sont extrêmement talentueuses, ensuite parce que j’ai une affection toute particulière pour Metcalf et Spencer et que je ne saurais même pas départager rien qu’elles deux, et enfin parce que je n’ai pas vu assez de films nommés pour juger les performances adéquatement. Ce sera à toi de voir Billy !

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Trou, trou, ce sera toi qui gagnera au bout de 3…

MEILLEUR FILM D’ANIMATION

  • Baby Boss
  • Ferdinand
  • Parvana, une enfance en Afghanistan
  • La Passion Van Gogh
  • Coco

D’accord, d’accord, je suis un grand fan de Disney et tout particulièrement de Pixar, donc je suis forcément corrompu. Malgré tout, comment ne pas succomber au charme du nouveau bébé de Lee Unkrich, après la trilogie Toy Story, Monstres & Cie et Le Monde de Nemo ? Un spectacle visuel époustouflant avec ce royaume des morts ultra-coloré et cartoonesque (On parle quand même d’un film dont la majorité des personnages sont des squelettes !), des montagnes russes émotionnelles comme Pixar le fait si bien, qui nous font passer du rire aux larmes en un claquement de doigt osseux… C’est bien simple, j’avais les yeux pleins d’eau à la fin. Et si je pleure, c’est que c’est bien.

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Le chien content, ah oué !

MEILLEURS DÉCORS ET DIRECTION ARTISTIQUE

  • La Belle et la Bête
  • Dunkerque
  • La Forme de l’Eau
  • Les Heures Sombres
  • Blade Runner 2049

Certes, les décors de La Belle et la Bête sont grandioses – même si la salle de bal ne vaut rien comparée à l’originale du dessin animé. Certes, La Forme de l’Eau a une direction artistique très marquée et très travaillée, et les décors fourmillent de détails à n’en pas douter. Mais il faut rendre à César ce qui est à César, ou plutôt à Oscar ce qui revient à Oscar, et c’est bien Blade Runner 2049 qui brille à tous les niveaux visuels. C’est une claque cinématographique que nous donnent Dennis Gassner et Alessandra Querzola avec ce film de science-fiction totalement démesuré aux décors immersifs et à la direction artistique inégalable. Chaque détail est minutieusement intégré, chaque zone du film est clairement définie par son environnement et tout aspire à bâtir un véritable univers de science-fiction encore jamais vu auparavant. J’en suis encore bouche bée.

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La statue aussi elle en est bouche bée.

MEILLEURS EFFETS VISUELS

  • Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2
  • Star Wars : Les Derniers Jedi
  • Kong : Skull Island
  • Blade Runner 2049
  • La Planète des Singes : Suprématie

Les Oscars techniques sont souvent l’occasion pour les films de superhéros ou de science-fiction, éjectés quasi-totalement des catégories principales à quelques rares exceptions près (Comme Heath Ledger et son Oscar du Meilleur Acteur dans un Second Rôle pour The Dark Knight en 2008, ou le scénario de Logan cette année), de se voir récompensés malgré tout pour leurs réussites visuelles. Et si les effets spéciaux des quatre premiers films nommés sont indéniablement fantastiques, c’est bien La Planète des Singes : Suprématie qui sort du lot cette année. Je suis un grand fan de Star Wars, et Blade Runner 2049 est mon film favori de 2017, mais il faut admettre que dans les deux cas, et pour les deux autres films également, ce sont des effets vus et revus simplement réutilisés à bon escient et avec un talent certain. Mais en ce qui concerne La Planète des Singes, mon cher Billy, c’est véritablement l’apogée, le paroxysme de la motion-capture qui se dévoile sous nos yeux ébahis. On a encore jamais vu un tel niveau de réalisme et de détail dans la création numérique et les singes du film sont tout bonnement criants de vérité. Chaque poil, chaque plissure de peau, chaque cicatrice de la guerre marquant les corps des chimpanzés, gorilles et autres orangs-outans est une merveille de réalisme. L’art de la motion-capture est un grand favori de cette catégorie (Les trois Seigneur des Anneaux entre 2002 et 2004, Avatar en 2010, Le Livre de la Jungle l’an dernier, entre autres) et c’est bien cette année qu’un film marque le point d’orgue de cette technique.

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Tu peux arrêter de faire la tronche, je t’ai donné l’Oscar !

MEILLEUR MONTAGE

  • Three Billboards : les panneaux de la vengeance
  • Moi, Tonya
  • La Forme de l’Eau
  • Dunkerque
  • Baby Driver

Edgar Wright est un dieu de la comédie. La trilogie Cornetto (Shaun of the Dead, Hot Fuzz et Le Dernier Pub avant la Fin du Monde), Scott Pilgrim, et Baby Driver maintenant. Mais les Oscars sont une cérémonie sérieuse, pas de place pour ces pitreries ici, n’est ce pas Billy ? Laisse moi donc te resservir un peu de thé à la camomille. Oui, peut-être, mais il y a tout de même un talent indéniable que l’on ne peut retirer de Wright et sa fidèle équipe menée par Jonathan Amos et Paul Machliss, et c’est bien le montage. Tous ces films ont un sens du rythme millimétré, des transitions intelligentes, en bref, un enchaînement fluide et dynamique qui nous tient du début à la fin. Et que dire du montage de la course-poursuite en début de film et du plan-séquence avec les graffitis qui s’ensuit ? J’en perds mes mots.

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Oh yeaaaaah…

MEILLEURE CINÉMATOGRAPHIE

  • Les Heures Sombres
  • Dunkerque
  • Mudbound
  • La Forme de l’Eau
  • Blade Runner 2049

Je l’ai déjà dit plus haut, tout ce qui est visuel et artistique, c’est à Blade Runner 2049 que cela doit revenir. J’ai déjà encensé les décors et la direction artistique précédemment, mais cela ne serait rien sans l’inénarrable cinématographie de l’immense Roger Deakins, qui est à cet Oscar ce que DiCaprio (encore lui) était à l’Oscar du Meilleur Acteur avant 2015. C’est sa 14ème nomination à cet Oscar, sans une seule victoire jusqu’ici, malgré des chefs-d’œuvre visuels tels que No Country for Old Men ou Skyfall. C’est bien simple, s’il ne remporte pas, je pète un plomb ! Nous promenant d’un univers pâle, obscur, et blafard dans Los Angeles à une cité en perdition brûlante et étouffante dans Las Vegas, la cinématographie et l’ambiance générale du film ne peuvent que nous faire plonger dans cette épopée d’un autre temps, et c’est là le plus grand atout de ce prodige de la science-fiction qu’est Blade Runner 2049.

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Oui. Juste oui.

MEILLEURE BANDE ORIGINALE

  • Dunkerque
  • Star Wars : Les Derniers Jedi
  • Phantom Thread
  • Three Billboards : les panneaux de la vengeance
  • La Forme de l’Eau

Ah, Alexandre Desplat, un monument national. Ce compositeur français a mis tout son savoir-faire au service de La Forme de l’Eau, et le résultat final est frappant. L’atmosphère musicale de ce film est tout bonnement unique et époustouflante, alternant entre de vieilles chansons populaires (dont « La Javanaise », dans une scène absolument parfaite) et les compositions de Desplat, entre ambiance jazzy antédiluvienne et sonorités fantastiques. On pourrait penser à un mix entre l’intégrale d’Édith Piaf en vinyles et la bande originale d’un film de fantasy. La musique de ce film devient un personnage à elle seule, une créature de plus dans un bestiaire éclectique, bref, du miel pour les oreilles.

MEILLEURE CHANSON ORIGINALE

  • « Remember Me » de Kristen Anderson-Lopez et Robert Lopez, dans Coco
  • « Stand Up for Something » de Common et Diane Warren, dans Marshall
  • « Mystery of Love » de Sufjan Stevens, dans Call Me by Your Name
  • « This Is Me » de Benj Pasek et Justin Paul, dans The Greatest Showman
  • « Mighty River » de Mary J. Blige, Raphael Saadiq et Taura Stinson, dans Mudbound

Quelle drôle de sélection. On retrouve des thèmes communs à plusieurs des chansons, l’ode à la liberté, à la tolérance, des chansons d’espoir, d’amour… Comment faire un choix, quand toutes ces chansons sont plus excellentes l’une que l’autre ? Et pourtant. Mon choix s’est donc porté sur « Mighty River », extraite de la bande originale de Mudbound. Et c’est d’autant plus remarquable, Billy, que je n’ai pas vu le film à l’heure où j’écris ces lignes ! La voix de Mary J. Blige (nommée pour l’Oscar de la Meilleure Actrice dans un Second Rôle) nous berce dans ce cri bourré d’espoir. Le premier couplet démarre doucement avec une espèce de soupçon de tristesse ou de mélancolie qui part rapidement vers une véritable démonstration d’espoir pure et sans détours. Et l’on se laisse emporter par le refrain vers le ciel, comme emporté par la fameuse rivière qui donne son titre à la chanson. Mais derrière un arrangement musical épuré et la voix douce mais éraillée de la chanteuse, se cachent des paroles au sens extrêmement profond, une ode à la tolérance comme dit plus haut, à l’heure où les Hommes se séparent un peu plus les uns des autres chaque jour. Blige nous emmène à sa suite le long de cette rivière d’espoir, à travers la boue et les larmes, vers un lendemain plus radieux.

MEILLEUR SCÉNARIO ORIGINAL

  • The Big Sick
  • Get Out
  • Lady Bird
  • La Forme de l’Eau
  • Three Billboards : les panneaux de la vengeance

Il y a une raison derrière le succès de Three Billboards et ses sept nominations. Les performances des acteurs et actrices principaux, la réalisation, mais aussi et tout autant l’histoire qui nous est racontée, mon cher Billy. Et ce scénario est d’une telle richesse qu’on ne pourrait refuser l’Oscar à Martin McDonagh. Tous les personnages sont étoffés, rien n’est laissé au hasard, chaque élément s’intègre parfaitement et amène son importance à la trame principale. C’est bien simple : c’est brillant. Des retournements de situation à répétition, des situations improbables et pourtant si prenantes, un humour digne des frères Coen sous leur meilleur jour, qui côtoie des scènes d’une tragédie émouvante… Three Billboards n’est définitivement pas un film comme les autres, et personne ne peut y rester insensible.

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Sauf elle. Elle y reste insensible.

MEILLEUR SCÉNARIO ADAPTÉ

  • Molly’s Game, adapté des mémoires de Molly Bloom
  • Mudbound, adapté du roman éponyme
  • Call Me By Your Name, adapté du roman éponyme
  • The Disaster Artist, adapté du livre éponyme
  • Logan, basé sur les personnages des comics X-Men

Je t’arrête tout de suite, Billy. Non, je n’ai lu aucune des œuvres originales desquelles ces scénarios sont adaptés. Mais toi non plus, après tout ! Cela n’importe de toutes façons pas, puisque ce n’est pas la qualité de l’adaptation que l’on juge ici, mais le scénario en lui-même, et laisse moi t’expliquer pourquoi c’est Logan, par le travail immense de James Mangold, Scott Frank et Michael Green, qui est loin, très loin devant ses petits camarades. Sans pour autant dénier le talent nécessaire à l’adaptation d’une œuvre écrite vers le format audiovisuel, il faut bien avouer que si les fans des œuvres en question sauront pointer les menues différences entre l’original et l’adaptation, le commun des mortels dont toi et moi faisons partie y verra en gros la même histoire. Et c’est bien là la force de Logan. Ce n’est pas la même histoire, pour la simple et bonne raison qu’il n’y a pas d’œuvre originale. Bon allez, admettons qu’une partie soit tirée du comics « Old Man Logan », ça reste une petite partie. Le génie de Mangold et son équipe a été de créer une bonne histoire de superhéros, qui va bien plus loin que l’habituel film du gentil qui va taper sur un méchant et tout le monde est content à la fin. Logan est un film profond, avec des personnages recherchés, et une trame originale. Et il faut une sacrée audace pour consacrer un film de superhéros entier à un homme vieillissant, qui boite, a du mal à se relever après chaque coup, et meurt à la fin (Désolé pour le spoiler, mais si tu savais pas ça, c’est vraiment que t’es au courant de rien Billy). C’est d’autant plus audacieux que Wolverine, le personnage principal du film, est le X-Men préféré du public. De toutes façons, je ne sais pas pourquoi je débats encore, à partir du moment où Logan est une histoire originale plus qu’une adaptation, il a déjà tout gagné face à ses concurrents.

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‘bub.

MEILLEUR RÉALISATEUR

  • Jordan Peele pour Get Out
  • Greta Gerwig pour Lady Bird
  • Paul Thomas Anderson pour Phantom Thread
  • Guillermo del Toro pour La Forme de l’Eau
  • Christopher Nolan pour Dunkerque

Je dois l’admettre, Christopher Nolan est un de mes réalisateurs préférés. Sa filmographie est un presque sans fautes, alternant les merveilles comme la trilogie The Dark Knight, Inception ou encore Le Prestige si on remonte un peu plus loin ; et pourtant Dunkerque est sa toute première nomination à cet Oscar. Et même si la concurrence est rude (surtout de la part de Guillermo del Toro), il faut bien avouer que Nolan sait tirer son épingle du jeu. Je l’ai déjà dit précédemment, mais Dunkerque nous immerge complétement dans l’histoire de ses soldats et de ces hommes qui ont été acteurs de l’évacuation de 1940. Et cette immersion doit énormément à la réalisation précise de Nolan, un travail fastidieux sur les plans, les séquences, la façon de filmer les personnages. Et à travers la caméra, on vit ces intenses jours, heures, minutes, secondes même, qui font battre notre cœur d’adrénaline et de stress pour ces soldats à la proie du destin. Pourtant il faut le faire, de faire battre mon cœur pour les Anglais, parce qu’ils ont quand même tapé sur mon grand-oncle à coups de rames pour l’empêcher de monter dans leurs bateaux d’évacuation ce jour-là (véridique) ! En clair, Nolan fait ici la démonstration de ce qu’il sait faire de mieux et met tout son art au service du récit, et ça, c’est incroyable Billy.

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Un réalisateur s’est incrusté dans cette image, sauras-tu le retrouver ?

MEILLEUR ACTEUR

  • Denzel Washington, pour le rôle de Roman J. Israel dans L’Affaire Roman J.
  • Daniel Day-Lewis, pour le rôle de Reynolds Woodcock dans Phantom Thread
  • Daniel Kaluuya, pour le rôle de Chris Washington dans Get Out
  • Timothée Chalamet, pour le rôle d’Elio Perlman dans Call Me By Your Name
  • Gary Oldman, pour le rôle de Winston Churchill dans Les Heures Sombres

N’en déplaise à Daniel Day-Lewis pour sa dernière nomination avant la retraite, mais bon c’est sa sixième et il a déjà trois statuettes sur sa cheminée. N’en déplaise non plus à son homonyme Daniel Kaluuya, mais si le BAFTA de la Star Montante lui revient de droit, je ne suis pas sûr qu’il puisse encore prétendre au statut de Meilleur Acteur, bien qu’il ne démérite absolument pas (Voyez sa performance dans l’épisode « Fifteen Million Merits » de Black Mirror il y a 7 ans par exemple). Mais force est de constater que c’est Gary Oldman qui mérite le plus cette statuette cette année, pour sa deuxième nomination seulement, malgré sa carrière prolifique. En effet, qui d’autre pourrait prétendre à cet Oscar, quand Oldman non seulement s’est accommodé de plus de 200 heures de maquillage au total, mais aussi de reproduire la démarche et les tics de Churchill, sans oublier de fumer le fameux cigare à longueur de journée, et tout cela en devant en plus jouer de son mieux. Et sa voix ! Vois le film et compare avec des enregistrements, c’est tout bonnement incroyable. Un spectateur assis derrière moi dans la salle quand j’ai vu Les Heures Sombres a murmuré lors d’une entrée en scène magistrale de Churchill au palais de Buckingham : « Le lion… ». Oui Billy, on surnommait Churchill ainsi, mais aujourd’hui le lion c’est Gary Oldman, et il est parti à la chasse à l’Oscar.

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AH !

MEILLEURE ACTRICE

  • Margot Robbie, pour le rôle de Tonya Harding dans Moi, Tonya
  • Saoirse Ronan, pour le rôle de Christine « Lady Bird » McPherson dans Lady Bird
  • Meryl Streep, pour le rôle de Katharine Graham dans Pentagon Papers
  • Sally Hawkins, pour le rôle d’Elisa Esposito dans La Forme de l’Eau
  • Frances McDormand, pour le rôle de Mildred Hayes dans Three Billboards : les panneaux de la vengeance

Écoute Meryl, tu es bien gentille mais quand on a 21 nominations aux Oscars de Meilleure Actrice et Meilleure Actrice dans un Second Rôle, on peut laisser un peu la place aux autres actrices quand même, sapristi. Oh pardon, t’es encore là Billy ? Et bien oui, en effet, on passera sur la nomination habituelle de Meryl Streep (à croire qu’être nommée aux Oscars c’est dans son contrat), pour se concentrer sur la véritable sensation de cette année : Frances McDormand dans Three Billboards. D’accord, elle aussi a déjà un Oscar de la Meilleure Actrice sur sa cheminée pour Fargo. Mais tout de même ! Elle incarne cette mère de famille divorcée dont la fille vient d’être assassinée avec une poigne extraordinaire. Un humour cynique et un air insensible à toute épreuve font du personnage de Mildred Hayes une femme unique en son genre. Mais derrière cette façade se cache un cœur et des émotions beaucoup plus puissantes qu’elles n’y paraissent, et quand le jeu subtil de McDormand les laisse poindre, on ne peut qu’être pris à la gorge.

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Allô Frances ? C’est les Oscars, on a un colis pour vous !
Il reste une dernière statuette à remettre Billy, mais avant cela, j’aimerais revenir sur quelques films et performances qui auraient mérité de se trouver nommés cette année. Attention, je ne dis pas qu’ils auraient dû obligatoirement remporter ces Oscars, mais au moins méritaient-ils une nomination. Voici les grands snobés de l’Académie en 2018 !

  • Alien : Covenant (Meilleure Cinématographie)

On pourra dire ce que l’on voudra sur Covenant. Je veux bien décrier l’aspect narratif du film, et je rejoins les fans de la saga Alien pour dire que certains détours du scénario ou le traitement des personnages font grincer des dents. Malgré tout, si Ridley Scott et son acolyte Dariusz Wolski maîtrisent bien une chose dans ce film, c’est la cinématographie. Tout le pan artistique de Covenant est magnifiquement travaillé, de l’ambiance de la forêt de la planète extraterrestre à l’intérieur des vaisseaux, des tempêtes de nuages aux lumières orangées du repère de David, chaque image est un nouveau tableau peint sous nos yeux, qui rachète grandement les vices de cet Alien.

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Oh, j’ai joui.
  • Patrick Stewart, pour le rôle de Charles Xavier dans Logan (Meilleur Acteur dans un Second Rôle)

Une nomination de Sir Patrick Stewart à l’Oscar du Meilleur Acteur dans un Second Rôle pour sa performance dans Logan aurait fait un peu antithèse à côté de Christopher Plummer. D’un côté, un vieillard de 88 ans qui joue une ordure de première catégorie, détestable, homme le plus riche du monde et dans toute sa forme intellectuelle fourbe (Plummer dans Tout l’Argent du Monde) ; de l’autre, le rôle d’un professeur âgé de 90 ans, altruiste, malade, en totale décrépitude physique et mentale, qui fait peine à voir et ne possède plus rien (Stewart dans Logan). Tu vois le tableau Billy ? Cependant, on ne peut qu’acclamer le jeu de Patrick Stewart. Coincé dans un fauteuil roulant pendant la totalité de ce road-trip, il livre une performance touchante sans jamais être larmoyante. Et surtout, il réussit à réinventer avec brio un personnage qu’il a déjà joué dans cinq films, sans compter tous les comics où il apparaît ! On surprend même le professeur Xavier, d’habitude si distingué, à prononcer quelques « Putain » et « Fuck » en cours de route. Et on y croit.

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THE NEW QUESALUPA FROM TACO BELL !
  • Tom Hanks, pour le rôle de Ben Bradlee dans Pentagon Papers (Meilleur Acteur ou Meilleur Acteur dans un Second Rôle)

D’accord Billy, tu vas me dire que j’ai critiqué la nomination de Meryl Streep et que maintenant je veux nommer Tom Hanks qui a déjà eu sa bonne part du gâteau aux Oscars. Certes. Néanmoins, malgré ma critique, je ne dénie absolument pas le talent de Streep et ne lui enlèverais en aucun cas sa nomination ; mais si elle est nommée, alors Hanks doit l’être aussi car ils rivalisent tous deux de perfection dans Pentagon Papers. Je pense d’ailleurs que leurs rôles comme leurs performances se renforcent mutuellement, Streep a été poussée par Hanks de même qu’il a été poussé par Streep et cela donne un duo d’acteurs au sommet de leur art.

THE POST
Oui Tom, tu as le droit de bouder parce que tu n’as pas été nommé.
  • Andy Serkis, pour le rôle de César dans La Planète des Singes : Suprématie (Meilleur Acteur)

On a déjà parlé de Serkis pour l’Oscar des Meilleurs Effets Visuels. Mais César ne serait rien sans le jeu incroyable de l’acteur derrière la combinaison – ridicule – de motion-capture. L’Académie est encore frileuse sur cette technique, considérant cela comme une altération du jeu de l’acteur, et la question, qui mérite d’être posée, fait débat. Où s’arrête la performance et où commencent les effets spéciaux ? Je suis toutefois du côté de ceux qui disent qu’un rôle est un rôle, et un si un acteur derrière des prosthétiques encombrantes (coucou Gary !) peut être nommé à l’Oscar, alors un acteur derrière un pelage numérique aussi. Surtout quand l’acteur en question rend un chimpanzé plus humain que les humains et nous fait passer par toutes les émotions dans une épopée presque biblique qui rallie tous les esprits férus de liberté en une seule nation. Ensemble, singes, forts !

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Je vous avais bien dit qu’il fallait le nommer…
  • Noomi Rapace, pour les rôles de Lundi, Mardi, Mercredi, Jeudi, Vendredi, Samedi et Dimanche dans Seven Sisters (Meilleure Actrice)

Autant le dire tout de suite, je ne pense pas qu’elle l’aurait remporté. Nonobstant, quand Noomi Rapace joue les différents rôles de sept sœurs jumelles, chacune dotée d’une personnalité et d’un caractère vastement différent des six autres, et pousse cela jusque dans les moindres détails que sont les postures, les tics ou la façon de parler, tout cela dans un seul et même film, comment ne pas au moins la nommer ? C’est un véritable tour de force auquel s’est adonné ici Rapace et il mérite d’être relevé.

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Sept pour le prix d’une.
  • Blade Runner 2049 (Meilleur Film) et Denis Villeneuve (Meilleur Réalisateur)

Évidemment. Tu l’as sûrement déjà bien compris Billy, mais Blade Runner 2049 est un chef-d’œuvre à tous les étages et je ne peux m’imaginer qu’il n’ait pas été nommé dans la catégorie Meilleur Film ; pire, que Villeneuve ne l’ait pas été pour l’Oscar du Meilleur Réalisateur. On pourra avancer que c’est bien trop science-fiction pour la catégorie phare de la cérémonie ou que le film s’adresse trop à un public de niche, à savoir les fans du premier film Blade Runner de 1982. Certes. Mais pour moi, le Meilleur Film doit être celui qui est meilleur que tous les autres quand on combine ses éléments tous ensemble, celui qui pourrait remporter l’Oscar de toutes les catégories d’un coup plutôt qu’individuellement. La bande son ? Elle est fantastique, et l’atmosphère de ce monde futuriste en ruines est incroyablement recréée. La musique ? Hans Zimmer et Benjamin Wallfisch réussissent non seulement à reprendre avec talent les originales de Vangelis, mais même à les améliorer ; j’en veux pour preuve « Tears in the Rain » qui est une magnifique réinvention de « Tears in Rain« . La cinématographie et tout l’aspect visuel ? Je me suis déjà étendu dessus et c’est absolument fabuleux. Le scénario ? Il est profond, réfléchi, et bourré de retournements de situation et d’émotions brutes. Le jeu d’acteurs ? Excellent du début à la fin, que ce soit pour Ryan Gosling bien plus époustouflant que dans La La Land pour lequel il avait pourtant été nommé l’an passé, mais aussi pour tous les seconds rôles, féminins ou masculins, qui resplendissent par leur intensité et rivalisent tous de talents : Mackenzie Davis, Ana de Armas, Robin Wright, Jared Leto et même Dave Bautista qui nous avait pourtant habitués à beaucoup moins de subtilité et qui livre une performance brève mais tout en nuances. D’accord, on admettra que Harrison Ford joue Harrison Ford, mais c’est un peu ce qu’il fait tout le temps et c’est ce qu’on lui demande, après tout. Et bien sûr la réalisation de Villeneuve, cerise sucrée sur le gâteau à la crème et au chocolat. Les bonnes suites de films sont rares, et Blade Runner 2049 en fait partie tout en haut du podium. C’est une pure merveille. Visuellement. Narrativement. Scénaristiquement. Musicalement. Totalement. Il va encore plus loin que le premier, il est plus beau, plus profond, plus complet… Il fait réfléchir et il est bourré d’émotions. C’est ça qui fait un Meilleur Film. En clair Billy, Blade Runner 2049, c’est excellemment bon, manges-en !

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En marche vers la postérité !
Voici donc venir le moment que tu attends avec impatience, Billy… L’Oscar du Meilleur Film de l’année 2017 est attribué à…

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LA LA LAND !

 

Oh non, pas encore ! Désolé Billy, on reprend :

MEILLEUR FILM

  • Les Heures Sombres
  • Pentagon Papers
  • Phantom Thread

Ces trois-là sont mis dehors dès le départ. Oh non, pas parce qu’ils sont mauvais, très loin de là Billy, mais parce que ce sont typiquement des films à Oscars. J’entends par là qu’on a un schéma gagnant classique : un film d’époque, avec des critiques sur le monde d’aujourd’hui, une réalisation sans failles, et de grands acteurs en tête d’affiche (Daniel Day-Lewis, Meryl Streep, Tom Hanks, Gary Oldman, rien que ça !). Je veux dire, si on prend Pentagon Papers, c’est quand même un film de Steven Spielberg avec Meryl Streep et Tom Hanks basé sur une histoire vraie politique qui a complètement secoué les États-Unis, avec une bande-son de John Williams. Si ça, ça ne crie pas « OSCAR ! OSCAR ! » à des kilomètres, je ne sais pas ce qu’il faut de plus. Je veux dire, c’est en deuxième position des films à Oscars les plus flagrants juste après Moonlight : un film tiré d’une pièce de théâtre tirée d’une histoire vraie qui montre une vie entière à propos d’un jeune Noir gay dont le père est mort et dont la mère se drogue. Ça atteignait vraiment de sacrés niveaux l’an dernier… Bref, je m’égare, donc ces trois là sont éliminés car trop évidents.

  • Get Out

Get Out est lui aussi également très facile à éliminer, parce qu’il est beaucoup trop grand public. C’est une critique qui est souvent faite, mais les Oscars, ça reste l’aristocratie cinématographique, et les chances qu’un film d’horreur à grand succès reçoive l’Oscar du Meilleur Film tendent vers zéro.

  • Call Me By Your Name
  • Lady Bird

Attends avant de crier au scandale Billy ! Pourquoi je mets ces deux-là dehors ? Parce que je ne les ai pas vus. Je n’ai vu que leurs bandes-annonces, des extraits, et lu pas mal de critiques. Le problème est tout simplement qu’aucun de ces deux films n’est sorti en France à l’heure où je rédige cet article. Cependant, d’après ce que je sais déjà sur les films sans les avoir vus, je pense que Lady Bird a de faibles chances de remporter, par contre Call Me By Your Name pourrait créer la surprise. Ça ferait deux films gays nommés Meilleur Film à la suite, c’est fou !

  • Dunkerque

Il n’y avait pas d’ordre particulier dans les précédentes éliminations. En revanche maintenant on rentre dans le top 3, et je me surprends moi-même à placer Dunkerque si haut sur le podium. Pourtant, il est vraiment à la limite de rejoindre Les Heures Sombres et les deux autres dans la catégorie « Film à Oscars ». Mais il y a cet espèce de je ne sais quoi dans Dunkerque, cette réalisation acérée, ces portraits de jeunes soldats salis par la guerre, ce quasi-total mutisme du film bercé par les sons alentours (on en a déjà parlé pour l’Oscar correspondant), les trois histoires qui commencent en différé pour finir au même instant… Dunkerque semble être le juste milieu entre le film à Oscars et le film susceptible de remporter réellement l’Oscar.

  • Three Billboards : les panneaux de la vengeance
  • La Forme de l’Eau

Voilà les deux derniers Billy. Alors, qui sera le grand gagnant ? La Forme de l’Eau, avec jusqu’ici un seul Oscar sur ses 13 nominations ? Ou Three Billboards, auquel j’ai déjà accordé trois récompenses sur sept ? Et bien, l’Oscar du Meilleur Film de l’année 2017 est (vraiment, cette fois) attribué à…

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LA FORME DE L’EAU

 

Je te vois recracher ton verre d’eau d’ici Billy. Comment puis-je accorder l’Oscar à un film dont je n’ai quasiment pas parlé jusqu’ici, auquel je n’ai accordé qu’un simple Oscar musical alors qu’il est nommé dans une douzaine de catégories, et contre lequel restait un film que je n’ai pas arrêté d’acclamer et auquel j’ai attribué trois récompenses dont une majeure (Meilleure Actrice) ? Il y a une très simple et très bonne raison à cela. Le Meilleur Film, c’est celui qui est le plus parfait dans son ensemble, tous les éléments marchent en quinconce pour former un tout magistral. Si on extrait les différents constituants de La Forme de l’Eau, alors on trouvera presque à chaque fois meilleur, mais pas toujours de beaucoup (je pense principalement aux décors, à la réalisation et à la performance de Sally Hawkins, mais j’y reviendrai), tandis que si l’on garde le film comme une entité unique, alors il s’élève loin, très loin au dessus des huit autres.

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C’est beau l’amour ❤
Ah, La Forme de l’Eau. Si je te parlais d’elle, Billy, que dirais-je ? Il y a tant à dire que je ne sais par où commencer. Dès les tous premiers instants du film, la réalisation sans faille de Guillermo del Toro nous plonge – littéralement – dans une ambiance poétique du plus haut niveau, par un plan séquence dans un appartement sous-marin où tous les meubles et objets flottent entre deux eaux, comme bercés par la musique délicieusement vieillotte qui sert de toile de fond et la narration chaleureuse de Richard Jenkins, pour se terminer sur ce plan fabuleux de Sally Hawkins en suspension dans l’élément aqueux. Et c’est parti, là est la vraie force du film, ce sont des scènes visuellement fantastiques qui s’enchaînent une par une, de simples plans qui se fixent dans ton esprit et t’enferment dans cet univers : là deux gouttes de sang coulant sur le rebord d’un lavabo, là une transition magnifique avec une goutte d’eau sur une vitre, là encore l’actrice principale dans un manteau rouge devant le reflet du soleil couchant sur l’eau du canal, … Jusqu’à cette toute dernière scène qui nous fait retourner sous l’eau, et nous raconte un dernier poème. La boucle est bouclée, le rêve est terminé, il faut se réveiller. À cela s’ajoutent les décors somptueux et fourmillant de détails et cette surabondance de la couleur verte, pardon, sarcelle, qui devient la véritable signature de La Forme de l’Eau.

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C’est pas vert, c’est sarcelle !
Si je te parlais encore du film, Billy, que te dirais-je ? Qu’entre deux situations romantiques ou truculentes, voire même triviales (toi même tu sais), del Toro parvient à insérer un puissant message de tolérance envers tous ceux qui sont différents ou oubliés. Elisa la muette, Zelda la Noire, Giles l’homosexuel, et bien sûr l’Homme Amphibien l’homme-amphibien (c’est un pléonasme). On rit, on pleure, on réfléchit, on s’énerve, mais par dessus tout on s’émerveille devant cette perle du cinéma. Il y aurait tant à évoquer, tant de scènes à décrire, je ne peux parler de tout. Mais La Forme de l’Eau c’est aussi un grand hommage au cinéma, incluant des extraits vidéos et musicaux de plein de films comme Spartacus pour ne citer que lui, s’offrant même une scène à la La La Land où Elisa et son voisin s’adonnent à une petite séance de claquettes assis sur un canapé, à l’instar de Sebastian et Mia sur leur banc de Los Angeles l’an passé.

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It’s another day of sun !.. Oh pardon, encore trompé de film.
Si je te parlais une dernière fois de La Forme de l’Eau, Billy, que te dirais-je enfin ? Que ses performances valent tout l’or du monde. Là où Guillermo del Toro excelle le plus, c’est pour créer des monstres, il dévoile ici le plus grand de tous ces monstres : Michael Shannon. Hein ? La créature ? Oui, oui, elle est bien aussi. Mais Michael Shannon, nom de Zeus ! Obsessionnel, infâme, avide de pouvoir, abusif, pervers, violent, le tout saupoudré d’un complexe de supériorité où il va jusqu’à se comparer à Dieu lui-même. Le personnage de Strickland est un genre de fils caché de Harvey Weinstein et Adolf Hitler, qui pisse les mains sur les hanches. On en vient à se demander comment Shannon n’a pas pu être nommé à l’Oscar du Meilleur Acteur dans un Second Rôle, et si je ne l’ai pas cité dans les snobés, c’est simplement pour mieux l’acclamer ici. Le réalisateur fantastique et la performance dantesque de l’acteur nous prouvent une fois de plus, s’il en fallait, que le pire des monstres, au final, c’est l’Homme.

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Mes mots l’ont touché en plein cœur.
Et la meilleure pour la fin, Sally Hawkins. J’ai passé la totalité du film à me ronger les ongles à savoir qui d’elle ou de McDormand méritait l’Oscar de la Meilleure Actrice. Et si j’ai finalement collé le 20/20 à cette dernière, Hawkins est à 19,999. Sans aucun mot, elle insuffle une vie époustouflante dans le rôle d’Elisa, et transmet les émotions à la perfection à travers le langage des signes et la flamme brûlant dans ses yeux. Elle fait d’une petite femme, que personne n’aurait remarqué dans la rue, une héroïne fantastique d’une immense beauté – et pas uniquement physique. C’est un personnage de la plus grande pureté, sans vices, sans troubles, et Hawkins va jusqu’à se dévêtir totalement dans plusieurs scènes pour montrer cette pureté. Mais si il ne fallait retenir qu’une seule chose de son jeu d’actrice extraordinaire, voire du film entier, ce sont deux scènes où elle resplendit en pleine lumière – littéralement dans le second cas. Deux scènes où la musique se coupe pour ne laisser place qu’à Hawkins. Dans la première, elle signe, les larmes aux yeux, pour tenter de faire comprendre à Giles qu’il faut sauver la créature, et dans la seconde, elle est assise à table et un miracle se produit. Je n’en dirais pas plus Billy, mais ces scènes te happent tellement qu’il est impossible de ne pas en ressortir bouleversé. La Forme de l’Eau est un inénarrable chef-d’œuvre. Point final.

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Ça c’est pour l’Oscar de la Meilleure Actrice.
Allez, salut Billy, c’est fini, à la semaine prochaine pour le commentaire des résultats officiels de la 90ème Cérémonie des Oscars, et moi je repars me faire un café. Bisous !

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Ce gif se passe de commentaires.

— Arthur

Tous les gifs et images utilisés dans cet article appartiennent à leurs ayant-droits respectifs, et c’est très bien comme ça.

 

 

 

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